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Senior Actu

Les acteurs de l’intergénération par Mohammed Malki de l’association Accordages.com

L’intergénération souffre encore d’un problème de reconnaissance et de légitimité auprès des pouvoirs politiques, des institutions et des mécènes dont l’action est souvent structurée en fonction de domaines étanches et de publics bien ciblés.

Des stratégies innovantes ont vu le jour ces deux dernières décennies. Déclinées dans tous les domaines de la vie locale (habitat, culture, animation, action sociale, éducation, insertion, transports, NTIC), elles s’appuient, d’une part, sur une réorganisation des services municipaux vers plus de transversalité et de synergie, et, d’autre part, sur un management des ressources humaines fondé sur la sensibilisation et la formation des personnels à la thématique du vivre ensemble.


L’État, un rôle d’impulsion et de coordination

Intervenant surtout dans la gestion du Pacte social global et le soutien aux familles, les politiques publiques se sont jusqu’à un passé récent peu intéressées à cette nouvelle forme de solidarité qu’est l’intergénération et les actions qui en découlent. L’organisation des ministères par domaines, et parfois par publics, ne rend pas moins difficile la reconnaissance d’une démarche dont l’un des traits d’originalité est sa transversalité. Certes, les Délégations interministérielles à la famille ou à la ville existent mais l’une et l’autre sont centrées sur l’enfance, la jeunesse et les familles.

Des ouvertures se font jour, mais les seniors ne trouvent pas encore une place à la mesure de leur rôle dans la famille (en tant que génération pivot) et dans la cité (comme acteur social). Il faut souligner l’intérêt croissant pour cette démarche du Ministère délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille. « Le guide de l’intergénération, une démarche de proximité », le concours national Prix Intergénération (tous deux lancés en mai 2004) et le colloque organisé en 2005 l’attestent concrètement.

Aujourd’hui est peut-être un moment charnière. En effet, l’intergénération n’est plus le secteur pauvre réservé aux seuls réseaux gérontologiques... Il n’a plus pour unique objectif la valorisation du rôle social des aînés, il est bien plus que cela : une éthique et une dimension forte de la cohésion sociale à promouvoir dans l’ensemble des politiques publiques.

Cela implique de faire partager cette démarche aux pouvoirs publics nationaux, de construire des orientations communes, de mobiliser leurs réseaux territoriaux, de repérer et de valoriser les projets innovants, enfin d’encourager l’échange d’expériences.
Les acteurs de l’intergénération par Mohammed Malki de l’association Accordages.com

Les acteurs de l’intergénération par Mohammed Malki de l’association Accordages.com
Les collectivités locales, un acteur stratégique

Le vivre ensemble des âges ne dépend pas uniquement de démarches individuelles ou d’acteurs de terrain. D’autres facteurs peuvent en faciliter la réalisation ou, au contraire, y faire obstacle, tels que : l’urbanisme et l’aménagement du territoire, la proximité résidentielle, les espaces de rencontre, les services territoriaux, les équipements sociaux et culturels...

L’impact de la décentralisation

La décentralisation de l’action sociale et culturelle, de la formation professionnelle, ainsi que le développement de dispositifs territoriaux sont autant de facteurs qui permettent une nouvelle approche, avec une transversalité des problématiques en jeu et des publics concernés. Dans le cadre de la politique de décentralisation, un certain nombre d’objectifs ont été définis, en particulier, de mieux répondre aux besoins sociaux en agissant sur les différents aspects des situations et en mobilisant les acteurs locaux concernés, et d’assurer une plus grande efficacité à l’action publique, en optimisant l’emploi de ressources rares et en développant des synergies à l’échelle du territoire.

Le vivre ensemble, un projet politique local

Pendant longtemps, les collectivités territoriales ont abordé la question des personnes âgées sous l’angle de la production de services. A partir d’un besoin existant, un service était créé et on procédait au recrutement de professionnels dédiés, mais en occultant l’intégration de ces personnes âgées dans la société, provoquant leur isolement. Ce constat de la gestion de l’action sociale peut être élargi à d’autres publics ou services : petite enfance, aide aux familles, jeunes en difficulté, insertion.

