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Senior Actu

La valeur de la fragilité des personnes âgées, chronique par Serge Guérin

Si seulement 2 % des plus de 60 ans, sont affectés par une forte perte d’autonomie, celle-ci augmente avec la prise d’âge. Dans le domaine de l’assistance aux plus fragiles, les grandes problématiques tiennent aux dépenses de santé et aux conséquences de la perte d’autonomie.


Cet enjeu a connu une réponse politique avec la création de l’APA (Aide Personnalisée à l’Autonomie). La nécessité d’agir et de mobiliser des fonds au profit des plus fragiles (900.000 personnes en 2006, pour un engagement de près de 4 milliards d’euros), ne souffre pas discussion, mais les conditions de financement font débat.

Définir un niveau équitable de la prise en charge de la fragilité de l’être humain apparaît aussi improbable que de vouloir définir un seuil de démocratie. La prise en compte de cette fragilité relève de l’échange entre les hommes et des valeurs qu’une société se reconnaît. Le sociologue Michel Billé a remarquablement mis en exergue la nécessité de sortir d’une vision utilitariste de la personne : « jusqu’au dernier jour, un être humain a sa raison d’être ne serait-ce que par l’attention qu’elle suscite chez les autres ».

Nos sociétés matérialistes manquent souvent d’âme… L’ami Oscar Wilde disait « Le cynisme c’est connaître le prix de tout et la valeur de rien ».

Est-ce de la responsabilité des collectivités locales, avec en corollaire la question de l’inégalité de situation ? De quelle façon les personnes concernées, ou leurs proches, doivent-ils contribuer au financement de la prise en charge ? Comment mieux mesurer les situations de dépendance alors que les codifications en vigueur apparaissent parfois éloignées des réalités ? .../...
La valeur de la fragilité des personnes âgées, chronique par Serge Guérin

La valeur de la fragilité des personnes âgées, chronique par Serge Guérin
Sur un autre plan, on notera aussi l’importance d’une politique plus ambitieuse de formation des personnels et de mobilisation de moyens pour améliorer la qualité du service dédié aux personnes âgées, qu’elles soient en institutions ou qu’elles vivent à domicile.

Par exemple, la moitié des quelque 200.000 aides à domicile n’a aucun diplôme et n’a suivi aucune formation. Les gisements d’emplois liés aux services à la personne sont importants. De multiples rapports en ont fait leur miel et le ministre Jean-Louis Borloo, un axe fort de sa communication et de son action.

Sans que les emplois de proximité soient une panacée, l’enjeu est porteur d’une approche nouvelle qui peut interroger le rapport entre utilité sociale et rentabilité économique d’une activité. L’écologie générale du système ne conduira-t-elle pas à repenser la notion, ou plutôt les notions, de travail et la place de la personne ?

Mais au centre de cette problématique, c’est bien la question de la formation, de la valorisation et des perspectives de carrière dont il est question.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles
Et de Manager les quinquas (avec G Fournier), Editions d’organisation. Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po.


Publié le Lundi 13 Novembre 2006 dans la rubrique Santé | Lu 5523 fois