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Senior Actu

Les détails du Plan Solidarité Grand Âge ont été présentés hier par Philippe Bas

Le ministre délégué aux Personnes âgées, Philippe Bas, a présenté hier devant le presse, les détails de son Plan Solidarité Grand Âge –en partie dévoilé au mois de mai dernier par le Premier ministre Dominique de Villepin- qui prévoit de nombreuses mesures visant à faire face à l’arrivée massive de personnes très âgées dans les années à venir. Toutefois, « l’effort sans précédent » vanté par le ministre est globalement jugé insuffisant par les professionnels des métiers du grand âge.


Afin de faire face au défi que représente la longévité –l’espérance de vie s’accroît chaque année d’un trimestre- pour le système de soins français mais également, pour l’ensemble de la solidarité nationale, Philippe Bas, ministre délégué aux Personnes âgées vient de présenter les détails de son Plan Solidarité Grand Âge.

Et le ministre de rappeler que « le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans va quasiment doubler dans les dix prochaines années, passant de 1,1 million de personnes en 2005 à 1,9 en 2015 avec en parallèle une augmentation des seniors dépendants. Ceci, même si la plupart des aînés vieillissent bien (70% des hommes de 90 ans sont encore autonomes) ».

Il souligne également que la charge de la dépendance pèse principalement sur les familles, et que les personnes âgées veulent –légitimement- pouvoir rester chez elles. Le ministre déplore d’autre part que le mode de prise en charge des aînés entre maintien à domicile et hébergement en établissement soit « trop binaire » et souhaite que l’on « invente la maison de retraite de demain, ouverte sur la cité, offrant toute une palette de services de jour pour favoriser le maintien à domicile et faire en sorte que l’entrée en hébergement soit mieux préparée ».

Enfin, Philippe Bas regrette que « la continuité de la prise en charge entre le domicile, l’hôpital et l’établissement ne soit pas assez organisée » et que « la gestion des soins à l’hôpital ne prenne pas suffisamment en compte les besoins des personnes âgées fragiles ».

Afin de tenter de résoudre toutes ces problématiques liés au grand âge, le ministre a présenté -avec ferveur- les grandes lignes de son Plan Solidarités Grand Âge qui courre sur la période 2007-2012 et qui devrait coûter à la Sécurité sociale 2,7 milliards d’euros. .../...
Les détails du Plan Solidarité Grand Âge ont été présentés hier par Philippe Bas

Le plan dans ses grandes lignes

Le libre choix du domicile
Avec l’allongement de la longévité, notre vision du domicile doit changer. Beaucoup de personnes âgées peuvent rester chez elles. C’est un choix de vie qu’elle doivent être en mesure d’exercer en toute liberté, si leur état de santé le permet. Mais cela suppose de faciliter la vie au domicile. Développement de l’offre de soins et de services ménagers, soutien à l’entourage familial, création de nouvelles formes de logement : tous les leviers doivent être mobilisés pour adapter le domicile au service du grand âge.

- Pouvoir être soigné à la maison
- Avoir plus de services à domicile
- Créer un « droit au répit » pour les aidants familiaux
- Créer de nouvelles formes de logements

Inventer la maison de retraite de demain
L’entrée en établissement ne doit plus être vécue comme un choc ou une rupture. L’objectif est d’offrir aux personnes âgées des établissements plus médicalisés, avec une palette de services diversifiés en lien avec le domicile. Il faut aussi renforcer la lutte contre la maltraitance ; et généraliser une politique ambitieuse de qualité dans laquelle beaucoup d’établissements se sont déjà engagés.

- Eviter les ruptures de prise en charge entre domicile et maison de retraite
- Avoir plus de personnel soignant auprès des personnes âgées
- Mettre en œuvre un plan de recrutement et de formation des métiers du grand âge
- Lutter contre la maltraitance
- Développer une démarche qualité et une culture d’évaluation
- Maîtriser le prix payé par les personnes âgées
- Poursuivre l’effort de création de places dans toute la France

Adapter l’hôpital aux personnes âgées
Les personnes âgées représentent un tiers des séjours hospitaliers et plus des deux tiers des admissions à l’hôpital non programmées. L’hôpital doit s’adapter à leurs besoins. Pour une personne très âgée, fragile et souffrant souvent de plusieurs maladies, l’hospitalisation peut présenter un risque majeur de déstabilisation et de perte d’autonomie. Il ne suffit pas de soigner l’organe qui a nécessité l’hospitalisation. Il faut savoir évaluer tous les facteurs de risque d’entrée dans la dépendance, préserver la marche, la continence, l’orientation, la nutrition, entretenir toutes les capacités nécessaires à la vie quotidienne, pour que cette personne âgée puisse retourner à son domicile.

