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La disparition du Giulia : quand une femme disparaît le jour de ses cinquante ans (film)

Le réalisateur zurichois Christoph Schaub a présenté au mois d’août dernier au Festival international du film de Locarno (Suisse) son dernier long-métrage tiré d’un roman de Martin Suter : La disparition de Giulia… Une œuvre sur le passage du temps et l'avancée en âge qui a reçu le Prix du public.


C’est précisément à l’occasion de son cinquantième anniversaire que Giulia (Corinna Harfouch) en fait la cuisante expérience : l’âge rend invisible. Frustrée, elle va faire les magasins et y rencontre un étranger (Bruno Ganz) avec lequel elle préférera passer la soirée en lieu et place de ses amis venus la fêter.

Tirés à quatre épingles, pomponnés jusqu'au bout des ongles, les signes de l’âge soigneusement effacés, ceux-ci l’attendent au restaurant, tout en débattant sur leur nombre croissant de cernes. Les vérités et sagesses sortant de leurs dialogues se faisant macérer dans une quantité d’alcool de plus en plus importante.

De leur côté, Jessica et Fatima, toutes deux 14 ans, sont elles aussi en train de faire les magasins –mais à leur manière. Elles sont à la recherche d’un cadeau d’anniversaire et « trouvent » des baskets dorées pour l’élu de leur coeur âgé de 18 ans. Mais elles n’arriveront pas à échapper à la vigilance du détective du magasin. Cornelia et Max, les parents divorcés de Jessica, se retrouvant alors devant les ruines de leur concept de garde ouverte au moment où ils doivent aller chercher leur fille adolescente au poste de police. Qui des deux est-il responsable du fait que leur fille appartient désormais à une jeunesse perdue ?

Leonie, quant à elle, râle sur la perte de sa jeunesse. A l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, elle se rebelle contre sa fille, la maison de retraite, les conventions et l’âge, tout en sabotant sa fête avec délectation.
La disparition de Giulia, DR

Entretien avec le réalisateur Christop Schaub

Christoph Schaub, un film sur le fait d’avancer en âge. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce sujet ? Vous avez vous-même déjà fêté votre 50ème anniversaire...
A cette occasion, on peut soit bouder ou alors faire une grande fête. J’ai choisi la deuxième option… J’avais toujours essayé d’ignorer les anniversaires auparavant. J’ai toujours été personnellement intéressé et préoccupé par le fait d’avancer en âge et par le caractère éphémère de la vie.

En 1988, j’ai tourné mon premier long-métrage portant le titre A trente ans (Dreissig Jahre). C’est l’histoire de trois amis qui arrivent à trente ans et qui tentent de différente manière de fuir le sérieux de la vie qui leur fait face. Un film sur les adieux doux-amers faits à la jeunesse.

Ce n’est donc pas complètement par hasard que la société T&C Film m’a proposé vingt ans après un scénario traitant d’un cinquantième anniversaire. A l’époque de Dreissig Jahre, j’avais écrit le scénario avec Martin Witz ; celui-ci s’inspire d’expériences très personnelles. Cette fois, le scénario est l’oeuvre de Martin Suter, un écrivain dont je lis toujours les livres et chroniques avec grand plaisir.


Qu’est-ce que les spectateurs devront-ils prendre avec eux en sortant du cinéma ?
J’espère que les spectateurs quitteront le cinéma dans le même état d’esprit que Giulia quitte ses invités à la fin du film. Agréablement surprise par la tournure inattendue de la soirée et ainsi en quelque sorte réconciliée avec sa propre existence. De plus, le spectateur peut se réjouir –c’est du moins ce que j’espère- d’un discours intelligent et drôle sur un thème universel avec lequel tout un chacun est confronté d’une manière ou d’une autre.

Trois générations débattent, de manière très différente, de ses impressions relatives au fait d’avancer en âge. Au centre, on trouve la génération des cinquantenaires. L’âge au cours duquel on se rend compte réellement pour la première fois qu’on est en train de perdre sa jeunesse, son pouvoir de séduction, son dynamisme et sa vitalité sexuelle. Les aspects positifs de la vieillesse que sont l’expérience, peut-être la sagesse, le calme ou le charisme sont étonnamment moins pris en considération et jouent sur l’échelle des valeurs un rôle secondaire.

Une comédie douce-amère sur le vieillissement et ses conséquences, mais également sur les relations intergénérationnelles (film sorti en Suisse, mais pas d’information quant à sa diffusion en France pour le moment).


Publié le Mercredi 16 Septembre 2009 dans la rubrique Culture | Lu 2683 fois