Sommaire
Senior Actu

Les chômeurs seniors de Macédoine sont les premières victimes de la transition

La transition a produit en Macédoine une masse de travailleurs trop âgés pour retrouver un emploi, mais pas assez pour toucher une pension de retraite. Aujourd’hui, ils demandent une aide financière au gouvernement. Histoire d’une loi votée par l’ancien Parlement, sacrifiée au nom du FMI, promise en campagne électorale et finalement enterrée par les vainqueurs des élections.


Cotiser pendant quarante ans, avoir soixante-quatre ans si l’on est un homme, soixante-deux si l’on est une femme. Telles sont les conditions d’accès à la pension en Macédoine.

La transition a laissé beaucoup de gens sans emploi. Beaucoup d’entre eux sont trop âgés pour retrouver un travail, mais restent en-deçà des conditions d’accès à la pension. En février, ils ont bloqué à de nombreuses reprises un axe central de Skopje. Ils demandent l’adoption d’une nouvelle loi octroyant une aide financière de cent euros par mois aux travailleurs ayant cotisé pendant vingt-cinq ans, jusqu’à ce qu’ils accèdent à la pension.

Le projet de loi a été présenté au Parlement. Il a été recalé et a divisé la coalition gouvernementale : si l’aile gauche de la coalition (NSDP et DOM) a soutenu ce projet de loi, le VMRO-DPMNE et le PDSh ont voté contre. Pourtant, le VMRO-DPMNE du Premier ministre Nikola Gruevski avait promis durant sa campagne électorale que cette loi passerait durant les cent premiers jours de la législature.

« Nous avons promis aux citoyens qu’on adopterait cette loi. Nous devions le faire », ont protesté les représentant du NSDP, un parti constitué l’an dernier par d’ex-membres du Parti social-démocrate (SDSM) avec à leur tête Tito Petkovski. « La Macédoine doit montrer qu’elle respecte sa Constitution, qui affirme que notre pays est un Etat social. Tous les partis d’une coalition ne doivent pas forcément voter de la même manière », a déclaré Tito Petkovski le 13 février dernier.

Le FMI, plus fort que le Parlement

La demande d’un soutien financier pour les travailleurs ayant cotisé vingt-cinq ans n’est pas nouvelle. En avril dernier, lorsque le SDSM était au pouvoir, l’opposition avait réussi de justesse à faire voter ce soutien par le Parlement, sous la forme d’un amendement à la Loi sur les Pensions.

Le gouvernement avait alors pris peur : cet amendement contredisait le programme concerté avec le Fonds Monétaire International (FMI). Plutôt que d’entrer en désaccord avec l’institution, le gouvernement avait demandé au Président Branko Crvenkovski de refuser de signer la loi. C’est ainsi que l’amendement avait été enterré.

Aujourd’hui, les manifestants sont amers. « Ce n’est que pour cette loi que nous avons voté pour l’actuel gouvernement. Nous pensions qu’ils nous aideraient », affirment certains d’entre eux.

Leur représentant, Stojan Stojanov, a lu publiquement les noms des députés qui ont voté pour ou contre cette loi. Les noms de ceux qui ont soutenu la loi ont été applaudis par les manifestants.

Le Premier ministre a refusé de rencontrer les représentants des manifestants. Seuls Trajko Slavevski, ministre des Finances, et Vera Rafajlovska, ministre de l’Economie, ont discuté avec eux. Ils leur ont promis des emplois...

L’emploi en crise

Jovan Milanovski vient manifester chaque jour. Il a 55 ans. Il a cotisé pendant 33 ans. Il comptait sur la proposition de loi. Pratique, il emporte avec lui une chaise pour les longs sit-in devant le Parlement. Il la partage avec ses compagnons. « Mon expérience me l’a montré : c’est bien à nous d’emporter ce dont on a besoin, pour s’asseoir ou pour se reposer ».

Après la manifestation, il retourne chez lui. Sa femme et ses deux fils restent silencieux. Ils savent que la proposition de loi a été rejetée. Sur la table, les factures impayées s’accumulent. Ils se demandent où ils trouveront de quoi s’acheter du bois pour chauffer la maison. « Nous achetons nos provisions au marché. Ce n’est pas cher. Cela nous permet de conserver un minimum de qualité », explique Jovan.

Sur la table, quatre carnets de travail. Ceux des deux fils ont la couverture macédonienne, mais ceux de Jovan et de son épouse datent de la Yougoslavie. Ils ont passé la plus grande partie de leur vie comme travailleurs dans le combinat Godel, une tannerie de Skopje. La transition a mis le combinat en faillite.

Pendant deux ans, l’Etat leur a payé 50 euros par mois. Ensuite, il n’y a plus eu que les promesses des partis politiques. Pour survivre, Jovan fait ce qu’il peut. « Je creuse des canaux, j’accepte des emplois temporaires. La personne qui nous aide le plus est ma mère. Elle a 76 ans. Elle touche une pension de 150 euros par mois. Quand elle mourra, nous devrons nous en sortir sans cet argent. »

Du côté du gouvernement, la ligne reste claire : pas de soutien aux perdants de la transition. Au mieux, on leur promet des emplois. Selon l’Agence macédonienne pour l’emploi, il y a environ 500.000 chômeurs en Macédoine.

Article publié avec l’aimable autorisation du Courrier des Balkans, rédigé par Mirjana Mircevska et traduit par Katerina Gjurcevska


Publié le Mercredi 7 Mars 2007 dans la rubrique Retraite | Lu 2694 fois