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La presbyacousie : un phénomène inéluctable ? Tribune libre du Dr Patrick Petit, ORL

presbyacousie - assistant d'écoute - aide auditive

La presbyacousie est un phénomène naturel d’altération des capacités auditives au-delà d’un certain âge, estimé habituellement à 50-55 ans. Altération variable dans son intensité et dans sa précocité, mais altération obligatoire ! Signe de vieillissement d’un organe neuro-sensoriel parmi d’autres, cette perte d’audition est très généralement mal vécue parce qu’elle symbolise une dégradation des fonctions physiologiques chez l’homme. Elle diffère en plusieurs points de la perte de la vision et notamment dans son acceptation sociétale. Mal voir, certes, mal entendre, sûrement pas ! Les lunettes sont devenues un objet de mode tandis que la correction auditive reste un motif d’écartement social et de dévalorisation de sa propre image… Est-il possible de changer cette approche ?


Comment se manifeste cette presbyacousie ?

Le premier signe est sans doute la perte de la discrimination, c’est à dire la capacité de l’oreille à distinguer un bruit ou un son parmi d’autres.

Très concrètement, il s’agit de cette difficulté à comprendre ce que l’on vous raconte dans une salle de restaurant ou dans une réunion quelconque, dès lors qu’un bruit ambiant masque les propos de l’interlocuteur. La réaction première est d’accuser cet interlocuteur de mal articuler ! En fait, pour diverses raisons que nous allons passer en revue, l’oreille perd peu à peu cette capacité.

Le deuxième signe est le besoin de faire répéter son entourage. Selon votre patience et surtout celle de ceux qui s’adressent à vous, le dialogue devient épineux voire parfois impossible. Dialogues de sourd ?

Le troisième signe est la nécessaire obligation de hausser ou de faire hausser le niveau sonore de l’entourage. La télévision est bien sûr l’élément de référence. La famille et les voisins sont souvent les premiers témoins de votre dégradation auditive, plus ou moins complaisants en regard de ce qui est souvent un facteur de discorde ou d’exaspération…

Les manifestations que nous venons d’évoquer vont entraîner un isolement social progressif, responsable parfois d’un véritable syndrome dépressif, d’autant plus complexe que le repli sur soi va générer un défaut de communication avec les autres, donc un manque de stimulation auditive et une accentuation insidieuse des troubles de la communication. La boucle est vite bouclée…

La perte de l’audition entrant dans le cadre de la presbyacousie relève de plusieurs causes. C’est toute la partie noble de l’organe auditif qui est touchée : les cellules de l’oreille interne, les fibres du nerf de l’audition et les centres cérébraux d’intégration du message auditif. Ces notions sont connues depuis de nombreuses années, mais des découvertes récentes permettent aux thérapeutes d’aborder aujourd’hui cette diminution naturelle de l’audition avec un nouveau regard.

Concernant le nerf de l’audition, il est rassurant de savoir que le fonctionnement de cinq pour cent des fibres constitutives de ce nerf suffit pour permettre la transmission de l’information auditive ! Ceci revient à affirmer que ce câblage électrique n’est que très peu responsable de la presbyacousie. Le vieillissement de l’audition n’est donc pas lié à cette modification nerveuse, sauf cas particuliers.

Les centres cérébraux de l’audition subissent les méfaits du temps au même titre que toutes les fonctions du cerveau. Plusieurs études scientifiques ont montré que la stimulation auditive permettait de maintenir en activité les zones du cerveau chargées d’analyser et d’intégrer les messages auditifs. A ce titre, la fonction auditive dans sa globalité est assimilable à une fonction cognitive générale et le fait de continuer à écouter et à entendre permet sans doute de maintenir une activité cérébrale totale. En termes plus simples, permettre d’entendre est une garantie d’un « mieux vieillir » !

Les connaissances les plus récentes et les plus importantes se rapportent aux cellules de l’oreille interne. Ces cellules, au nombre de quinze mille environ à la naissance dans chaque oreille, sont de deux types : trois mille cellules ciliées internes et douze mille cellules ciliées externes. Les premières, véritables cellules reines et actrices majeures du fonctionnement auditif, vieilliront moins vite que les secondes, cellules ouvrières, chargées d’une mission de premier décodage du message auditif livré aux cellules ciliées internes.

La presbyacousie est d’abord une atteinte de cette famille cellulaire externe. Le travail de préparation et de décodage étant moins performant, le message sera moins précis. La gêne apparaît alors sans manifestation clinique ou audiométrique particulière. C’est ici où les choses ont radicalement changé depuis quelques années : ce trouble auditif naissant ne se traduisant par aucune anomalie au test audiométrique classique a été longtemps considéré comme un trouble de l’attention ou de la concentration ! Il n’en est rien. C’est réellement par un processus de dégradation cellulaire ciblée que la presbyacousie démarre. La plus grande concentration de l’individu n’y pourra rien. La personne touchée sera soumise à toutes les difficultés énoncées plus haut et les problèmes de lien social s’installent.

Faut-il se résigner à une perte inexorable de l’audition? Non !

Plusieurs études cliniques ont montré que le délai entre le début de la presbyacousie clinique et sa traduction audiométrique pouvait atteindre plus de dix ans ! Ceci veut dire que la prise en charge par une prothèse auditive classique, étalonnée et réglée en fonction d’une perte d’audition mesurée, est inadaptée. La perte de l’audition dans ce cas traduit déjà une altération profonde du mécanisme auditif. Il faut agir bien en amont et ne pas attendre un déficit de trente décibels de l’audition en moyenne pour proposer au patient une solution adaptée.

C’est ici qu’un assistant d’écoute, plutôt qu’une prothèse auditive, peut se justifier. Il ne s’agit pas d’une prothèse auditive mais d’un appareil d’amplification numérique destiné à ces presbyacousies débutantes sans ou avec peu de perte audiométrique. Non réglable, l’assistant d’écoute constitue une vraie nouveauté dans la prise en charge d’une baisse d’audition naissante. Simple d’utilisation, il permet de retrouver dans les circonstances abordées en préambule un confort d’écoute. C’est un premier pas dans l’acceptation d’une aide auditive et il représente un véritable outil pour l’oreille vieillissante de maintenir un niveau d’activité et de stimulation.

Considéré par beaucoup comme l’équivalent de la lunette-loupe pour l’oeil, cet assistant d’écoute est sans doute appelé à jouer un rôle premier dans le « mieux vivre ensemble ». C’est bien sûr au contact de votre médecin spécialiste ORL que l’approche de votre difficulté auditive sera explorée et qu’une réponse adaptée vous sera proposée.

Le Dr Patrick PETI est ORL, ancien attaché des hôpitaux de Paris et conseiller scientifique


Publié le Lundi 25 Juillet 2011 dans la rubrique Bien-être | Lu 2563 fois