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Senior Actu

La retraite, c’est un métier qui se prépare ! Chronique par Serge Guérin

La semaine dernière, je terminais ma chronique en insistant sur le lien d’engagement dans la vie de la Cité et la préparation à la retraite. En effet, la retraite est une étape qui se prépare et sa préparation comporte au moins deux phases : l’organisation de la vie sociale à court et moyen terme d’une part, et la préparation à une éventuelle fragilisation à long terme d’autre part.


C’est sans doute le groupe AG2R qui le premier a innové en développant une réflexion autour d’une offre de services sur ce thème en proposant aux entreprises des produits et un discours pour les personnes concernées.

La préparation à la retraite comporte bien sûr un volet financier, y compris donc celui de la question du financement de la très grande fragilité, mais aussi, celui de la santé et surtout celui du lien social.

De même, la question de l’habitat et de son adaptation à une évolution de la locomotion des personnes est vitale. D’ailleurs, ce secteur commence à prendre en compte la mesure de cet impératif. Dans le domaine de l’habitat social collectif, on voit ainsi se multiplier des initiatives prenant en considération, par exemple, que les personnes souhaitent, et sont souvent économiquement obligées, de rester vivre dans leur logement.

Répétons encore qu’une non préparation à la retraite peut avoir des effets accélérateurs sur le vieillissement de la personne concernée. De nombreuses études, tant du point de vue médical que psychologique, ont fait valoir les effets désastreux de la sortie non préparée du monde du travail.

En effet, le travail est d’abord un producteur de lien social et de sentiment d’utilité. Les théories autour des étapes de vie montrent bien que chaque phase pose question et nécessite d’être préparée. Il y a ainsi, à chaque étape de la vie, une crise à gérer. Et plus on accumule les mauvaises gestions, plus la suite est complexe… .../...
La retraite, c’est un métier qui se prépare ! Chronique par Serge Guérin

De façon triviale, on notera l’importance de l’ennui chez les retraités. Pour preuve, l’augmentation du temps passé devant la télévision à partir du passage à la retraite ! Globalement, le retraité masculin passe 30 % de plus de temps devant son petit écran. Les hommes, en particulier, peuvent très mal vivre ce passage, à la fois parce qu’ils perdent un statut social mais également parce qu’ils se retrouvent face au vide.

Il n’est pas évident de se reconstruire dans l’autonomie après avoir eu à se poser dans un cadre fixé par une autorité extérieure. Les femmes, ayant culturellement la nécessité de tenir plusieurs rôles sociaux différents, sont mieux préparées à ce passage. Dans de nombreux entretiens que nous avons mené, il n’a pas été rare de rencontrer des retraités disant regretter d’être partis si tôt de la vie active.

Cette préparation à la retraite, qui commence à se développer dans quelques entreprises pionnières comme Veolia, est aussi un enjeu économique national : mieux vivre sa retraite c’est aussi moins consommer d’anti-anxiolytiques, c’est être un citoyen plus actif et plus ouvert aux autres, c’est également jouer un rôle auprès de la communauté… Le lien social nécessite de prendre en compte plus fortement l’ensemble de cette nouvelle frontière.

Notons aussi que les liens avec l’entreprise se sont distendus : ce n’est pas la même chose de vivre toute sa vie professionnelle dans la même entreprise et de participer à une association d’anciens que d’avoir eu une carrière dans plusieurs entreprises sans pouvoir créer de liens spécifiques et en ayant été mis sur le côté de façon « rapide ».

Le maintien d’une activité participe donc d’une reconstruction d’une vie sociale et permet de réduire le choc de la cessation d’activité. En ce domaine comme dans d’autres, les paliers de décompressions sont essentiels et permettent de réduire les risques d’isolement et de souffrance sociale.

La préparation à la retraite, c’est aussi soutenir des démarches favorisant l’implication des seniors dans la vie sociale. Source principale du maintien d’un lien générationnel fort et riche, l’approche solidaire apparaît aussi comme la meilleure façon d’éviter les affrontements stériles et mortifères entre les générations.

Cette approche construit aussi un regard sur soi plus positif pour les retraités et réduit la peur de vieillir et de ne plus séduire. On continu d’aller vers soi en allant encore vers les autres.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 23 Avril 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 10817 fois