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Le sommeil et ses troubles : le point avec l’Inserm

Le sommeil est un atout clé de la santé des seniors. Les troubles du sommeil ont une incidence sur la mémoire et l’attention. Ils favorisent le risque de développement de maladies cardio-vasculaires, de pertes d’équilibre et de fragilité psychologique, tous trois identifiés comme des facteurs de perte d’autonomie chez les aînés. Les risques d’accidents et de chutes sont alors multipliés. Retour sur le sommeil et ses troubles avec l’Inserm.


Le sommeil ne permet pas seulement de reprendre des forces, il est indispensable au développement cérébral ou encore pour assurer certaines fonctions métaboliques.

Limiter son temps de sommeil expose à des risques concernant la vigilance, l'apprentissage, le surpoids, etc. Les troubles du sommeil sont quant à eux à l'origine de pathologies touchant diverses spécialités médicales telles que la pneumologie, la neurologie, l'ORL, la psychiatrie, la pédiatrie...

Qu'est-ce que le sommeil ?

Le sommeil s'oppose à l'éveil. Il fait intervenir différents mécanismes cérébraux qui régulent le rythme jour / nuit, la durée quotidienne de sommeil et sa qualité. Il existe plusieurs stades qui se caractérisent chacun par un niveau d'activité cérébrale et musculaire.

Les différents stades du sommeil

La structure du sommeil est connue depuis une cinquantaine d'années. Il en existe deux types : lent (activité cérébrale ralentie) et paradoxal (activité cérébrale intense). La nuit est composée d'une succession de 4 à 5 cycles d'environ 90 minutes de ces deux types de sommeil.

L'alternance jour/nuit

Dormir la nuit et veiller le jour est possible grâce à une horloge biologique interne modulée par des facteurs environnementaux. Cette horloge interne, déterminée par l'activité génétiquement programmée de cellules de l'hypothalamus du cerveau, a spontanément une période légèrement supérieure à 24 heures, indépendamment de l'environnement. L'horloge interne régule notamment la température corporelle qui, en s'abaissant, entraîne une baisse de vigilance. Elle est au minimum vers 3-4 heures du matin et au maximum entre 16 et 19 heures.

Deux mécanismes sont capables de détecter les variations de la lumière et les rythmes de la vie sociale pour resynchroniser cette horloge si nécessaire.

Parmi ces deux mécanismes, la mélatonine permet d'avancer ou retarder l'endormissement pour s'adapter aux changements saisonniers de luminosité. La rétine contient en effet des cellules sensibles au degré de luminosité qui transmettent l'information au noyau suprachiasmatique situé à la base de l'hypothalamus. Ce dernier relaie l'information jusqu'à une petite glande, l'épiphyse ou glande pinéale, qui secrète la mélatonine. Dès que la lumière baisse, la libération de l'hormone augmente. Inversement, une lumière forte le soir retardera l'endormissement.

L'activité sociale sert également de synchroniseur des phases sommeil/réveil via d'autres mécanismes. L'horloge biologique est par exemple retardée par des jeux informatiques le soir ou des sorties tardives très fréquentes.

Le sommeil et ses troubles : le point avec l’Inserm
Le sommeil, une affaire de neurobiologie

En parallèle de cette horloge biologique, plusieurs mécanismes régulent le temps de veille et de sommeil. Tout d'abord, il existe au moins cinq systèmes d'éveil qui interagissent entre eux.

Leur mise en veille permettrait l'endormissement. A cela, s'ajouterait un effet « seuil » de l'adénosine, produit du métabolisme neuronal, qui induirait le sommeil lorsque l'éveil est trop prolongé.

Pendant l'éveil, cette substance s'accumule dans le cerveau jusqu'à un certain seuil qui finit par inhiber l'activité cérébrale et déclencher le sommeil. L'adénosine est ensuite éliminée pendant le sommeil et un seuil bas provoque le réveil. A noter, le café ou le thé bloquent les récepteurs à l'adénosine et maintiennent donc éveillé.

Pendant la nuit, les systèmes de neurones qui maintiennent l'éveil seraient inactivés pour permettre le sommeil. Ils utilisent plusieurs neurotransmetteurs, notamment la sérotonine et la dopamine, la noradrénaline, cibles d'action des amphétamines et enfin l'histamine et l'orexine au niveau de l'hypothalamus. L'histamine est devenue à ce titre une cible thérapeutique récente pour lutter contre la narcolepsie.

