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Senior Actu

La Conférence de la famille veut renforcer le lien entre les générations

Le Premier ministre Dominique de Villepin a présidé le 3 juillet dernier à Matignon, la Conférence de la famille, en présence de ses ministres Jean-Louis Borloo, Pascal Clément, Xavier Bertrand, Gérard Larcher et Philippe Bas. Un mot d’ordre : renforcer le lien intergénérationnel. Détails des mesures qui seront mises en place à cet effet.


L’allongement de l’espérance de vie permet aujourd’hui de voir cohabiter quatre générations. Chaque année, les Français gagnent un trimestre d’espérance de vie. Cet accroissement de la longévité est une révolution : les plus de soixante ans vont doubler d’ici 2050. Demain, cinq générations pourront sans doute se côtoyer. La solidarité entre générations est donc bien un des enjeux essentiels pour notre société.

Mais un écart se creuse entre les générations et l’on voit se développer un sentiment d’inégalité. La cellule familiale se transforme, les liens entre générations se distendent. Des jeunes peinent à entrer sur le marché du travail, à acquérir un logement, à s’insérer dans la société et restent plus longtemps au domicile familial ; à l’inverse, des personnes âgées se retrouvent isolées ou sont touchées par la dépendance. Pourtant, le lien intergénérationnel reste déterminant dans la cohésion de la société : facteur de solidarité, il contribue au dynamisme économique et social du pays.

Ces évolutions soulignent d’autant plus le rôle de génération pivot des 55 – 75 ans, ces « seniors actifs » qui aident les jeunes à entrer dans la vie professionnelle mais qui aussi, bien souvent, ont la charge d’un parent plus âgé et dépendant. L’aide apportée par cette génération est primordiale et doit être non seulement préservée mais encore facilitée, sous peine de transférer cette charge à la solidarité nationale.

Il s’agit donc d’aider au mieux celles et ceux qui ont la charge d’un parent dépendant, en reconnaissant leur rôle, en les aidant à accomplir au mieux cette tâche, en leur permettant de trouver des moments de répit. Et d’utiliser au mieux cette expérience pour rebondir, s’ils le souhaitent.

Il faut aussi trouver les moyens d’encourager les jeunes retraités à s’investir davantage dans la vie de la cité, dans tous les domaines de la vie économique et sociale. Car ils sont également ceux qui s’investissent le plus dans le bénévolat.

Enfin, il faut permettre aux jeunes qui entrent dans la vie active de disposer de chances supplémentaires pour réussir leurs débuts et s’intégrer au mieux, en leur donnant le coup de pouce qui leur manque parfois.

Recréer ou consolider les solidarités entre générations, sur le modèle des solidarités familiales : c’est bien tout l’enjeu de cette conférence de la Famille 2006, qui entend y répondre au travers de mesures (voir ci-dessous) qui se veulent « simples et concrètes ». .../...

Reconnaître et soutenir les aidants familiaux

1. Reconnaître les aidants familiaux auprès des personnes âgées
Aujourd’hui seuls sont reconnus comme tels les aidants familiaux auprès des personnes handicapées (depuis la loi du 11 février 2005) ou d’enfants handicapés. Or près de 75% des bénéficiaires de l’Allocation personnalisée d’autonomie restent aidés par leurs proches. Cet investissement horaire est deux fois supérieur à celui des intervenants professionnels.

Afin que les aidants après des personnes âgées puissent bénéficier des mesures de soutien destinées aux aidants familiaux, il faut les reconnaître en tant que tels. Un décret, indique le communiqué du ministère, devrait donner une définition précise de l’aidant de personnes âgées, en cohérence avec ceux des personnes handicapées.

2. Créer un congé de soutien familial et maintien des droits à la retraite
Les personnes qui souhaitent se consacrer à un parent dépendant, le temps de lui choisir une place en établissement, ou qui sont obligés de cesser leur activité pour s’en occuper, sont souvent contraintes d’abandonner leur activité professionnelle sans perspective de retour à l’emploi, à l’issue de la période passée auprès de la personne aidée.

Un congé de « soutien familial » de trois mois, renouvelable dans la limite d’un an, sera créé et mis en œuvre au 1er janvier 2007. La mesure proposée a pour objet d’offrir aux aidants exerçant une activité professionnelle un cadre juridique protecteur pour s’occuper d’un proche dépendant, qui garantit le maintien de son emploi. Les droits à la retraite de l’aidant continueront à augmenter.

