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Le collectif 'Combattre l'isolement' a mèné une grande enquête sur la solitude des aînés

Alors que la population vieillit, le collectif « Combattre l’isolement »*, constitué de huit associations dédiées à l’entraide et à la lutte contre l’exclusion, a souhaité montrer par le biais d’une grande étude menée auprès de 5.000 personnes âgées de 60 ans et plus, comment l’isolement des aînés pouvait engendrer un sentiment de solitude, facteur aggravant d’exclusion et de souffrance.


Le collectif 'Combattre l'isolement' a mèné une grande enquête sur la solitude des aînés
La France compte aujourd’hui 12,7 millions de personnes âgées de 60 ans et plus soit un français sur cinq. Selon les projections statistiques, elles seront 22,3 millions en 2050, soit près d’un tiers de la population totale. Or, le vieillissement, qui concerne la société dans son ensemble est souvent synonyme d’isolement (veuvage, décès des proches, dépendance, parfois une baisse des revenus, une perte du domicile...) rappelle le communiqué de ce collectif.

Face à cette situation, les associations formant « Combattre la solitude » ont réalisé une grande enquête nationale intitulée « Isolement et vie relationnelle des personnes âgées ». Elle a été menée auprès d’hommes et de femmes âgés de 60 ans et plus, en deux temps et selon deux modalités : quantitative et qualitative (voir les détails ci-dessous).

Le maître mot de cette enquête a été de laisser la parole aux aînés, en partant du principe que « les personnes âgées expriment que la communication est le principal atout pour rompre la solitude et que la société doit permettre à chacun la possibilité de s’impliquer dans des relations et de s’affirmer dans ce qu’il a d’unique » (Marika Richetto, petits frères des Pauvres - Rapport sur l’analyse qualitative de l’enquête «Isolement et vie relationnelle des personnes âgées»).

Les conclusions de ce travail permettent notamment de mettre en évidence un âge sensible qui se situe entre 79 et 83 ans au cours duquel surviennent les grands changements de vie : perte d’un être cher, manque d’estime de soi, éloignement de la famille, absence d’aide, faible niveau de vie, ne plus pouvoir sortir de chez soi aussi parfois. .../...

L’enquête quantitative de France Souêtre-Rollin et Dominique Saint-Macary

La méthodologie

Cette phase de l’enquête « Isolement et vie relationnelle des personnes âgées » a été menée en janvier 2006 auprès de 4.989 personnes de 60 ans et plus. 50 % d’entre elles étaient connues de l’une ou l’autre des associations membres du collectif, 30 % ont été rencontrées à l’occasion de l’enquête, 20 % enfin sont des bénévoles. Un échantillon non représentatif mais qui correspond à la connaissance de terrain des associations et touche en particulier des publics qui échappent aux enquêtes habituelles (personnes sans domicile, personnes vivant en établissement).

Dans cette étude, deux notions ont été distinguées :

- l’isolement, une notion objective et observable, discernable par plusieurs critères : vivre seul ou peu entouré, avoir peu de relations ou même de contacts, etc.,

- la solitude ou plutôt le sentiment de solitude, une notion subjective. La question posée était : « Vous arrive-t-il de vous sentir seul, très souvent, souvent, de temps en temps ou jamais ou presque ? ».

Les enseignements

1. Les personnes qui se sentent seules sont, le plus souvent, réellement isolées

L’étude a permis de distinguer trois groupes au sein de la population étudiée :

Groupe 1 : des jeunes retraités actifs parmi lesquels les bénévoles sont nombreux. Ils ont une vie relationnelle plutôt riche et ne souffrent pas de solitude.

Groupe 2 : des personnes dont la vie relationnelle est réduite, effectivement isolées et qui se sentent très souvent seules.

Groupe 3 : des personnes relativement jeunes, mais qui se sentent très souvent seules et qui souffrent souvent de solitude. Elles ont de graves difficultés économiques, sont au chômage ou sans domicile stable, sont parfois étrangères, sans ressources ou avec de faibles ressources.

