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Le suicide des seniors : un sujet tabou et un problème qui augmente avec l'âge

En France, le taux de suicide chez les hommes de 84 ans et plus, est dix fois plus élevé que chez les 15/24 ans, indique une récente étude publiée par le ministère de la Santé. Ce phénomène, qui risque de prendre de l’ampleur avec le vieillissement de notre population, reste pourtant très méconnu du grand public, voire carrément tabou. Pourtant, les chiffres sont là. Et ce qui est vrai dans l’hexagone l’est aussi au Japon… qui tente d’enrayer cette tendance, qui pourrait devenir lourde dans les années à venir avec plus de 20% de la population qui sera âgée de 65 ans et plus.


Le suicide des seniors en France

Cette récente étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) indique qu’entre 2002 et 2003, le nombre de morts volontaires est resté stable avec 10.664 décès identifiés, ce qui pourrait représenter en réalité, un total de 13.000 suicides si l’on tient compte de la sous-déclaration qui existe dans ce domaine.

« Si l’on considère le nombre de suicides, les classes d’âges les plus touchées sont celles des 35-44 et des 45-54 ans avec, pour chacune, près de 2 200 décès par suicide identifiés en 2002 » indique la Drees. Et de préciser que « les suicides masculins représentent près de 80 % de l’ensemble des morts volontaires chez les 15-24 et les 25-34 ans, alors que les suicides féminins constituent près du tiers des suicides de la tranche d’âge des 55-64 ans ». On constate donc que la génération des Baby-boomers, née entre 1946 et 1964, est particulièrement touchée par ce problème.

D’autre part, la Drees souligne que « le taux de mortalité par suicide augmente avec l’âge, mais différemment selon le sexe. Chez les hommes, on observe une première augmentation entre 15 et 34 ans, avec une relative stabilisation entre 35 et 54 ans, autour de 36 à 39 décès par suicide pour 100 000 hommes. Ce taux diminue modérément jusqu’à environ 64 ans puis est suivi d’une augmentation importante jusqu’aux âges les plus élevés (atteignant 60 pour 100 000 hommes de 75 à 84 ans et 124 pour ceux de 85 ans ou plus) ».

« Le taux de décès par suicide des hommes est ainsi dix fois plus élevé après 84 ans qu’entre 15 et 24 ans » constate les statisticiens qui précisent que « chez les femmes, l’augmentation est plus modérée avec une stabilisation entre 35 et 84 ans, puis une légère hausse chez les plus âgées (21 pour 100 000 femmes de 85 ans ou plus) ». Il faut en outre noter que, pour les âges élevés, le décès des personnes consécutif à un « syndrome de glissement* » n’est pas comptabilisé comme suicide.

Pour conclure, "si l’on parle davantage du suicide des adolescents, pour lesquels il s’agit effectivement d’une des principales causes de décès à un âge où l’on meurt peu de maladie, les personnes âgées sont donc, en proportion, nettement plus concernées par le suicide" souligne la Drees en précisant qu'au total, "les taux de suicide les plus élevés s’observent chez les hommes veufs, et les moins élevés chez les femmes mariées âgées de moins de 65 ans".

* Ce syndrome correspond, chez la personne âgée, à une perte de l’élan vital avec refus d’alimentation, dégradation très rapide de l’état général conduisant en très peu de temps au décès. .../...
Le suicide des seniors : un sujet tabou et un problème qui augmente avec l'âge

Une expérience japonaise

Le suicide des seniors : un sujet tabou et un problème qui augmente avec l'âge
Mais le suicide senior n’est pas un phénomène réservé à la France. Au Japon, en 2004, le pays a enregistré 30.000 morts volontaires… dont 11.500 chez les plus de 60 ans -soit plus du tiers de l’ensemble de ces décès.

Compte tenu du vieillissement rapide de la population nippone, les spécialistes redoutent une forte augmentation de cette tendance dans les années à venir, indique un article du quotidien Yomiuri Shimbun. « Les personnes âgées sont confrontées à des évènements difficiles à vivre, tels que la maladie, la disparition de leur conjoint ou de leurs amis, leur place dans la société… En fait, ils sont plus sujets à la dépression que les jeunes, car ils ont l’expérience de la perte de choses qu’ils ont tant aimé » indique un psychiatre japonais, professeur au Collège médical de la Défense nationale.

Cependant malgré un taux de suicide relativement élevé (10ème rang mondial en 2005), sur les 47 préfectures que compte le pays, 16 n’ont encore mis en place aucune mesure contre le suicide et 19 ne proposent que des actions temporaires, indique le ministère des Affaires internes et de la communication.

Un village tente pourtant de combattre ce fléau. Situé dans la préfecture d’Akita, au nord ouest du pays, Fujisatomachi est devenu tristement célèbre au début du 21ème siècle. En effet, en 2001, cette petite ville rurale, où près du tiers de la population est âgée de 65 ans et plus, a détenu le record du plus fort taux de suicide dans le pays.

Suite à cette triste première place, les responsables politiques locaux ont décidé de réagir. Des commissions ont été mises en place de manière à comprendre les raisons de ce taux de suicide particulièrement élevé (107.6 morts volontaires pour 100.000 habitants). Des équipes des spécialistes ont tenté de déceler qu’elles étaient les personnes les plus à risque afin de leur fournir du soutien et des traitements médicaux. Et il semblerait que les actions qui ont été menées aient porté leur fruit, puisque le taux de suicide est tombé à zéro en 2004.

De plus, depuis 2003, de manière à réduire les risques d’isolement ou de dépression, des rendez-vous sont organisés tous les mardis dans un salon de thé du village, autour de petits gâteaux. « C’est important pour les gens d’avoir quelqu’un à qui parler. La première étape dans la prévention du suicide, est de permettre aux personnes de se réunir, de se rassembler pour discuter » indique le moine bouddhiste en charge de ce groupe d’étude. « C’est particulièrement important pour les personnes âgées qui n’ont pas l’habitude d’aller chercher de l’aide ou des conseils auprès d’un tiers ».

« Généralement je n’ai pas beaucoup de temps pour discuter avec les autres » indique une sexagénaire. « Je dois m’occuper des parents de mon mari qui sont âgés et qui vivent avec nous. Je n’ai personne à qui parler, personne ne vient me voir. Je fais tous les jours la même chose. Et la plupart de mes amies sont dans la même situation » ajoute-t-elle. De fait, cette femme ne se rend pas aux réunions organisées dans le salon de thé pour y trouver des conseils, mais simplement pour y voir du monde. Discuter un peu, évoquer ses soucis, partager ses tracas avec les autres. « Les seniors assistent à ces goûters pour y trouver un peu de compagnie » précise le moine.

Cependant, il est encore trop tôt pour crier victoire. Les spécialistes estiment qu’il faudra plus de temps pour savoir si oui ou non, les mesures qui ont été prises dans ce village ont été réellement efficaces. « Les personnes âgées ne veulent pas rencontrer un psychiatre, de plus elles évitent de parler du suicide comme si c’était tabou » indique le moine. « Dans cette optique, il faut prendre des mesures qui s’étalent sur le long terme ».

Pour en savoir plus, lire aussi :

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Numéros utiles :
SOS amitié 0820 066 066
Suicide écoute 01 45 39 40 00
SOS dépression 01 40 47 95 95


Publié le Mercredi 17 Mai 2006 dans la rubrique Société | Lu 10371 fois