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Le lavage du nez : un traitement médical à part entière

Eh oui… cette pratique ancestrale est très bonne pour l’hygiène de notre nez. A l’occasion du Congrès de pneumologie de langue française 2016, le professeur Ludovic le Taillandier de Gabory revient en détail sur ce traitement médical à part entière qui soulage notre appendice nasal et préserve nos bronches par la même occasion.


Le lavage du nez : un traitement médical à part entière
Un lavage de nez, cela peut sembler banal. Et pourtant ! Cette pratique ancestrale, qui remonte aux temps les plus anciens, est au coeur même de la panoplie de soins d’un rhinologiste. Une technique simple mais essentielle au bon fonctionnement du nez mais pas seulement : en effet, en chirurgie nasale, il constitue « le » soin post-opératoire et conditionne le confort du patient pendant cette période, la qualité de la cicatrisation et en partie le résultat de l’intervention.
 
Au quotidien, dans le traitement des rhinites allergiques par exemple, il est un allié indispensable de lutte contre les particules aéroportées, allergéniques, irritantes, l’élimination des sécrétions, l’amélioration du fonctionnement de la muqueuse.
 
Porte d’entrée de l’appareil respiratoire, cette péninsule en est aussi le gardien. Un nez sous contrôle permet d’améliorer la santé des bronches, mais ce qui relève de l’évidence pour les ORL ne l’est pas pour la plupart des gens, et notamment le grand public.
 
Pour redonner ses lettres de noblesses à ce traitement à part entière, le Pr de Gabory travaille depuis plusieurs années à établir des preuves scientifiques qui permettront de dépasser le caractère empirique de la démarche. L’enjeu ? Faire progresser la qualité des soins dans les cavités nasales et permettre de mieux traiter les pathologies qui leurs sont liées. « En préalable à ces recherches, nous nous sommes posés les questions suivantes : Pourquoi pratique-t-on le lavage de nez ? Est-ce une technique pertinente ? Peut-on l’optimiser ? Où vont exactement les produits ? Ont-ils des effets sur la muqueuse ? ». Les premiers résultats vont être présentés sur le CPLF, le 31 janvier 2016. Le lien nez-poumon n’étant plus à démontrer, il est en effet nécessaire d’informer les pneumologues de ces avancées.
 
Pour un lavage efficace, mieux vaut appréhender correctement le « contenant», en d’autres termes la cavité nasale. Or, la plupart des gens ignorent tout du volume de leurs fosses nasales qui différent d’un individu à l’autre, en fonction de sa taille ou de son âge : il existe en effet un delta important entre la cavité nasale d’un enfant de 6 mois, dont la capacité est de 2 à 3 cm3 à celle d’un adulte, de 15 à 20 cm. Ce volume peut aller jusqu’à 60 cm3 dans les cas d’intervention qui nécessitent l’ouverture des sinus.
 
Le lavage de nez doit ainsi tenir compte à la fois de ces éléments physiologiques mais aussi de la nature des soins à apporter (enlever des sécrétions, des croutes, des caillots), qui vont déterminer le volume de solution à injecter. La difficulté, dans ce domaine, étant de naviguer à « l’aveugle », car si l’on peut visualiser ce qui sort d’une fosse nasale, il est impossible de juger de l’état de la cavité.

​La compréhension de la mécanique des fluides

... à l’origine de la constitution de données scientifiques

L’enjeu des recherches entreprises par le Professeur de Gabory est de répondre formellement à ces questions en apportant un éclairage scientifique qui va légitimer un traitement jusqu’alors utilisé de manière empirique. L’objectif ? Collecter des données qui relèvent ni plus ni moins de la ... dynamique des fluides ; car qui dit pression et volumes, dit action mécanique et question de physique.
 
C’est en se rapprochant d’experts, spécialistes (entre autres) dans l’étude mathématique et informatique de la dynamique des fluides industriels et biologiques, que le Pr de Gabory a pu rassembler des éléments tangibles. « Sur le congrès, nous allons présenter nos travaux et évoquer ces données de volumes, de répartition des fluides, de leur organisation dynamique, du temps de contact avec les parois, des contraintes de cisaillement… On expliquera par exemple avec quelle pression on va pouvoir décrocher les sécrétions, les croutes, qui sont collées à la paroi et qui ont un certain pouvoir d’adhérence dans les cavités ».
 
