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Lazare Ponticelli, le dernier des poilus s’est éteint : une page de l’histoire de France se tourne

Lazare Ponticelli, le dernier soldat de la Grande guerre est décédé le mercredi 12 mars 2008 à 12h45 à l’âge de 110 ans au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) au domicile de sa fille. Avec la disparition de ce dernier poilu*, ultime survivant de l’un des conflits les plus meurtriers du 20ème siècle, c’est une page de l’histoire de France qui se referme définitivement. Des obsèques nationales auront lieu lundi matin aux Invalides à Paris en présence du président de la République.


Lazare Ponticelli, le der des ders a disparu. C’était le dernier combattant français de la Première guerre mondiale, conflit monstrueux qui fit plus de dix millions de morts dont 1.4 million de soldats français, soit 900 morts en moyenne par jour durant les 51 mois de guerre, du 1er août 1914 au 11 novembre 1918 et des milliers de disparus jamais identifiés symbolisés par le Soldat Inconnu qui repose sous la voûte de l'Arc de Triomphe.

Né le 7 décembre 1897 à Bettola en Italie, Lazare Ponticelli immigre en France à l’âge de 9 ans. Il en a 16 lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Il décide alors de défendre la France en dissimulant son âge véritable et s’engage dans la Légion étrangère à Paris. Affecté au 658ème Bataillon du Ier régiment de la Légion, il combat sur les fronts du Chemin des Dames, de l’Argonne (1914) et de Verdun (1916) avant d’être envoyé sur le front austro-italien. De retour en France en 1921, il revient s’installer définitivement à Paris et obtient la nationalité française en 1939. Il n’a jamais manqué aucune cérémonie du 11 novembre, toutefois, pendant longtemps, il a refusé d’évoquer ses souvenirs de guerre. C’est n’est que récemment qu’il avait accepté d’en parler. .../...
Lazare Ponticelli, photo de l'ONAC

Le président de la République a exprimé « l’émotion et l’infinie tristesse de l’ensemble de la Nation ». Il a salué « l’enfant italien venu à Paris pour gagner sa vie et qui choisit de devenir Français. Une première fois en août 1914 lorsque, trichant sur son âge, il s’engagea à 16 ans dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d’adoption. Une deuxième fois en 1921 lorsqu’il décida de s’y établir définitivement ». Nicolas Sarkozy a également rendu hommage « à l’entrepreneur qui, (…) a créé puis développé une entreprise qui emploie aujourd’hui plusieurs milliers de personnes ».

Et le président de conclure : « Lazare Ponticelli pensait devoir beaucoup à la France. J’affirme aujourd’hui que c’est notre pays qui lui est redevable, car il lui a donné le meilleur de lui-même, dans les heures les plus sombres comme dans les jours heureux. C’est à lui et à sa génération que nous devons en grande partie l’Europe pacifique et pacifiée d’aujourd’hui. A nous d’en être digne ».

« Nous perdons aujourd’hui l’ultime représentant d’une génération qui a donné ses vingt ans pour la France » a indiqué de son côté le Premier ministre. « Une génération sacrifiée sur l’autel d’un patriotisme héroïque et douloureux. Nul ne doit jamais oublier le courage inouï et le message si grave des poilus. La Première Guerre mondiale fut une tragédie. Le prix de la victoire fut sanglant. L’histoire a voulu que son dernier survivant se soit battu pour la France, non par devoir, mais par gratitude envers sa terre d’adoption » a ajouté François Fillon.

L'avant-dernier survivant français de la Grande guerre était Louis de Cazenave, mort le 20 janvier dernier, également à l'âge de 110 ans. Il resterait encore huit soldats de 14/18 encore en vie dans le monde. Leur doyen est un Anglais de 111 ans. Mais désormais, plus aucun Français.

Les obsèques nationales de Lazare Ponticelli, le dernier poilu, auront lieu lundi à 10h30 (retransmission en direct prévue sur France 2). Conformément au souhait de Lazare Ponticelli, cette célébration rendra hommage à « ses camarades morts dans cette horreur de la guerre ». Le président de la République assistera à la messe qui se tiendra aux Invalides dans la matinée « en présence de légionnaires et de soldats en uniforme de poilus », a annoncé le secrétaire d'Etat aux anciens combattants Alain Marleix.

*Poilus : à l'origine ce terme a été employé car lorsque les soldats se retrouvaient dans les tranchées, la plupart ne se rasaient plus.


Publié le Jeudi 13 Mars 2008 dans la rubrique Divers | Lu 11977 fois