3. Créer un véritable « droit au répit »
Aider une personne âgée dépendante demande une implication permanente, souvent 24 h sur 24, tous les jours de l’année. Ce que veulent la plupart des aidants, c’est simplement de pouvoir « souffler » de temps en temps. Il faut pour cela créer un véritable droit au répit, grâce à :
- des places d’accueil de jour dans les maisons de retraite, permettant aux aidants de s’absenter une journée ou d’aller travailler, 2.500 places seront créées chaque année pendant 5 ans ;
- des places d’hébergement temporaire dans les maisons de retraite, permettant à une personne âgée d’être hébergée pour quelques jours ou quelques semaines, 1.100 places seront créées chaque année pendant 5 ans ;
- des formules innovantes, comme le « baluchon » canadien : un professionnel vient remplacer l’aidant auprès de la personne âgée, directement à son domicile, pendant quelques jours ou quelques semaines. La personne âgée demeure ainsi dans l’environnement auquel elle est habituée.

4. Développer l’accompagnement, la formation et la coordination entre les acteurs pour faciliter le parcours des aidants familiaux de personnes âgées et handicapées.

Les aidants familiaux sont trop souvent démunis lorsqu’ils ont à prendre en charge un proche qui perd son autonomie. Il s’agit d’une situation contrainte, parfois inattendue et brutale et les aidants se posent, à juste titre, plusieurs questions :
- Comment libérer le temps nécessaire pour s’organiser et trouver une solution pérenne pour la personne âgée ?
- Comment savoir également quels gestes effectuer pour aider la personne âgée dépendante au quotidien, depuis les gestes de premiers secours jusqu’aux gestes plus pécifiques pour les personnes très lourdement dépendantes ?
- Où trouver des informations utiles et pertinentes lorsqu’on aide une personne dépendante ?

Pour accompagner leur quotidien, il est proposé de développer l’accès à la formation pour ces aidants familiaux. Un appel à projets national sera lancé à l’automne 2006, piloté par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Elle participera au financement des projets.

5. Créer un « carnet de l’aidant »
De nombreuses personnes, en particulier des femmes qui aident leur époux malade, sont isolées et ne s’adressent pas ou peu aux services sociaux compétents. Elles ne connaissent pas forcément les possibilités d’aide au quotidien : existence de groupes de parole dans leur commune, services de portage des repas à domicile, lieux d’information…

Le rapport d’Alain Cordier « La famille, espace de solidarité entre les générations », souligne la nécessité de renforcer le dispositif d’information sur les aides aux familles et les dispositifs de prise en charge à domicile.

Par ailleurs, l’aidant familial qui accompagne son parent, souvent pendant plusieurs années, doit pouvoir mettre en valeur les expériences et les connaissances qu’il a acquises au long de ce « parcours de l’aidant familial ».

Le carnet de l’aidant familial répondra à ces deux nécessités : accompagner le début du parcours de l’aidant en lui apportant les informations nécessaires, rassemblées dans un document unique, et mettre en valeur l’expérience acquise pendant son parcours d’aidant. Ce carnet sera destiné à : informer l’aidant sur ses droits, les coordonnées des centres d’information et les adresses des associations qui peuvent lui être utiles ; constituer un « lieu de mémoire » à la charge symbolique forte (au même titre qu’un carnet de santé) au travers d’un document de référence dans lequel il peut noter les détails de l’aide qu’il apporte ainsi que les formations suivies ou son engagement associatif.

Il sera diffusé début 2007 dans les départements et les lieux d’information aux aidants : les Centres Locaux d’Information et de Coordination (CLIC) ; les réseaux gérontologiques ; les maisons départementales des personnes handicapées…

6. Valider les acquis de l’expérience des aidants familiaux

Dans neuf cas sur dix, l’aidant qui s’occupe d’une personne dépendante et qui n’est pas un professionnel est un parent. S’occuper d’un proche dépendant (conjoint, membre de la famille) durant plusieurs années permet l’acquisition de gestes de soins adaptés à la personne aidée et nécessaires à la gestion du quotidien : déplacements, gestes de toilette, patience dans la relation avec la personne aidée…

Les aidants familiaux capitalisent ainsi, au fil des années, une expérience technique et relationnelle importante. Certains d’entre eux, à la suite de cette expérience, peuvent souhaiter s’investir dans le domaine médico-social et, pourquoi pas, en faire leur métier.

Tout aidant familial qui souhaitera s’engager professionnellement dans une carrière médicosociale pourra faire reconnaître officiellement les acquis de son expérience d’aidant familial.

Faciliter l’intergénérationnel au quotidien

1. Soutenir les jeunes qui entrent dans la vie active : créer le prêt « avenir jeunes »
L’entrée dans la vie active est une période difficile pour les jeunes. La solidarité familiale mais aussi nationale peut alors s’exercer utilement. Certains d’entre eux bénéficieront d’un soutien familial pour assurer les investissements nécessaires : une voiture ou une moto d’occasion pour aller travailler, de quoi équiper l’appartement, acheter l’équipement professionnel… D’autres n’auront pas cette possibilité et ne pourront pas se tourner vers les banques. Il leur manquera alors ce petit pécule de départ qui peut faire toute la différence.

