Sommaire
Senior Actu

La polémique sur Guy Roux ou les ravages de la culture de la préretraite, chronique de Serge Guérin

La polémique autour du retour de Guy Roux comme entraîneur marque bien les ravages de trente ans de politique des préretraites. Véritable narcotique social, les préretraites ont conduit à réduire l’espérance de vie professionnelle alors même que nous avons collectivement gagné huit années de vie depuis les années 1975. En outre, les personnes de plus de 60 ans n’ont jamais été aussi jeunes dans leur tête et dans leur corps.


Plus la vie s’allonge et plus le temps de travail se réduit.

Cette politique ne peut se perpétuer d’autant plus que les nouvelles générations d’actifs sont moins nombreuses et que le nombre de nouveaux retraités, issus des années de boom démographique (ndlr : 1946/1964), augmente considérablement (180 000 retraités de plus par an par rapport au début des années 2000).

Bientôt il n’y aura plus assez d’actifs pour payer les retraites des inactifs de plus de 60 ans. Si rien n’est fait, nous risquons de passer d’ici à 2030 de dix actifs pour quatre retraités à dix pour sept. Le choix sera alors de réduire les pensions ou d’augmenter encore les cotisations.

Le meilleur moyen d’assurer l’avenir des retraites et de la coopération entre les âges passe par une augmentation très sensible du taux d’activité des plus de 50 ans. Aujourd’hui, en France nous cumulons un taux record de chômage des jeunes (22 %) et un taux d’inactivité des plus de 55 ans particulièrement bas (38 %). .../...
Serge Guérin

Mettre sur le côté les plus âgés n’a pas favorisé l’emploi des plus jeunes. Bien au contraire. En Suède, dont le système social n’est pas le moins progressiste et qui détient le record du taux d’activité des seniors (70 %) mais aussi en Allemagne, en Finlande ou au Danemark, les partenaires sociaux favorisent l’activité des 65 ans et plus.

La polémique autour du retour de Guy Roux comme entraîneur au FC Lens est symptomatique. L’homme est considéré comme particulièrement compétent et a marqué l’histoire du foot depuis les années 1970. Mais Guy Roux a 68 ans alors que la limite pour les entraîneurs de football professionnel est en France de 65 ans… A cet âge, on pouvait être, il n’y a pas si longtemps président de la République en France ou simplement employé, cadre ou professeur aux Etats-Unis, en Suède ou ailleurs.

La mise en cause de Guy Roux par la Ligue de football professionnel et du syndicat des entraîneurs est profondément corporatiste et réactionnaire. Ce jeunisme, qui est une forme de racisme, va totalement à rebours de l’évolution sociale. Il ne prend pas en compte la fantastique mutation des âges qui va transformer le monde.

Selon le démographe Shripad Tuljapurkar, il y aura d’ici 2030, environ trois personnes de plus de 65 ans pour quatre personnes ayant entre 20 et 65 ans. Une proportion trois fois plus importante que celle d’aujourd’hui. Et dans les années à venir, l’espérance de vie va encore s’accroître.

C’est d’autant plus merveilleux que les années gagnées sont de belles années qui permettent de créer, d’aimer, d’avoir des projets… Pourquoi alors se focaliser encore sur la barrière des 60 ou des 65 ans qui ne correspond plus à rien ? L’âge de la retraite doit répondre au parcours de chacun en fonction de son histoire de vie et de ses attentes. Messieurs de la Ligue de football professionnel, vous êtes très vieux dans vos têtes…

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Vient de publier L’invention des seniors, Hachette Pluriel
Co auteur de Manager les quinquas, Ed d’organisation


Publié le Lundi 2 Juillet 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 2813 fois