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La Théorie des pénitents : et si la limite de vie était fixée à 72 ans ?

Certains livres de politiques fiction sont plaisants lorsqu’ils s’ancrent dans la fiction. D’autres trouvent leur agrément quand ils privilégient la politique au sens fort du terme, s’ils éveillent la conscience du citoyen. La Théorie des pénitents est de ceux là. L’ironie roborative de Jean Colombier restaure notre état de vigilance, abaisse notre niveau de tolérance aux idées pernicieuses, secoue notre lâche passivité.


Dans un peu plus d’un quinquennat nous serons en 2012. Cette année là le narrateur, 28 ans, est victime d’un accident de la route provoqué par un vieillard de 89 ans. Son automobile est irréparable. Il confit son désarroi à son cousin Max, chef de cabinet dans un ministère, 38 ans. « Franchement, les personnes d’un certain âge on devrait leur interdire de conduire. On devrait leur interdire de mettre le nez dehors, on devrait même tiens… » s’emporte t-il par dépit.

La France est alors en crise politique, et démographique. Elle vient d’élire une majorité dont les responsables sont issus d’un parti d’extrême droite. Le vieillissement de la population alourdit considérablement la charge sociale au détriment des nouvelles générations.

Ce qui ne fut qu’une boutade de café du Commerce devient pour les dirigeants une nécessité : il faut supprimer les vieux. De simples conversations entre directeurs de cabinet en réunions informelles avec les ministres aboutissant en création de cellules de réflexion, une décision est prise : la limite de la vie est fixée à 72 ans. Le coût exorbitant des retraites sera allégé et ce budget réorienté vers la jeunesse. .../...
La Théorie des pénitents : et si la limite de vie était fixée à 72 ans ?

Alors se met en place toute une stratégie de communication, de manipulation des mentalités. « On s’en fiche de la vérité, ce qui compte, c’est la façon de présenter les choses ». L’important est de faire avaliser la loi par référendum, au plus vite par les Français.

Point par point, l’auteur avec brio et fascinante simplicité dépeint les rouages de la mise sous influence de l’opinion politique jusqu’à ce que celle-ci, en toute bonne conscience, avec la foi de la conviction objective, approuve l’abominable.

C’est qu’un peuple dont la vigilance morale est en panne, est enclin à admettre toute vérité qui à l’apparence de la pertinence. « L’individu doit s’effacer derrière l’intérêt général » Il y a quelque chose d’orwellien dans ce roman, qui est aussi une facétie, enfin pas tant que cela… Mais sa lecture est une telle cure de jouvence !

La théorie des pénitents
Jean Colombier
Edition l’Arganier
315 pages 18 euros


Publié le Vendredi 7 Juillet 2006 dans la rubrique Culture | Lu 1689 fois