Sommaire
Senior Actu

Les baby-boomers : une génération qui va profondément marquer les 50 prochaines années

Le départ à la retraite des baby-boomers, puis leur mort, va peser sur les cinquante prochaines années indique la dernière étude de l’Ined. L’entrée des jeunes générations sur le marché du travail va-t-elle en être facilitée ? Les besoins d’assistance aux personnes âgées dépendantes vont-ils exploser ? En comparant différents pays européens, le chercheur Alain Monnier montre que cela dépend de l’ampleur du baby-boom dans chaque pays.


Les baby-boomers : une génération qui va profondément marquer les 50 prochaines années
Dans plusieurs pays industrialisés, la reprise inattendue de la fécondité après la Seconde Guerre mondiale, et jusqu’au début des années 1970, a constitué ce qu’on a appelé le baby-boom, indique en introduction cette étude de l’Ined parue mardi. S’est ainsi formée, précise-t-elle, une « vague » de générations nombreuses dont la naissance, puis l’avancée en âge aura marqué toute la seconde moitié du 20ème siècle, et dont le vieillissement va maintenant concerner les cinquante prochaines années.

Les premières générations de baby-boomers, nées en 1945, atteignent aujourd’hui l’âge de la retraite, poursuit Alain Monnier en ajoutant qu’elles « seront aux portes de la grande vieillesse vers 2025, et auront disparu dans les années 2040. Les générations nées au coeur du baby-boom, au milieu des années 1960, vont connaître le même cheminement, mais selon un calendrier décalé d’une vingtaine d’années : cessation d’activité vers 2025, entrée dans la grande vieillesse vers 2045, extinction dans les années 2060 ».

Et la parenthèse du baby-boom sera définitivement fermée lorsque les dernières générations nombreuses, nées au début des années 1970, se seront éteintes. Les cinquante prochaines années, remarque encore l’étude de l’Ined, vont donc être marquées par des évolutions notables concernant en particulier le renouvellement de la population active, les besoins d’accueil en institution pour personnes âgées et enfin les secteurs d’activité en relation avec la mort.

Le départ en retraite des baby-boomers va-t-il permettre de réduire le chômage ?

Les personnes appartenant aux générations du baby-boom vont sortir de la vie active durant les trois prochaines décennies. Simultanément, les générations nées à partir des années 1980 vont y entrer. La comparaison, chaque année, des effectifs d’un nombre donné de générations de jeunes aux effectifs d’un nombre équivalent de générations atteignant l’âge de sortie d’activité permet d’évaluer la façon dont les générations des baby-boomers vont « céder la place » aux jeunes générations. (…)

D’une façon générale, il y a eu, dans les dernières décennies du 20ème siècle, notablement plus de jeunes atteignant les âges d’entrée dans la vie active que de personnes atteignant l’âge de la retraite. En 2005, cette situation s’observe encore dans trois des pays étudiés (la France, le Royaume-Uni et l’Espagne), où les générations qui atteignent 60-64 ans sont des classes creuses, nées pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1944).

Globalement, le déséquilibre structurel entre « entrants » et « sortants » de la population d’âge actif va s’atténuer dans les années à venir : vers 2010, l’équilibre sera atteint dans l’Union européenne. La situation de chaque pays va ensuite évoluer différemment selon qu’ils ont été plus ou moins concernés par le baby-boom et selon que la fécondité à la fin du 20ème siècle y était plus ou moins basse. En France, où le baby-boom a été très important, et où la fécondité depuis 1980 est demeurée relativement plus élevée qu’ailleurs, le volume des départs en retraite des baby-boomers devrait correspondre à peu près à celui des entrées de jeunes sur le marché du travail. (…) Au total, dans tous les pays, le nombre de jeunes atteignant les âges d’activité va, dans les prochaines décennies, devenir inférieur à celui des personnes atteignant l’âge de cessation d’activité.

Cette situation peut contribuer à créer les conditions d’une réduction du chômage mais ne la garantit pas. En effet, remarque l’Ined, en France par exemple, les stratégies d’entreprise du secteur privé, comme les orientations relatives à la gestion du personnel de la fonction publique, tendent à ne pas procéder au remplacement systématique des départs en retraite. D’autre part, il n’y a pas nécessairement adéquation entre les caractéristiques des emplois laissés vacants par les départs (secteur d’activité, niveau de qualification, localisation géographique) et celles des demandeurs d’emploi. Enfin, il faudrait tenir compte du nombre d’actifs âgés et de candidats à l’activité, et pas seulement des effectifs « ayant l’âge ». (…)

Dans certains pays européens, l’ampleur de l’écart entre entrants et sortants – autour de –40% en Allemagne ou en Italie – pourrait se révéler un handicap : en l’absence de migrations, les jeunes générations ne suffiront pas à remplacer les anciennes estime l’Ined. Il pourrait y avoir là, pour les jeunes Français, des opportunités d’emploi à proximité immédiate de nos frontières…

De combien faut-il augmenter le nombre de places en institution pour personnes âgées ?

Parmi les préoccupations suscitées par les charges que pourrait faire peser l’augmentation des effectifs de personnes âgées, celles liées aux structures nécessaires pour les accueillir, notamment quand elles sont dépendantes, occupent une place particulière.