- Développer la médecine gériatrique
- Resserrer les liens entre le domicile, la maison de retraite et l’hôpital

Assurer pour l’avenir le financement solidaire de la dépendance
Dans son rapport public de novembre 2005 sur « Les personnes âgées dépendantes », la Cour des Comptes a insisté sur l’inévitable augmentation des dépenses liées à la prise en charge de la dépendance dans les années à venir. On sait en effet que, dans les 10 ans qui viennent, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans passera de 1,1 million à 1,9 million.

Aujourd’hui, la Journée de solidarité permet de dégager 2 milliards d’euros supplémentaires pour les personnes âgées et les personnes handicapées. L'allocation personnalisée d'autonomie apporte une première réponse en aidant à la solvabilisation des personnes âgées, pour faire face aux besoins d'aide liés à la perte d'autonomie. Les caisses de retraites financent, pour leur part, des aides au domicile. S’y ajoutent des aides au logement, des aides fiscales, la prise en charge des soins.

Si rien n’était fait, la part restant à la charge des personnes âgées et de leurs familles risquerait de s’alourdir

- Lancer pour cela une mission d’étude et de propositions

Insuffler une nouvelle dynamique à la recherche et à la prévention
La dépendance n’est pas une fatalité. Plus de la moitié des personnes de plus de 90 ans sont autonomes. L’espérance de vie sans incapacité progresse plus vite que l’espérance de vie. Un nombre croissant de personnes atteindront donc leur grand âge sans connaître la dépendance. Ces résultats peuvent encore être améliorés en agissant sur : la prévention et la recherche

- Proposer systématiquement une consultation gratuite de prévention à 70 ans
- Lancer un grand programme de recherche sur les maladies du grand âge
- Lancer un plan gériatrique universitaire pour former les professionnels de santé à la gériatrie

Les réactions

L’ADEHPA (Association des directeurs de maisons de retraite) partage l’analyse de Philippe Bas selon laquelle la présence d’un grand nombre de personnes âgées est une situation sans précédent qui « pose des questions massives et appelle des réponses massives ». Cependant elle juge les réponses inadaptées et insuffisantes, qu’il « s’agisse du nombre de personnels en établissement ou à domicile, des nécessaires baisses de charges supportées par les personnes âgées et leurs familles en établissement, ou des créations d’établissements ». Elle indique donc que de « de nouvelles dispositions s’imposent » et « attend de l’ensemble des responsables politiques qu’ils mesurent les 30 ans de retard français qui ont conduit au décès de 15.000 personnes âgées en 2003 et qu’ils intègrent cette question dans les débats électoraux de 2007 ».

De son côté Claudy Jarry, président de la Fnadepa (Fédération Nationale des Associations de Directeurs d'Etablissements et services pour Personnes Agées) souligne que ce Plan Solidarité Grand Âge est « ambitieux » et qu’il reflète « une écoute réelle des problèmes exposés par l’ensemble des professionnels ». Il souligne le souci d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées, quel que soit leur lieu de vie ; l’amélioration du continuum de prise en charge (lien entre l’hôpital et la maison de retraite) et celui d’accroître l’encadrement. Toutefois, la Fnadepa s’interroge sur la faisabilité financière d’un tel programme social, « alors qu’il apparaît d’ores et déjà de deux à trois fois inférieur à ce qui avait été chiffré par les professionnels ? »

Enfin, le Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées (SYNERPA) souligne « quelques bonnes mesures attendues de longue date » comme la création de véritables plateformes gérontologiques permettant de décloisonner le domicile et l’établissement, la suppression de l’interdiction faite aux établissements privés d’avoir une activité de soins à domicile, l’uniformisation des réductions d’impôts dont bénéficient les personnes âgées à domicile et en établissement ou encore la prise en compte de la charge en soins dans le cadre des renouvellements de conventions tripartites. Cependant le syndicat « juge nettement insuffisantes les annonces relatives à l’augmentation des ratios d’encadrement et aux créations de places d’établissements (…) En terme de créations d’établissements, c’est à peine la moitié des besoins véritables que ce plan nous permettra d’atteindre ».

Alain LHOSTIS, président délégué du conseil d'administration de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, « constate que le ministre n'a pas répondu aux inquiétudes des associations de personnes âgées, de leurs familles, des professionnels de santé et des collectivités locales au sujet de la réforme des unités de soins de longue durée (USLD) » qui va selon lui « se traduire, dès la fin 2006, par la fermeture de milliers de lits de prise en charge sanitaire des personnes âgées dans les USLD des hôpitaux ». Il souligne également « le flou entretenu sur le financement des promesses annoncées » qui « ne peut que renforcer le sentiment que ces réformes sont loin de prendre la mesure de l'immense défi que représente le vieillissement de la population ».

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Publié le Mercredi 28 Juin 2006 dans la rubrique Divers | Lu 17354 fois