Des stratégies innovantes ont vu le jour ces deux dernières décennies

Les acteurs de l’intergénération par Mohammed Malki de l’association Accordages.com
Déclinées dans tous les domaines de la vie locale (habitat, culture, animation, action sociale, éducation, insertion, transports, NTIC), elles s’appuient, d’une part, sur une réorganisation des services municipaux vers plus de transversalité et de synergie, et, d’autre part, sur un management des ressources humaines fondé sur la sensibilisation et la formation des personnels à la thématique du vivre ensemble.

Dans ce cadre, les communes se sont révélées les plus actives et les plus innovantes. En effet, elles se sont engagées dans un mouvement sans précédent de consultation des habitants, de renforcement des initiatives intergénérationnelles repérées sur leur territoire, d’impulsion de projets et de mise en réseau de leurs porteurs.

Les collectivités ayant une mission stratégique d’initiateurs de dynamiques globales et cohérentes sur leur territoire, leur rôle est très important car elles peuvent :

Soutenir et valoriser les actions locales avec une aide financière et logistique, en proposant des moyens administratifs, de communication, techniques et matériels ; par un soutien en ressources humaines, c’est-à-dire une mobilisation de professionnels des services et des relais locaux

Favoriser les partenariats locaux, celles-ci ayant la capacité et l’envergure nécessaires pour développer des stratégies globales et pérennes à l’échelle de leur territoire, et pouvant créer les conditions de rencontres entre les acteurs et fédérer les initiatives

Encourager la transversalité des services, permettant de développer la démarche intergénérationnelle dans les services territoriaux et de promouvoir la formation des personnels en tant qu’acteurs du développement social

Développer la démocratie participative au bien-être collectif, par la consultation et la concertation avec les habitants pour les mobiliser autour de projets intergénérationnels.

Les associations, un acteur fort à mieux soutenir

Les associations sont un levier d’action particulièrement dynamique en faveur des liens sociaux, de la solidarité et de la citoyenneté. C’est effectivement le cœur de leur mission historique ; de ce fait, les relations entre générations entrent tout naturellement dans leur champ d’action. On peut relever deux cas de figure : des associations à vocation intergénérationnelle de fait ou en raison d’une volonté affichée ; d’autres intégrant cette dimension mais sans en faire un thème central.

Cependant, plusieurs constats tendent à relativiser ce rôle de levier :

Un certain consumérisme associatif

Ce phénomène existe dans des associations plus orientées vers la satisfaction de leurs membres, certaines étant des associations de défense d’une catégorie sociale, sportives, culturelles ou de loisirs, d’autres réunissant des jeunes ou des seniors (de type clubs du troisième âge).

Une standardisation des activités

Cette spécialisation s’explique par leur insertion dans des dispositifs publics, notamment territoriaux, destinés à certaines populations cibles : prévention, insertion, intégration de migrants, loisirs, etc. Cette stratégie a conduit à une certaine forme de spécialisation par public et à une standardisation des activités, telles que, par exemple, le hip hop pour les jeunes ou le scrabble pour les plus âgés.

Un problème intergénérationnel au sein même des associations :

Le risque de voir les associations reproduire un clivage des âges au sein de leur équipe est réel. Cette évolution pose de sérieux problèmes de relève générationnelle. De ce fait, il faut impulser une action volontariste :
- inciter les associations à développer des projets intergénérationnels, sans mettre en place des dispositifs nouveaux au risque de voir apparaître des projets sans liens avec une véritable préoccupation de terrain
- favoriser la rencontre des réseaux associatifs jeunes/seniors par le biais d’échanges d’expériences et l’établissement de partenariats par projets
- assurer les conditions d’une dynamique intergénérationnelle au sein des associations par l’accueil, l’initiation et la formation des jeunes aux responsabilités associatives
- mettre à la disposition des associations des centres de ressources, des lieux d’information, des banques de données sur l’intergénération, des formations dédiées au personnel associatif et des aides au montage de projets.

D’autres acteurs sont également à l’initiative ou participent (directement ou indirectement, c’est-à-dire financement, mise à disposition de moyens matériels et humains, mobilisation de réseaux) au développement de l’intergénération. C’est le cas notamment de caisses de retraite, de clubs et de fondations d’entreprises, de bailleurs et de gestionnaires du logement social, etc.

Les acteurs de l’intergénération par Mohammed Malki de l’association Accordages.com
2005, 162 pages, 14 €
ISBN : 2 11 005893 5
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Publié le Jeudi 2 Mars 2006 dans la rubrique Intergénération | Lu 6977 fois