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Senior Actu

L’intergénération, un mode de vie sociétal (III) chronique par Serge Guérin

Lorsque l’on parle d’intergénération, il ne s’agit pas d’inventer un monde idéal sans oppositions ni intérêts contradictoires. Au contraire : ce qui est en jeu concerne l’organisation du débat et de l’écoute.


Si la menace d’une guerre des générations subsiste en raison des oppositions d’intérêt entre les groupes, on sait qu’elles ne peuvent se résoudre seulement par le vote d’une majorité contre une minorité.

La négociation autour du pacte social entre les générations concerne la question de l’allocation des ressources entre les dépenses d’investissement et de formation et celles dédiées aux retraités et personnes très âgées.

Mais cela touche aussi à la question du mode de financement des retraites par rapport aux besoins de ressources pour les jeunes et pour les actifs. Cela concerne donc la solidarité intergénérationnelle.

Enfin, ce qui est en jeu, c’est aussi la relation de pouvoir dans l’entreprise où les plus anciens peuvent autant subir l’éviction que bloquer la progression sociale de plus jeunes.

Plus largement, la question des générations renvoi aussi au pouvoir dans la Cité. Un document de l’institut allemand Ifo publié en 2001 estime que le basculement se fera en 2020 lorsque les seniors auront la majorité numérique : alors ils prendront le pouvoir et organiseront un système gérontocratique. .../...
L’intergénération, un mode de vie sociétal (III) chronique par Serge Guérin

A l’inverse Franck Schirrmacher, codirecteur du Frankfurter Allgemeine Zeitung, estime que la force restant naturellement du côté des plus jeunes qui seront par ailleurs soutenus par la pression de nouveaux immigrés, les seniors ont toutes les chances de subir la situation… On voit bien la difficulté de sortir d’une logique d’opposition pour construire un espace de coopération.

Les enjeux sont lourds et le dialogue entre générations nécessite un travail de fond sur les représentations des uns et des autres pour réduire autant que possible les incompréhensions et permettre de fixer les enjeux de la façon la moins irrationnelle possible.

La coopération intergénérationnelle dans le cadre de l’organisation de production, d’une association ou de l’espace urbain peut déboucher sur du positif à travers la prise de conscience des avantages de la complémentarité. Par exemple, les aînés développent de l’expérience et du recul, les cadets apportent un regard neuf et des capacités physiques plus fortes.

L’étude des relations entre générations fait apparaître des phénomènes de compréhension et de solidarité qui viennent nuancer fortement les discours opposant jeunes et vieux…Pensons à la table du donner et recevoir, de Senghor.

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Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 19 Février 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 3029 fois