2. Différents types d’exclusion relationnelle

L’étude a permis de définir deux grands types d’exclusion :

- l’exclusion relationnelle à caractère économique :

Ce type de solitude n’est pas propre aux personnes âgées. En effet, les personnes de plus de 60 ans qui sont en difficulté financière sont relativement rares : dans l’échantillon de l’étude, à partir de 65 ans, 10 à 12% seulement des personnes interrogées disent avoir du mal à s’en sortir et il est exceptionnel qu’elles fassent des dettes ou soient sans ressources.
Par contre, chez les personnes de 60 à 65 ans, ces difficultés sont deux fois plus fréquentes. La pauvreté des personnes âgées n’a pas été totalement éradiquée et, selon les associations, semble aujourd’hui en augmentation et est synonyme d’un sentiment de solitude aigu.

- l’exclusion relationnelle liée à l’âge :

Peu à peu et inéluctablement, le vieillissement isole : perte du conjoint et des proches, apparition et croissance des problèmes de santé, perte d’autonomie et réduction progressive de la vie relationnelle dressent autour des personnes âgées un mur de solitude.

3. Les trois étapes du vieillissement :

L’étude a mis en exergue une tranche d’âge charnière où la solitude et l’isolement deviennent un risque majeur. Cet âge se situe entre 79 et 83 ans. Avant 79 ans, on est encore le plus souvent dans la jeunesse de l’âge, en pleine activité et possession de ses facultés physiques et mentales. On est moins exposé à la solitude. De 79 à 83 ans : une tranche d’âge «charnière», une période intermédiaire au cours de laquelle se produisent les plus grands changements dont notamment et dans de nombreux cas le décès du conjoint. C’est aussi à ce moment de la vie que s’altèrent la vitalité et l’intégrité physique : difficultés pour voir, entendre, se déplacer, perte d’autonomie. Parfois légères au début, ces détériorations sont cependant irréversibles et deviennent de plus en plus handicapantes. Enfin, 79-83 ans, l’âge charnière. La solitude apparaît ainsi comme une « souffrance ajoutée » : à la douleur morale de perdre son conjoint, aux douleurs physiques qui deviennent plus présentes, à l’épreuve de la perte d’autonomie s’ajoute la souffrance de se sentir seul sans pouvoir toujours y remédier par soi-même. Après 83 ans : on entre progressivement dans le grand âge.

4. Hommes et femmes ne traversent pas ces trois étapes de façon identique

Réalité démographique, à âge égal, en particulier, les hommes vivent bien plus souvent en couple que les femmes. Or, le fait de vivre seul ou en couple jouant un très grand rôle dans la fréquence du sentiment de solitude, celle-ci est plus grande chez les femmes très âgées que chez les hommes très âgés. Mais à âge et situation matrimoniale identiques, cette différence n’existe plus : hommes et femmes sont aussi exposés à souffrir de solitude.

5. Le confinement à domicile expose fortement au sentiment de solitude

L’autonomie de déplacement est la source d’une liberté parce qu’elle offre la possibilité de maîtriser l’isolement de fait. Un immeuble sans ascenseur, l’absence de bancs dans les rues enferment et réduisent la mobilité ainsi que l’opportunité de contacts. Autant de limitations imposées à une autonomie défendue coûte que coûte qui accentuent la frustration et le sentiment de solitude.

6. Une famille nombreuse et présente atténue beaucoup le sentiment de solitude

Plus de neuf personnes âgées sur dix disent avoir de la famille; un tiers d’entre elles se sentent seules souvent ou très souvent, contre plus de la moitié de celles qui n’ont pas de famille.

Plus la famille est nombreuse, plus les occasions de contacts le sont aussi. Ceux qui n’ont qu’un ou deux parents (15,5 % des personnes interrogées) ont un sentiment de solitude trois fois plus fréquent que chez ceux dont la famille compte au moins une dizaine de personnes (36,1% des personnes interrogées).

Mais avec l’âge, le nombre de parents diminue : ainsi 23 % des plus de 84 ans ont des familles ne comptant qu’une ou deux personnes, contre 18 % des 79-83 ans et 14 % des 60-78 ans.

La famille joue un rôle à part car on peut presque tout demander à quelqu’un de sa famille : contacts, visites, échanges sur tous les sujets y compris intimes, mais aussi services et dépannages. Plus qu’à un bénévole et plus encore qu’à un ami ou un voisin.