Des prêts à taux 0%, garantis par le fonds de cohésion sociale, seront offerts aux jeunes de 18 à 25 ans les moins aisés, qui entrent dans la vie active, pour leur permettre d’effectuer les investissements nécessaires (voiture, mobilier, équipement professionnel). Le prêt, remboursable en 5 ans, sera d’un montant maximum de 5 000 euros.

Par ailleurs, une mission sera confiée au Centre d’Analyse Stratégique (CAS) afin d’évaluer l’opportunité et les modalités technique de création d’un compte, ouvert à la naissance de l’enfant, afin de permettre aux proches de lui constituer un pécule, pour le moment où il entrera dans la vie active.

2. Créer un « compte épargne service » pour les retraités pour service rendu à la collectivité
Il s’agit d’ouvrir la possibilité, pour les collectivités territoriales (communes, conseils généraux) et leurs établissements publics (CCAS, CICAS), d’offrir en retour des services à
des retraités qui ont été actifs auparavant envers la collectivité.

Leurs actions sont souvent intergénérationnelles (par exemple la surveillance des trajets des écoliers, l’aide aux devoirs, la gestion d’une bibliothèque), simples et utiles. Ces jeunes retraités qui consacrent une partie de leur temps disponible à des actions bénévoles et de solidarité dans leur quartier ou leur commune, pourront bénéficier, en retour, de services de ces mêmes collectivités, lorsqu’ils en auront eux-mêmes besoin, plusieurs années plus tard.

La commune pourra leur ouvrir, si elle le souhaite, un « compte épargne service », en y versant des chèques emploi service universel (CESU) dont la durée de validité sera étendue ; ces retraités, qui ont été bénévoles, pourront les utiliser plusieurs années plus tard pour rémunérer des services à la personne effectués par un prestataire choisi dans une liste préétablie.

3. Créer un mandat de protection future
Certaines personnes peuvent souhaiter organiser la prise en charge de leur dépendance pour le jour où elles ne pourront plus gérer seules leur vie quotidienne ou leur patrimoine.

Le mandat qui sera créé permettra à une personne, alors qu’elle dispose de toutes ses facultés, d’organiser sa vie future au cas où elle serait en état de grande vulnérabilité.
Le mandat de protection future permettra ainsi à toute personne de donner à un tiers mandat de la représenter, dans des conditions de sécurité définies par la loi, le jour où elle ne pourra plus pourvoir seule à ses propres intérêts.

4. Créer un « passeport pour une retraite active »
La retraite est une nouvelle étape dans la vie. Les retraités d’aujourd’hui sont en bonne santé et en pleine possession de leurs moyens. Ces « seniors actifs » sont de plus en plus nombreux à souhaiter s’engager dans un projet pour quelques années, après leur départ à la retraite. Mais les informations destinées à ceux qui souhaitent s’investir sont dispersées.

Chaque personne qui part à la retraite ou qui en fait la demande recevra un document
d’information, incitatif, afin de faciliter son engagement dans le cadre du bénévolat.
Ce document comportera :
- des informations générales sur le bénévolat ;
- un volet d’information destiné à informer les jeunes retraités sur les bénéfices d’un recours à une alimentation saine et diversifiée (conseils nutritionnels), sur la nécessité de se maintenir en bonne santé physique, dans une perspective de prévention ;
- des informations générales sur les services à la personne (Plan de cohésion sociale) ;
- un encart local donnant des informations sur les principales associations et lieux d’information à contacter pour effectuer une démarche de bénévolat dans le département.

5. Promouvoir un urbanisme intergénérationnel
Des projets d’urbanisme innovants, axés autour de l’intergénérationnel, naissent aujourd’hui sur le territoire : des établissements rassemblant dans un même lieu une crèche et une maison de retraite ; un quartier rassemblant l’ensemble des services nécessaires au maintien à leur domicile des personnes âgées et de personnes handicapées habitant en HLM, etc.

Ces projets, auxquels les élus sont attentifs, demeurent encore peu nombreux. Aussi le Gouvernement souhaite assurer la promotion de ces réalisations, qui permettent de renforcer les liens entre toutes les générations : la présence de petits enfants permet des temps d’échange et de partage avec des personnes âgées, qui continuent ainsi d’avoir une vie active et peuvent transmettre leurs savoirs.


Publié le Jeudi 6 Juillet 2006 dans la rubrique Intergénération | Lu 5370 fois