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La BNS estime que la Suisse doit augmenter la productivité pour faire face au vieillissement

Dans un contexte de vieillissement de ses habitants et dans la perspective de la diminution de la population active à partir de 2020, la Suisse va devoir produire plus afin d’être capable de couvrir les besoins de tous, indique un récent rapport de la Banque nationale suisse (BNS). Face à ce défi démographique, Jean-Pierre Roth, président de la BNS, préconise une amélioration de la formation, l'encouragement des aînés à continuer de travailler et le renforcement des femmes sur le marché du travail.


Trois grandes tendances vont découler du vieillissement démographique du pays et affecteront « profondément la réalité économique des décennies à venir » indique ce rapport. Cela entraînera une diminution de la population active, une dégradation du rapport de dépendance des personnes âgées et une augmentation de la population de grand âge.

La proportion de personnes actives au sein de la population devrait passer de 56% actuellement à 51% en 2050, mais également le nombre d'actifs baisserait légèrement, passant de 4,16 à 4,13 millions, car les départs à la retraite devraient dépasser les arrivées sur le marché du travail. En outre, les individus actifs seront en moyenne plus âgés en 2050 qu'aujourd'hui (42,2 contre 40,3 ans).

Conjugué à la baisse de la population active, l'allongement de l'espérance de vie détériorera le rapport de dépendance des personnes âgées. « Nous assisterons vraisemblablement d'ici 2050 à un doublement de ce coefficient » indique la BNS qui ajoute qu’actuellement, on compte une personne âgée de 65 ans ou plus pour quatre personnes actives, mais que ce rapport sera d’ici 2050 d'un aîné pour deux actifs. Les plus de 65 ans représenteront alors plus d'un quart de la population contre 15% actuellement.

Quant aux personnes de grand âge –80 ans et plus– leur nombre pourrait tripler pour former, à l'horizon de 2050, près de 12% de la population par rapport à seulement 4% aujourd'hui. L'ampleur que ce phénomène va prendre est totalement unique dans l'histoire. La Suisse comptera ainsi, au milieu du 21e siècle, quasiment un million de personnes ayant 80 ans ou plus, soit l'équivalent de la population actuelle du canton de Berne !

Ces trois tendances touchent tous les acteurs de la vie économique, indique le rapport de la BNS. Et d'ajouter que "dans une société vieillissante, les besoins des ménages évoluent forcément –logement, transport, formation, santé, travail et services financiers, etc. L'offre de biens et services permettant de satisfaire ces besoins doit donc aussi changer. Les entreprises auront à s'adapter à une situation nouvelle : conquérir les nouveaux marchés « seniors », qui souvent font appels à des services de proximité, et trouver les forces vives dont elles ont besoin pour satisfaire la demande. Le défi de la politique économique est d'intégrer dès maintenant ces nouveaux éléments dans sa stratégie car les tendances démographiques esquissées auparavant sont en grande partie inéluctables". .../...
La BNS estime que la Suisse doit augmenter la productivité pour faire face au vieillissement

« Le vieillissement de la population pose deux défis majeurs à la politique économique. Le premier défi sera de produire plus avec moins de ressources humaines. Il faut donc tout entreprendre pour que la capacité de production des actifs demeure suffisante pour couvrir les besoins de toute la population », préconise le rapport. En plus de mesures visant une pleine utilisation du capital et du travail, il s'agit d'encourager les progrès en matière de productivité vu que le nombre d'actifs diminuera et que celui des personnes âgées augmentera, les gains de productivité deviendront le moteur principal de la croissance. Ce défi est d'autant plus important que la croissance de la productivité pourrait faiblir suite au vieillissement.

Et la BNS de s’interroger : est-ce qu'une société devient moins innovante lorsque l'âge moyen de sa population augmente ? « Bien qu'il règne un a priori négatif sur le sujet –vieux rimant avec moins ingénieux–, répond-elle, ce pessimisme est pour l'heure dénué de tout fondement scientifique. Les économistes n'ont, en effet, pas encore répondu clairement à cette question. En revanche, nous savons que la capacité d'innovation s'améliore lorsque le travail se raréfie. De plus, l'expérience aidant souvent à la formation de capital humain, une certaine maturité de la force de travail n'a pas fatalement que des effets nuisibles sur les progrès en termes de productivité ».

Le second défi consiste à pérenniser le système de prévoyance-vieillesse. Il faut permettre aux retraités, indique le rapport, de disposer des revenus indispensables à couvrir leurs besoins sans être une charge excessive pour la génération active. « Ce défi nécessite donc des ajustements de l'ensemble de la sécurité sociale » souligne M. Roth.

Le rapport de la BNS estime qu’il faut parallèlement mettre en place des politiques visant à encourager l'emploi. Plus d'emploi signifie une croissance plus forte et un fardeau plus léger pour les assurances sociales. Il faut donc encourager ceux qui le veulent –et qui le peuvent– à travailler plus longtemps que l'âge légal actuel de la retraite. Ce qui compte, précise le rapport, n'est pas tellement l'âge légal de la retraite mais l'âge moyen des départs effectifs. Plutôt que de contraindre, il faut inciter à travailler plus et plus longtemps.

En plus des seniors, la politique économique doit également s'atteler à la consolidation de l'emploi féminin en permettant aux femmes d'occuper une plus grande place sur le marché du travail à plein temps. Même si les chiffres actuels du travail féminin en Suisse ne sont pas mauvais, « un plus fort taux de participation féminine pourrait encore être atteint en appliquant des mesures d'accompagnement aidant les parents à mieux concilier vie professionnelle et vie familiale, ce qui limiterait l'attrait des temps partiels »

Enfin, conclut le rapport, « le vieillissement de la population met à rude épreuve le système de prévoyance helvète ». L'objectif à fixer est de permettre à la future population retraitée de disposer des revenus nécessaires à couvrir ses besoins sans devenir une charge excessive pour la génération active.

L'assainissement de l'AVS, son découplage de l'AI sont déjà à l'ordre du jour. « Des réformes sont envisagées afin de consolider la base financière de notre sécurité sociale » indique M. Roth. Et d’ajouter : « A mon sens, nous sous-estimons dans ce débat le rôle de la croissance économique. Si nous parvenons, par une politique orientée vers la croissance, à augmenter le volume de travail, la sécurité sociale sera alimentée de manière plus satisfaisante. Les difficultés des dernières années sont en partie le résultat de la faible croissance économique des années 1990. La pérennité du premier pilier passe donc aussi par plus de croissance, par une plus grande participation sur le marché du travail et par un allongement de la durée moyenne de la vie active. De plus, si un relèvement des contributions obligatoires à la sécurité sociale s'avérait nécessaire, une telle opération serait socialement moins douloureuse dans un contexte de croissance et de progrès de la productivité que dans un environnement de stagnation économique ».


Publié le Mardi 14 Novembre 2006 dans la rubrique Emploi | Lu 2465 fois