7. Fréquenter un lieu de rassemblement ou appartenir à un groupe réduit l’isolement et le sentiment de solitude

Plus de la moitié des personnes interrogées sont membres d’un groupe ou d’un club et plus du tiers fréquente souvent un lieu de rassemblement ouvert à tous. Elles l’éprouvent beaucoup moins souvent que celles qui n’ont pas ces habitudes.

A âge égal, les femmes participent plus souvent que les hommes à des activités, font partie d’un groupe, club ou autre. En outre, de façon générale, les femmes «aiment voir du monde» (57 %) davantage que les hommes (47 %).

Mais la fréquentation d’un groupe ou club décroît fortement avec l’âge, passant de 66 % pour les 60 - 78 ans à 46 % pour les 79 - 83 ans et 37 % pour les plus âgés.

L’enquête qualitative de Marika Richetto

La méthodologie

Ces entretiens qualitatifs approfondis d’une durée estimée à 1 heure 30 minutes ont été ciblés sur les personnes âgées de 79 à 83 ans, accompagnées parmi les différents réseaux.

Les enseignements

Trois axes majeurs se dégagent de l’analyse qualitative :

- L’unicité de chaque personne, une reconnaissance fondamentale
"(...) Chaque individu est une petite planète, chacun réagit différemment et chacun a son chemin de vie."

- Le développement des solidarités - L’entourage, les professionnels, la famille, le voisinage, les bénévoles
"...On est toute seule, on est malade, on s’ennuie. Quand c’est trop fort, je vais au cimetière discuter avec les gardiens, qui sont adorables. Et je rencontre plein de gens seuls comme moi."

- L’espace de vie - L’importance de vivre dans "un petit chez soi digne"
"Etre aidée pour sortir un peu chaque jour, entendre la vie autour de soi, savoir partager les évènements vécus par le quartier et les uns et les autres."

Des solutions concrètes

Le collectif 'Combattre l'isolement' a mèné une grande enquête sur la solitude des aînés
De l’enquête « Isolement et Vie relationnelle des personnes âgées », de son analyse, de l’écoute des personnes âgées elles-mêmes ressortent donc des propositions d’actions concrètes pour lutter contre leur solitude et leur isolement :

- Inverser la tendance actuelle : « Pour aller vers les personnes seules et non attendre qu’elles viennent demander de l’aide » ;

- Agir rapidement, régulièrement et ensemble : « J’ai appelé... mais on m’a rappelé trois semaines après, je n’avais plus besoin de rien » ;

- Former et informer : « Former les gens qui travaillent autour de nous » ; « Informer sur tout ce qui existe » ;

- Offrir chaque jour et à chaque période de l’année des réponses possibles : « L'été, les périodes de fêtes (Noël, Pâques), c’est plus difficile, tout est fermé » ;

- Favoriser les rencontres entre les âges : « Créer des lieux de rencontres où se mélangent les jeunes et les vieux, et permettent aux acteurs présents d’échanger leurs expériences et de découvrir leurs compétences respectives » ;

- Associer le développement des transports adaptés et un accompagnement humain adéquat : « Mettre plus de transports adaptés aux personnes âgées... » ;

- Garantir un logement décent : « Offrir des logements moins chers pour avoir autre chose que quatre murs où on devient malade de la tête » ;

Aménager le territoire : « Mettre des bancs dans les rues pour s’asseoir », « faciliter les commerces de proximité » ;

- Garantir l’accès à la vie sociale pour les personnes à mobilité réduite : « La mairie propose des activités, mais pour les personnes valides » ;

- Garantir un meilleur niveau de vie : « L’accessibilité des actions aux personnes à revenus modestes ».

*Le Collectif « Combattre la solitude »
Association des Cités du Secours Catholique, Croix Rouge Française, Fédération de l'Entraide Protestante, Fédération Française de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Fonds Social Juif Unifié, les petits frères des Pauvres, Religieuses dans les Professions de Santé, Secours Catholique/Caritas France.


Publié le Mercredi 4 Octobre 2006 dans la rubrique Social | Lu 15360 fois