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Senior Actu

L’intergénération, un mode de vie sociétal (II), chronique par Serge Guérin

Pour faire suite à notre chronique de la semaine dernière. Il existe des milliers d’associations et de regroupement de personnes qui vivent, chacune à leur manière, l’intergénération au quotidien sans oppositions particulières ni conflits dramatiques. L’association « Grands Parrains et Petits-Filleuls », par exemple, a pour objet de créer une relation affective entre des enfants privés de leurs grands-parents et des personnes désireuses d’élargir leur environnement familial et affectif. Qui viendra expliquer ensuite que ce mouvement du cœur sert les anciens à dominer les plus jeunes !


Plus largement, la dynamique intergénérationnelle forme notre paysage quotidien.

Il n’est que de regarder les villages de France : de plus en plus, c’est la pharmacie qui fait office de magasin central, de lieu d’échanges et de socialisation. La pharmacie structure le pôle commercial d’un quartier ou d’un village. A mesure que les services publics désertent le local, les pharmacies croissent et se multiplient !

Le monde rural ou périurbain, sait bien aussi, que la dynamique locale a à voir avec les services pour les plus âgés. Si les vieux s’en vont, l’école disparaîtra aussi. Ce n’est pas un paradoxe : la présence des plus âgés sur un territoire maintient une dynamique économique, par exemple sur le plan des commerces de proximité, et nécessite une infrastructure de services avec des personnes formées.

Ces dernières participent aussi de la vie économique du territoire, font des enfants, favorisent la permanence de services publics comme l’école…. Il y a bien solidarité de fait entre les plus âgés et les générations plus jeunes. .../...
L’intergénération, un mode de vie sociétal (II), chronique par Serge Guérin

L’intergénération, un mode de vie sociétal (II), chronique par Serge Guérin
Les associations comme l’ADMR (Aide à domicile en milieu rural) ont ainsi un rôle essentiel tant sur le plan de la qualité de vie des personnes en risque de fragilisation que sur celui la vie même de certains territoires.

Signalons d’ailleurs que des associations comme l’ADMR sont l’expression même de l’intergénération en mouvement : les professionnels travaillant dans ces structures sont des adultes, les bénévoles sont le plus souvent des jeunes retraités et les personnes aidés sont généralement très âgés.

Le risque de vivre offre une multitude d’occasions de frictions et toutes ne sont pas lisibles à travers le prisme générationnel : oppositions urbains/ruraux, oppositions touristes/agriculteurs, oppositions pollueurs/défenseurs de l’environnement, oppositions catégorielles, culturelles, ethniques... C’est ainsi qu’il semble difficile de pointer une seule forme d’antagonisme comme « moteur de l’histoire », pour reprendre la terminologie marxienne.

L’intergénération, ou la coopération intergénérationnelle, se présente comme un moyen de dépasser ces affrontements. Dans une société de régulation sociale, la coopération apparaît comme la réponse la plus acceptable socialement. Dans une société qui cherche à pacifier les relations entre agents sociaux et entre groupes représentants des intérêts spécifiques, l’alternative à la « guerre sociale », c’est bien la négociation, le débat, la recherche du consensus ou la prise de décision à la majorité.

Lire la chronique de la semaine dernière

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 12 Février 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 4374 fois