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Le politiquement correct des mots, chronique par Serge Guérin

Dans une interview récente donné par Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, au magazine Medias, ce dernier revient sur les formes de langage qui font d’un sourd un malentendant ou d’un aveugle un non-voyant. Jean-Paul Cluzel rappelle que déjà à la fin des années 60, Herbert Marcuse notait que la société occidentale tendait à ne plus nommer les choses par leur nom. Il parlait en particulier des sigles repris à la place des termes en eux-mêmes. Une façon d’euphémiser la réalité et d’en faire oublier la dimension globale.


Il est vrai par exemple qu’il est moins difficile pour le contrôleur d’expliquer aux passagers passablement énervés que « le TGV est immobilisé sur la voie pour une durée indéterminée » plutôt que d’annoncer que « le Train à Grande Vitesse est immobilisée sur la voie pour une durée indéterminée ! ».

Pourtant, l’humour du paradoxe ne se porte pas toujours bien de nos jours. Si l’on reste encore un peu sur les rails, il est clair que la suppression continue de lignes régionales ou de trains de nuit par la SNCF passe finalement mieux auprès du citoyen passager que s’il advenait qu’il se souvienne que SNCF signifie Société Nationale des Chemins de Fer…

Ce qui est intéressant dans cette interview, c’est que le même Jean-Paul Cluzel explique que l’utilisation de ces termes aseptisés permet certes de réduire la signification d’un état ou d’un fait mais qu’appliqué aux personnes, il évite de réduire l’être humain à un seul aspect. La religion, l’origine ou l’âge ne saurait nous définir, nous sommes tous des êtres multiples. Dans l’interview donnée à Médias, Jean-Paul Cluzel explique qu’il est « ravi d’être gay plutôt qu’homosexuel » car cela lui semble moins réducteur et exprime « une attitude libérale face à la vie ». .../...
Le politiquement correct des mots, chronique par Serge Guérin

Le choix des mots n’est jamais neutre et il n’est pas sans signification que le terme senior veuille recouvrir des réalités fort différentes entre l’adulte vieillissant, terme choisi par exemple par le Conseil des Aînés de Villeurbanne, et la personne très âgée en perte de repères et de facultés physiques.

Il y a sans doute une volonté de nier le grand âge, d’éviter de regarder une réalité en face. Comme si à partir d’un certain âge, l’individu ne pouvait être qu’un patient ou un malade…

Les propos de Jean-Paul Cluzel expriment parfaitement la notion de modernité évolutive souvent évoquée dans ces colonnes : nos identités ne sont pas figées et varient aussi en fonction des situations et des moments.

Vivre une situation de handicap et être handicapé ce n’est pas la même chose. Selon l’environnement de l’individu, la situation peut être toute autre. Ainsi, la personne à mobilité réduite, terme moderne pour évoquer par exemple un individu se déplaçant en fauteuil roulant, ne subit pas le même handicap selon que les infrastructures existantes dans son environnement lui permettent d’utiliser facilement des ascenseurs ou des tapis roulant ou que le choix se résume à des escaliers indifférents.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG


Publié le Lundi 24 Septembre 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 4937 fois