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Les Oubliés de Christian Gailly : un auteur à ne pas oublier


L’esprit de Samuel Beckett plane sur les Editions de Minuit. Pour le meilleur, rarement pour le pire. Ici avec Christian Gailly, c’est le meilleur. « Dring », paru en 2002 aux mêmes Editions, nous avait un peu contrarié tant l’ombre tutélaire avait dérangé. Quelques années et quelques livres plus tard il est définitivement confirmé que l’influence forcément réductrice s’est transformée en une filiation créatrice.
Les Oubliés de Christian Gailly : un auteur à ne pas oublier

D’un de ses protagonistes il dit : « Longtemps sous l’influence de Giacometti. S’en est affranchi puis élabora sa propre vision d’un être vide ». C’est la même attitude que prend C. Gailly face aux illustres aînés que sont Beckett, Sarraute ou Pinget.

Dans les romans de Christian Gailly la musique n’est jamais loin. Bach est le fond sonore de ce dernier opus, les Six Suites en l’occurrence. Le mouvement, la cadence, le tempo animent la phrase réduite souvent à sa plus simple mais aussi à sa plus intense expression.

Un exemple ? Cette leçon pour cuisiner les nouilles. Ecoutez : « de l’eau. Au robinet de l’évier. Mettre la casserole sous le robinet ouvert. La remplir. Pas trop. Aux deux tiers. Stop. Sinon quand ça bout. Ca en fout partout. De l’amidon et tout. Et après, oui pour nettoyer ».

Ces extraits sont tirés de son dernier livre, « Les Oubliés ». Deux journalistes tiennent la chronique « Que sont-ils devenus ? » Ils vont à la rencontre d’artistes, d’écrivains, de musiciens, de peintres qui ont eu leur heure de gloire mais qui ont disparu de l’actualité. En « mission » l’un deux, Paul Schooner, meurt dans un accident de voiture. Comment son collègue annoncera-t-il la nouvelle à la désormais veuve ? Devra-t-il quand même poursuivre l’entretien que les deux reporteurs avait prévu de faire avec l’illustre musicienne ?

Ce qui rend beckettien ce roman, c’est la manière de dire. L’histoire est racontée avec distance, voire avec indifférence, sur le ton de l’anecdote. Les personnages sont réduits à des pantins qui se laissent entraîner au gré des événements vers un destin qu’ils n’ont pas choisi. Les scènes où Brighton doit annoncer la mort à l’épouse de Paul sont éloquentes sur ce thème. Vivre les interstices du hasard, meubler le manque, ne pas être oubliés est leur ambition.

« Afin de mieux comprendre. Presque entièrement. Combler les blancs. Un minimum ». Beckettien vous dis-je !

S’il en est un qu’on ne peut oublier, c’est Christian Gailly.

Les Oubliés
Christian Gailly
Les éditions de minuit
141 pages
13 euros


Publié le Lundi 12 Mars 2007 dans la rubrique Culture | Lu 961 fois