Cette question doit être envisagée dans le cadre plus général du lieu de vie des personnes dépendantes et de leur prise en charge. Les personnes dépendantes peuvent en effet vivre à leur domicile, si elles bénéficient d’une assistance quotidienne de proches, le plus souvent bénévoles, ou de personnels spécialisés et salariés. Elles peuvent aussi être accueillies au domicile d’un membre de leur famille ou de toute autre tierce personne, dans un cadre qui demeure privé. Elles peuvent enfin vivre dans une institution : maison de retraite, foyer-résidence.

La proportion de personnes âgées vivant ainsi en institution varie beaucoup d’un pays à l’autre de l’Union européenne. Parmi celles âgées de plus de 75 ans, elle va de quelques pour cent en Pologne (2 %), en Espagne et en Italie (4 %), à environ 12 % en France, aux Pays-Bas, en Belgique, en Irlande ou au Luxembourg, tandis que les pays nordiques, l’Autriche, le Royaume-Uni et le Portugal occupent une position intermédiaire. Ces écarts reflètent les différences des modèles culturels relatifs aux solidarités familiales, et sans doute aussi, quelques inadéquations entre la demande et l’offre d’équipements collectifs.

Pour maintenir dans les années à venir les taux d’accueil observés actuellement, compte tenu de la croissance attendue de la population âgée, la capacité des institutions destinées aux personnes âgées devrait augmenter considérablement. Dans de nombreux pays, il faudrait prévoir une augmentation de plus de 60 %, estime l’Ined, voire un doublement de la capacité d’accueil. Toutefois, cette projection mécanique ne tient pas compte des souhaits et possibilités des personnes âgées et de leur famille, ni du résultat qu’auront les mesures mises en place pour favoriser le maintien à domicile, des éléments difficiles à prévoir.

Ce scénario ne prend pas en considération, notamment, une éventuelle amélioration de l’état de santé, alors que le nombre d’années vécues sans incapacités tend à augmenter plus vite que l’espérance de vie : on vit plus vieux et aussi en meilleure santé. On peut apprécier l’impact que pourrait avoir, sur les besoins en institutions d’accueil, une amélioration de l’état de santé des personnes âgées permettant de reculer l’âge d’entrée en institution. En effet, les proportions de personnes vivant en institution entre 75 et 79 ans sont relativement faibles (dépassant rarement 3 %). Mais comme les effectifs de ce groupe d’âges sont encore importants, les 75-79 ans représentent, à eux seuls, entre 15 % et 20 % des effectifs de personnes vivant en institution dans les États membres d’Europe du nord-ouest, et de 25 à 35 % dans ceux d’Europe méridionale ou centrale.

Une entrée seulement un peu plus tardive en maison de retraite ou en maison de santé spécialisée permettrait donc de limiter l’augmentation des besoins en capacité d’accueil. A titre d’illustration, si l’entrée en institution se faisait à partir de 80 ans, le nombre de places nécessaires diminuerait sensiblement dans de nombreux pays. La révision à la baisse par rapport au scénario précédent serait de l’ordre de 25 % dans les pays de l’Europe des Quinze, et plus forte encore parmi les nouveaux accédants. Cette hypothèse d’une entrée en institution plus tardive s’inscrit dans un phénomène déjà en cours ; elle correspond aux souhaits des personnes âgées et à l’orientation des politiques de la vieillesse : elle est donc tout à fait réaliste, et sera sans doute même d’une ampleur plus forte que celle, très modeste, prise ici à titre illustratif.

La disparition des baby-boomers : le boom des décès

Finalement, les baby-boomers vont mourir. L’augmentation du nombre de décès va constituer, dans les pays du baby-boom, un phénomène d’autant plus remarquable que, depuis une cinquantaine d’années, ce nombre était souvent resté stable. La baisse de la mortalité avait en effet permis de compenser l’augmentation de la population et plus particulièrement de la population âgée.

Les pays du baby-boom se distinguent dans ce domaine des autres pays d’Europe, comme l’illustre l’évolution observée et projetée du nombre de décès en France et en Italie. Dans ces deux pays, le nombre de décès va augmenter d’environ 40 % d’ici 2050, mais en France, cette augmentation fait suite à une stabilité remarquable, alors qu’en Italie, elle prolonge une tendance à l’augmentation déjà en cours.

Au total, dans tous les pays occidentaux de l’Union, et à un moindre degré parmi les nouveaux accédants, les prochaines décennies vont être marquées par une augmentation très forte du nombre de décès. Celle-ci atteindra en moyenne 40 % dans le premier groupe de pays, moins de 20 % dans le second. Cette multiplication du nombre de décès ne manquera pas d’avoir des implications socio-économiques, concernant notamment le système de santé, qui devra prendre en charge un nombre croissant de personnes en fin de vie, et le secteur d’activités qui s’est développé autour de la mort, dont le chiffre d’affaires actuel est de l’ordre, en France, de 1,5 milliard d’euros.

Le baby-boom n’a pas été la première vague de forte natalité dans l’histoire de la démographie. (…) Mais aucune n’a connu la durée ni l’ampleur du baby-boom ayant suivi la Seconde Guerre mondiale. Et aucune n’a autant marqué l’histoire sociale et économique d’un si vaste ensemble humain.

En savoir plus sur le site Internet de l'Ined


Publié le Mercredi 21 Février 2007 dans la rubrique Divers | Lu 35511 fois