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La vie privée des plantes de Lee Seung–U : Hêtre ou ne pas être


La vie privée des plantes
« Le monde hors du réel était chaste, et ignoble le monde où je me trouvais » avoue Kihyon, le narrateur.

Celui-ci doit prendre en filature sa mère, filature commanditée par un mystérieux personnage. Il la surprend alors qu’elle mène au bordel son grand frère amputé des deux jambes.

Alors se met en place un jeu de déconstruction de l’univers familial qui aura, peut-être, un rôle salvateur pour chacun des protagonistes.

Que ce soit sa mère, Uhyan l’aîné des fils, Sunni sa petite amie, le père ou Kihyon, chacun porte en lui une douleur mais aussi un rêve.

L’auteur nous en fait vivre les souffrances jusqu’à leur degré suprême d’intangibilité. C’est Uhyon, aux prises avec des crises paroxystiques de frénésie sexuelle. C’est Sunni s’avilissant en répétant « je suis une pute, je ne vaux pas mieux qu’une pute ». C’est Kihyon se débattant contre un inextinguible sentiment de culpabilité.

Les séquences sont crues, parfois difficiles. Puis apparaissent des phrases, de poésie des plus élevées qui mènent à l’essentiel symbolisé par l’omniprésence de l’arbre.

Ne pas parler de l’arbre c’est ne pas parler de ce livre. Mais dans le même temps, on ne doit rien dévoiler de sa part mystérieuse et magique. Plongeant ses racines dans l’univers mythologique occidental le récit livre cette parabole : « Ceux qui rêvent d’être un arbre sont des êtres qui ont une âme d’arbre, ceux qui ont une âme d’arbre sont déjà des arbres ».

Lee Seung-U écrit un roman beau et fort qui projette le lecteur dans l’abjection des corps et la fusion de l’amour.

La vie privée des plantes
Lee Seung–U
(traduit du coréen par Choi Mikgung et Jean-Noël Juttet)
Editions Zulma
300 pages
18.50 euros


Publié le Lundi 22 Octobre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 3253 fois