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Senior Actu

Le 'marketing senior' crée l'avant-garde dans notre assiette

Les concepts de demain: Sécurité, Authenticité, Convivialité, Ethique et Facilité

Rencontre avec Eric Seulliet et Solange Saint-Arroman, responsables de l'agence XXY, auteurs de l'étude marketing destinée aux professionnels : "Les seniors actifs et la Restauration Hors Foyer".


Pouvez-vous nous présenter l’agence XXY ?

Eric Seuillet et Solange Saint-Arroman
L'agence XXY a été créée en 2001. Notre vocation est de faire de la « prospective appliquée », c’est à dire que nous inventons pour les entreprises les concepts, services et produits du futur. Notre activité est double : d’une part nous pratiquons de la veille de marché, de la détection de tendance et du conseil en innovation, notamment à travers notre revue 'Look Out' et nos cahiers de prospectives, 'les spacioscopes'. D'autre part, nous disposons, dans le prolongement de cette recherche conceptuelle, d’un studio de design qui conçoit concrètement de nouveaux produits et services pour les entreprises. Par ailleurs, comme notre nom l’indique nous pensons que le futur sera tourné vers l’humanité, d’où la référence aux symboles de l’homme et de la femme. Nous privilégions ainsi une optique de « développement durable ».

Pourquoi avez-vous décidé de réaliser une étude ciblée sur les seniors et la Restauration Hors Foyer (RHF) ?

Eric Seulliet : Nous avons été initialement contacté par une grande entreprise de restauration collective intéressée par une étude axée sur les seniors. Très peu de recherches avaient alors été menées sur ce sujet. Ayant déjà réalisé une enquête sur la restauration hors foyer, nous étions légitimes pour conduire cette nouvelle étude.

Quel type de professionnels pourraient être intéressés par cette étude ?

Le 'marketing senior' crée l'avant-garde dans notre assiette
Eric Seulliet : Nous avons réalisé une étude multiclients susceptible d’intéresser tous les professionnels de la restauration et de l’alimentation. Avec l’allongement de la durée du travail, les cantines professionnelles devront de plus en plus faire face à une clientèle de seniors. L’enquête vise également la restauration commerciale et les industriels de l’agro-alimentaire (nous abordons par exemple les problématiques des plats à emporter). A titre d’exemple nous l’avons déjà vendue à une grande chaîne de pizzerias et au GECO, groupement d’étude sur la consommation.

Vous prenez le parti d’utiliser le terme 'd’aliments d’avant-garde' au lieu de 'produits seniors' ? Pour quelles raisons ? En quoi les aliments d’avant-garde concernent-ils les seniors ?

Solange Saint-Arroman : Le label « senior » fait peur et nous pensons qu’il ne faut pas ghettoïser le consommateur. Il faut inventer de nouveaux termes. Par ailleurs, les problématiques de santé deviennent de plus en plus importantes. Le concept de « bien-être » est devenu incontournable. L’alimentation senior qui prend en compte tous ces facteurs (santé, sécurité alimentaire, authenticité, environnement) devient ainsi "l’alimentation d’avant-garde". Nous pensons que l'ensemble des générations devraient suivre cette tendance.

Affirmer que les préoccupations des seniors peuvent être « avant-gardistes », alors que les concepts d’aujourd’hui (snacking, crousti-fondant) émergent de pratiques alimentaires dites « jeunes », n’est-il pas paradoxal ?

Solange Saint-Arroman : Non, nous pensons au contraire que ces concepts sont complémentaires. Prenons l’exemple du snacking : nous le pratiquons tous déjà plus ou moins. Avec les contraintes quotidiennes des temps modernes, nous pensons qu'il va devenir un besoin essentiel. Mais attention : le snacking doit être réétudié afin de prendre en compte les problématiques de santé et d'éviter l’hyperglycémie, les maladies cardio-vasculaires, etc... Comme le rappelle le professeur Françoise Forette (ndlr : présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie) : une bonne santé se prépare dés l’âge de 20 ans. Si on commence dès le début à prendre de mauvaises habitudes alimentaires, il est plus difficile de devenir un jour un senior actif et en bonne santé. Nous pensons donc qu'il est nécessaire de faire évoluer en priorité les produits et services de RHF en fonction des besoins des seniors ; innovations qui devraient séduirent par la suite les autres classes d'âge.

Pensez-vous que ce sera notamment le cas pour les produits biologiques ?

Solange Saint-Arroman: Le bio ne cesse de se développer. Mais l’offre ne couvre pas encore la demande. La France n'en produisant pas assez, la plupart des produits sont importés et la qualité reste encore relativement médiocre. De nombreux agriculteurs ont déjà investi dans le bio mais cela reste un processus de longue haleine. Nous pensons toutefois que le bio cessera rapidement d’être un marché de niche si la production suit, ce qui aura un effet positif sur les prix et donc sur sa diffusion auprès du consommateur final. D’ailleurs, la grande distribution l'a déjà bien compris et ne cesse d’agrandir ses rayons consacrés aux produits biologiques.

Quelles autres mesures pourront être prises pour assurer cette sécurité alimentaire chère aux seniors ?

Solange Saint-Arroman : Il s’agit d’une part d’améliorer la qualité des produits mais également la qualité de la transformation industrielle de ces produits. Les effet des agents chimiques utilisés dans les process industriels restent pour certains méconnus et accroissent la méfiance du consommateur. Un exemple qui fait réagir l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution : l’engouement pour le contact direct avec le producteur par le biais des coopératives d’achat sur internet. Dans ce cas, la production est achetée dès le départ, avec des implications évidentes sur la traçabilité, puisque le consommateur connaît la provenance du produit et peut même aller jusqu’à visiter les fermes productrices. C’est le reflet d’une certaine méfiance du consommateur à l’égard des circuits de distribution habituels.

Une recherche d’authenticité que l'on retrouve également dans le concept « slow-food » mentionné dans votre étude ?

Eric Seulliet : Oui en effet. Comme son nom l’indique, ce mouvement, initié par des seniors italiens, tente de recréer les conditions d'une nourriture saine, variée et consommée dans le calme comme autrefois. Nous avons constaté en Europe que le traditionnel repas de famille comme les repas d’affaires ont sacrifié le « temps social » au profit de l’efficacité.

Cela fait-il également partie du besoin de convivialité que l’on retrouve chez les seniors ?

Solange Saint-Arroman : Oui, mais la convivialité peut aussi s’exprimer directement dans les espaces de restauration où se côtoient plusieurs générations et catégories socio-professionnelles. Dans le 10ème arrondissement par exemple, le "Pain Quotidien" propose ainsi des petits déjeuners servis autour d’une grande table afin de favoriser la discussion et les échanges entre les clients.

Pour finir, l’agence XXY prépare-t-elle d’autres études sur les seniors ?

Eric Seulliet : Oui, nous travaillons actuellement sur l’alimentation des seniors médicalisés, aussi bien à domicile que dans les maisons de retraite. Nous ressentons une forte demande d’informations de la part des professionnels pour améliorer ces services. Nous espérons achever cette étude d’ici la fin de l’année. Nous envisageons par ailleurs de mener une étude sur l’alimentation des seniors actifs à leur domicile qui sera la suite logique de notre présente étude sur la RHF.



Publié le Vendredi 11 Juillet 2003 dans la rubrique Nutrition | Lu 3358 fois