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Les Marins d’Iroise : groupe de chanteurs seniors de plus en plus présents sur les ondes

Depuis quelques semaines, un groupe de chanteurs se fait de plus en plus présent sur les ondes et à la télé : Les Marins d’Iroise, des gars de Brest qui ont lancé leur formation en 1992. Aujourd’hui, ces anciens de l’Arsenal font revivre à travers leurs chansons, une tradition qui n'a rien de passéiste. Ces 27 marins-chanteurs-gouailleurs chantent pour que les gens sachent qu'un bateau, ça vient ou revient d'ailleurs, que ça repartira bientôt à l’autre bout du monde, vers des rivages plus sucrés, des soleils plus purs ou des eaux si froides que la neige s'y pose…


Des Quarantièmes Rugissants à Surabaya, en passant par la rade de Brest, le marin a toujours chanté. Bien plus que le mineur ou le paysan, l'homme embarqué sur les grands voiliers n’a cessé de rythmer sa tâche, hissé, ramé, viré au son des couplets vigoureusement entonnés, des refrains gonflés de vie.

Face à l'abandon auquel l'océan le vouait, en but à la puissance des vents mauvais et des vagues chasseresses, l'homme de mer a clamé sa volonté d'exister. Il n'est pas resté sans voix, a tenu à signaler sa présence.

Ainsi, le marin a accompagné sa geste tel un enfant qui s'avance dans le noir, en faisant du bruit pour se donner du courage. Au milieu de l'étendue bleue, les chœurs d'hommes ont averti : écoute-nous bien toi, « l'océan », nous n'avons pas peur !

Sans compter que sur l'étendue trompeuse, en périodes troubles, l'ennemi n'était jamais loin. Alors les marins ont aussi chanté cet ennemi et le combat, raillant parfois leurs propres capitaines, rappelant dans le texte, qui changeait parfois au gré du vent, qu'ils étaient là surtout pour le parfum d'aventure et pour gagner leur vie, pas forcément pour se battre. C'est pourquoi le chant de marin a été interdit d'armée parfois, tant la prose de l'homme ivre de mer est par essence irrévérencieuse, insoumise. Traversée de dérision.

Au pire de la tourmente ou sertis dans l'ennui des mers d'huile, les marins ont bien sûr évoqué la nostalgie du port, tracé des lignes de retour. Ils ont imaginé et décrit ce qu'ils feraient en rentrant, s'ils rentraient ! Combien seraient meilleurs encore le rhum, le chouchen ou la bière, quand il n'y aurait plus à aller à la manœuvre dans la tempête, ni braver les cimes des mats de hunes, quand il serait possible d'être compté fin saoul sans qu'un officier ne vous punisse pour ça ! Et qu'elle serait douce la peau de la première femme qui voudrait bien s'intéresser à un marin qui a tant de choses à raconter ! Tant à déverser encore de trilles éraillés, du fond des bars et des clandés, alors que l'équipage ne fait même plus écho au chant de l'homme débarqué.

Les Marins d’Iroise
Car le marin, enfin à terre, ne peut s'arrêter de chanter. D'un port à l'autre, d'une nuit l'autre, il raconte la vie esquissée sur les flots, l'espoir criblé de sel, les découvertes de vénéneuses îles sous le vent, mais toujours salue la solidarité des gens de mer. Il chante encore, souffle sur la légende, refait les manœuvres de pont dans sa tête.

Puis il se joint à d'autres albatros, gênés à terre comme lui. Entre amis de chœur, ils magnifient alors la geste séculaire, celle pratiquée sur les bateaux qui ne croient qu'au vent, les grands voiliers restant à jamais les vaisseaux porteurs du rêve et des mélodies entêtantes.

Ces bâtiments existent toujours –on égrène leurs noms comme autant d'invitations à vivre large : Venezuela, Amerigo Vespucci, Armorique, Belém, etc.- puisqu’il n'est pas concevable qu'une Marine forme ses meilleurs hommes autrement qu'entre voiles et haubans.

C'est d'ailleurs pour fêter ces navires de race qu'est né le groupe des Marins d'Iroise ; en 1992 très exactement, lors d'une première fête brestoise des « Vieux Gréements », devenue fameuse et incontournables au fil des différentes éditions.

Pour continuer le voyage, ces gars de Brest, anciens de l'arsenal pour beaucoup, au pied marin pour tous, font revivre une tradition qui n'a rien de passéiste. Ils chantent pour que les gens sachent qu'un bateau, ça vient ou revient d'ailleurs, que ça repartira bientôt à l’autre bout du monde, vers des rivages plus sucrés, des soleils plus purs ou des eaux si froides que la neige s'y pose.

Avec René Mandon, dit Lomic, commandant de bord, et, à la barre, René Abjean, spécialiste du patrimoine du chant de mer, les Marins d'Iroise ont, pendant toutes ces années, affirmé leur foi et leur savoir-faire. Soutenue également par Jean-Guy Le Floc'h et le fabricant de vêtements Armor Lux, le groupe vocal est maintenant assurément de ceux qui comptent.

Parfois, des bateaux n'ont pas la régularité ni la puissance de la mer. Ils ne reviennent jamais. C'est de cette incertitude que naît la force des chants de marins, et rares sont les lieux où tragédie et dérision se mêlent avec autant de vigueur, et d'espièglerie.


Publié le Mardi 24 Janvier 2012 dans la rubrique Culture | Lu 1578 fois