Lavage de nez et bénéfices thérapeutiques

Le nez sert à conditionner l’air inspiré destiné aux échanges respiratoires en le filtrant, l’humidifiant et le réchauffant. Il participe à la régulation des rythmes respiratoires. Il assure aussi une barrière de défense mécanique et immunitaire de tout ce qui traine dans l’air inspiré, sans oublier son rôle primordial pour la fonction olfactive et gustative.
 
Guérir le nez a l’avantage de lever les symptômes rhino-sinusiens chroniques ou récidivants et de mieux contrôler la fonction respiratoire en aidant à éliminer poussières, germes et allergènes des fosses nasales : assurer son bon fonctionnement permet de mieux contrôler l’arbre respiratoire au premier rang desquels se situent les bronches.
 
En dehors des situations post-opératoires, les lavages de nez sont indiqués dans le traitement de quasiment toutes les pathologies rhino-sinusiennes, parmi lesquelles, la rhinite allergique (30% de la population) et la polypose naso-sinusienne (5% de la population), particulièrement fréquentes. Toutes deux ont la particularité d’être très fréquemment associées à un asthme (30 à 50% des cas).
 
On le préconise dans la mucoviscidose, car cette maladie peut aussi atteindre les fosses nasales et les sinus, avec production d’un mucus épais et très abondant. Le lavage de nez intervient là où la kinésithérapie bronchique ne peut rien pour soulager le nez.

Un bon lavage de nez passe par l’usage d’un bon produit

Il y a la manière de faire et ce avec quoi on le fait : un lavage de nez réussi passe aussi par l’utilisation d’un produit de lavage pertinent et adapté. « Jusqu’à présent, on avait recours au sérum physiologique ou à des préparations « maison » dont l’usage s’avère toxique pour la cellule respiratoire. Si ceux-ci peuvent être utilisés sur des courtes périodes, pour soigner des rhumes par exemple, ils s’avèrent inappropriés pour les traitements au long cours des personnes atteintes de maladies chroniques devant procéder à des lavages quotidiens ».
 
Des études ont démontré que la cellule meurt au contact du sérum physiologique. Par contre, les solutions à base d’eau de mer ont des effets actifs positifs sur la cellule respiratoire grâce aux composés ioniques qu’elle contient (potassium, magnésium, calcium, bicarbonates, fer, cuivre, zinc etc.).
 
Des résultats observés tout d’abord de manière empirique, via des prescriptions de produits issus de la culture marine en lieu et place de sérums classiques : les petits patients suivis à l’hôpital ainsi que leur maman avaient noté une amélioration des symptômes avec un produit plutôt qu’avec l’autre.
 
Des tests ont alors été menés en laboratoire, appuyés par des études qui ont permis de démontrer les effets bénéfiques de l’eau de mer sur la trophicité de la cellule épithéliale respiratoire, ainsi que sa véritable action thérapeutique, en tant que traitement et non un simple adjuvant. Dans le traitement des rhinites allergiques, d’autres équipes ont montré une efficacité thérapeutique de lavages à l’eau de mer seuls versus le traitement de référence représenté par la corticothérapie intranasale (50% d’amélioration).
 
Forte de ces résultats, l’équipe du Pr de Gabory poursuit ses recherches : deux études sont en cours, l’une concerne les lavages de nez dans le cas de la mucoviscidose, l’autre, dans les traitements postopératoires des polyposes sinusiennes. L’objectif : comparer l’efficacité des traitements réalisés avec du sérum physiologique vs les solutions à base d’eau de mer. Les résultats seront publiés lors du prochain congrès mondial d’ORL qui se déroulera à Paris, en 2017.
 
L’autre enjeu est celui de l’éducation à la santé. Pour le Pr de Gabory « Il y a tellement de messages confusants que l’on a besoin de tout le monde pour relayer les bonnes informations aux patients »... ORL, pneumologues et kinésithérapeutes ont tous un rôle à jouer dans cette prochaine étape.


Publié le Mercredi 20 Janvier 2016 dans la rubrique Santé | Lu 2245 fois