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Senior Actu

Le Japon met en place une loi contre les abus envers les seniors

Le Japon est un pays qui vieillit et qui parallèlement voit le nombre d’actes d’abus envers les personnes âgées augmenter. Afin de tenter d’enrayer cette spirale, le gouvernement a voté la semaine dernière, une nouvelle loi qui vise à protéger les aînés de ces gestes de malveillance ou de maltraitance.


Le vote de cette loi n’est que l’une des premières étapes du gouvernement qui tente de juguler ce que certains experts considèrent déjà comme un phénomène grandissant, indique une récente dépêche de l’agence Reuters.

Selon cette nouvelle législation qui entrera en vigueur à partir d’avril 2006, l’abus est défini comme étant une agression susceptible d’entraîner une blessure physique, une maltraitance verbale, des soins négligents (nourriture, toilette, nettoyage, etc.) ou encore une mauvaise gestion des biens ou du patrimoine d’une personne âgée. Toute personne qui sera témoin de tels actes devra en référer aux autorités locales qui devront alors enquêter sur chaque cas en coopération avec la police nationale.

« Le Japon s’aligne enfin sur les normes internationales » indique un professeur de l’Université Nihon à Tokyo et l’un des principaux experts sur la maltraitance des personnes âgées au Japon. « Cela fait quatorze ans que je travaille à la préparation de cette loi, et les politiciens commencent enfin à réagir » ajoute-t-il.

L’abus et la maltraitance envers les aînés n’est bien évidemment pas une problématique propre au Japon. Cependant, les résultats d’une enquête présentée l’année dernière répertoriaient presque 2.000 cas d’abus sur une année. Ce nombre, dans un pays qui est traditionnellement très respectueux des personnes âgées avait inquiété, d’autant plus que certains experts estiment que le chiffre actuel serait plutôt proche des 10.000 et qu’il ne cesse d’augmenter.

Si la maltraitance des aînés est un phénomène malheureusement international, en revanche, il est vrai qu’au Japon, le risque d’augmentation des cas est élevé car un grand nombre de parents âgés vivent chez l’un des leurs enfants. En effet, selon les coutumes nippones, l’aîné des fils se doit d’accueillir son père ou sa mère lorsqu’ils deviennent trop vieux pour vivre seuls. De plus, selon une loi héritée de la seconde guerre mondiale, les biens d’un senior reviennent automatiquement à l’aînés des fils lorsque le parent décède, ce qui semble-t-il, persuade certains enfants qu’ils ont tout à fait le droit de « disposer » des biens et des revenus de leurs parents… même de leur vivant.

Certains spécialistes estiment cependant que cette loi reste largement insuffisante et qu’elle devra encore être améliorée. En attendant, le Réseau international pour la prévention des abus envers les personnes âgées (INPEA) a désigné le 15 juin 2006 comme étant la Journée mondiale de la prise de conscience de la maltraitance des seniors.
Le Japon met en place une loi contre les abus envers les seniors

La maltraitance des seniors au Japon

Selon les résultats de récentes études menées au Japon sur une échelle nationale, l’âge moyen des seniors victimes d’abus s’élève à 81.6 ans et concernent dans 76% des cas des femmes. Les personnes responsables de la maltraitance sont très souvent issues du milieu familial ou des proches, dans 32% des cas il s’agit des fils et 20% des cas sont infligés par les belles-filles ou l’époux(se). Les deux tiers des actes de maltraitance relevés concernent la maltraitance psychologique, ce qui inclut les réprimandes, les brimades et les négligences délibérées. Dans un cas sur deux, les personnes âgées sont mal nourries, battues ou attachés à leur lit. Enfin une personne sur dix se retrouverait confrontée à un réel danger qui pourrait mettre sa vie en péril.

Les experts soulignent qu’il est difficile de trouver et d’aider les victimes. Très souvent, les familles font barrage. De plus une personnes âgée maltraitée hésite souvent à demander de l’aide, elle essaie même de cacher aux médecins les abus qu’elle subit. Elle craint que ses descendants ne la dépossèdent de ses biens. Aussi, dans les cas de maltraitances perpétrés par les enfants, les aînés se sentent responsables ; ils considèrent qu’ils ont échoué dans leur rôle de parents et qu’il est donc de leur devoir d’en subir les conséquences…

Un autre phénomène inquiétant se développe. Le pays assiste à une augmentation des assassinats ou tentatives de meurtres commis par les proches qui n’arrivent plus à assumer (physiquement, moralement ou financièrement) les soins envers leur époux(se) ou leurs parents âgées. « Pour réduire les stress des aidants, il faut établir un système de soutien et de conseils plus efficace » préconise la Fédération des avocats nippons (BAR).

Et de préciser que les problèmes internes à un foyer sont considérés comme des affaires de familles. Ainsi, la police ou les voisins hésitent à intervenir dans ces conflits. « Les violences sont perpétrées « toutes portes fermées » et sont la conséquence de plusieurs années de relations familiales complexes ».

Enfin, nombreux sont ceux qui commettent ces injustices sans même être conscients qu’il s’agit de maltraitance. Plus d’un accusé sur deux (54.1%) ne reconnaît pas avoir maltraité sa victime, un quart seulement s’en rend compte. Du côté des plaignants, trois personnes sur dix ne s’aperçoivent pas qu’elles ont été abusées.


Publié le Lundi 7 Novembre 2005 dans la rubrique Société | Lu 4240 fois