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La fuite à Baden d’Hervé Bentégeat : de Gaulle, tel qu’en lui-même


Le Général de Gaulle ne l’avouera que plus tard, à la télévision : « oui, le 29 mai, j’ai eu la tentation de me retirer ».
La fuite à Baden d’Hervé Bentégeat : de Gaulle, tel qu’en lui-même

Entre 11 heures et 18 heures 15, ce 29 mai 1968, le président de Gaulle, après avoir ajourné au dernier moment le conseil des ministres, disparaît. Nul ne sait où il est. Pas même Pompidou, son premier ministre, auquel il délivre par téléphone ce matin-là un énigmatique et inattendu message : « je vous embrasse ».

La France vit depuis deux mois au rythme des grèves et des manifestations. Des rumeurs les plus extravagantes enflent dans Paris au moment où la nouvelle se répand. Alors que la CGT organise meetings et rassemblements en douze places parisiennes, le bruit court que les manifestants armés convergeraient vers l’Hôtel de Ville pour y proclamer la Commune.

C’est cette folle journée que retrace Hervé Bentégeat. Il se place au cœur de l’action, c'est-à-dire parmi les états d’âme du Général. La fiction n’altère en rien l’authenticité historique. Romancier et historien tout à la fois, l’auteur relate heure par heure, les interrogations, les exaspérations, les regrets, les souvenirs, les tendresses, les pensées philosophiques et poétiques de de Gaulle.

Il en fait un personnage épique, singulier, envoûtant, au comportement janséniste. Sceptique sur le monde et les hommes, il fait éclater sa misanthropie et son pessimisme. Constamment attiré par les hauteurs barrèsiennes, imbu de la France, en moraliste plus qu’en théoricien de la politique, il place son action sous le signe d’un seul verbe : servir.

Il abhorre la droite des « beaux messieurs et des capitalistes ». Sa droite c’est « celle de Chateaubriand et de Péguy. Ils avaient en commun cette idée ancrée en eux que l’accomplissement passe par le dépassement et qu’il n’est aucune cause qui vaille de martyriser son prochain. Servir : voilà le mot clé de cette droite là ».

C’est un homme orgueilleux mais lucide qui reconnaît qu’il n’a pas toujours été regardant sur les moyens pourvu que la fin fût juste : « Foccard faisait tache dans le personnel de l’Elysée ».

H. Bentégeat nous fait découvrir Charles qu’étouffe de Gaulle épris de son destin sans en être dupe : « C’est comme Jeanne d’Arc, tiens ! A qui avait-elle servi ? Si les Anglais avaient gagné la guerre de Cent ans, la France et l’Angleterre n’auraient formé qu’un seul royaume, le français, la langue dominante de l’époque, aurait fini par s’imposer partout et aujourd’hui, on parlerait la langue de Molière aux Etats-Unis, en Inde et ailleurs… Alors le bilan objectif de Jeanne d’Arc était plus que douteux ».

«La fuite à Baden » a le charme suranné des belles pages de l’Histoire de France et de ses légendes. Il en conforte le mythe et le lecteur y participe.

La fuite à Baden
Hervé Bentégeat
Editions Ramsay
282 pages
18 euros


Publié le Lundi 26 Février 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2281 fois