Près de 10% d'insomniaques

Selon une enquête menée en 2009 par l'Institut du sommeil et de la vigilance, les jeunes adultes de 25 à 35 ans dorment 7 à 8 heures par jour ; le temps de sommeil est inférieur à 6h-7h entre 35 et 55 ans. Près de 30 % des Français dorment moins de 7 heures par nuit.

Environ 20 à 30% de la population se plaint de troubles du sommeil dont 15-20% d'insomnie modérée et 9-10% d'insomnie sévère. La somnolence diurne excessive affecte près de 8% de la population, avec des conséquences directes sur la santé publique. Un décès sur trois sur la route est lié à un endormissement au volant.

En outre, il existe plusieurs troubles moteurs ou respiratoires liés au sommeil qui entraînent des comorbidités et une somnolence excessive ; 5 à 7% de la population générale souffre d'apnées du sommeil (15% après 70 ans) et 8,4% présente un syndrome des jambes sans repos dont 2% de formes sévères et très sévères.

La durée de sommeil varie au cours de la vie

La durée de sommeil et l'horloge biologique évoluent au cours de la vie. Cette dernière n'est pas « mûre » à la naissance puis se stabilise jusqu'à l'adolescence. A cette période, les jeunes se couchent volontairement plus tard (la lumière des écrans retarde encore plus le moment de l'endormissement) et se réveillent tardivement. Après 60 ans, en revanche, les individus s'éveillent plus tôt. Les durées de sommeil évoluent également : un nouveau-né dort 18 heures, un enfant de 10 ans dort environ 10 heures et un adulte environ 7h30. La très grande majorité des adultes est calée sur cette durée moyenne mais une certaine variabilité génétique semble expliquer des besoins plus ou moins importants de sommeil ou des différences de qualité de sommeil.

Le sommeil et ses troubles

Le sommeil ne permet pas seulement de reprendre des forces, il est indispensable au développement cérébral ou encore pour assurer certaines fonctions métaboliques. Limiter son temps de sommeil expose à des risques concernant la vigilance, l'apprentissage, le surpoids, etc. Les troubles du sommeil sont quant à eux à l'origine de pathologies touchant diverses spécialités médicales telles que la pneumologie, la neurologie, l'ORL, la psychiatrie, la pédiatrie... La recherche sur le sommeil mérite donc toute l'attention de la communauté scientifique.

Sommeil et santé

Le cerveau est programmé pour nous imposer le sommeil régulièrement pour plusieurs heures par jour. Cela permet à l'organisme d'assurer des fonctions nécessaires au développement et à la santé. Le sommeil est indispensable au développement et à la maturité cérébrale. Il permet la mise en place de certains circuits neuronaux. Un animal privé de sommeil n'acquiert par exemple pas la vision. En outre, il contribue à l'apprentissage et à la gestion des émotions. Une donnée associée à une émotion négative sera mémorisée et expurgée de son émotion négative au cours d'une nuit de sommeil.

Le sommeil assure des fonctions métaboliques et de développement en régulant la production de plusieurs hormones : hormone de croissance chez les enfants, cortisol, insuline, hormones de l'appétit (leptine, ghréline). Les privations chroniques de sommeil pourraient expliquer en partie l'augmentation de l'obésité et du diabète tardif. En outre, des suivis de cohorte ont démontré le lien entre temps de sommeil réduit et obésité chez des enfants et des adultes. Les sujets qui ne dorment pas assez grignotent davantage et ont plus faim.

La qualité du sommeil est également associée à celle de la réponse immunitaire grâce notamment à la production de cytokines, avec des conséquences probables sur la susceptibilité aux infections ou la prédisposition au développement de tumeurs.

Sommeil et cognition

Le sommeil est indispensable à la consolidation des informations mémorisées pendant l'éveil. Il est donc largement impliqué dans l'apprentissage récent. Une personne qui s'endort sur une tâche tout juste apprise, améliore sa mémorisation de 30%. Ce lien entre sommeil et cognition est prouvé mais les mécanismes cérébraux impliqués ne sont pas clairs. Ce qui est sûr, c'est qu'une restriction de sommeil à moins de 5 heures par nuit entraîne des défauts majeurs d'apprentissage. Un risque à faire connaître notamment auprès des jeunes.


Publié le Jeudi 24 Novembre 2011 dans la rubrique Bien-être | Lu 3635 fois