Sommaire
Senior Actu

L’inaperçu de Sylvie Germain : Madame sans haine

Pour notre plus grand plaisir Sylvie Germain n’en finit pas de traquer la violence de l’âme, l’origine du mal, l’abîme des pulsions, l’absolu de l’amour, la vérité du rêve et de la poésie. Ici, elle met en scène Sabine. Elle est veuve, a des enfants dont la lumineuse et énigmatique Marie.


Un soir de décembre, elle rencontre Pierre qui traîne son mystère devant les magasins, habillé en Père Noel. Peut de temps après elle l’embauche et l’héberge. Sa présence, aussi discrète qu’évidente, jette le trouble dans toute la famille, une famille aux destins éclatés, liée par un alliage souterrain, « une parenté d’excès, de douleur, de révolte ».

Mais Pierre disparait subitement…

Sylvie Germain balise son histoire par un écrivain et un peintre, Dostoïeski et Rothko. Du premier, elle retient les propos du Grand Inquisiteur « fustigeant cette foutue liberté que le Christ serait venu révéler et proposer aux hommes », une liberté, précise-t-elle, qui « n’est qu’un leurre, une imposture, un moyen pour assouvir ses envies sans entraves ».

Du second, Sylvie Germain souligne l’ardeur qu’il mettait pour, disait-il, pulvériser l’identité familière des choses en noyant le quotidien dans la dilatation de la couleur. Mais là aussi, tout comme le Christ des Frères Karamazov, Rothko se heurte avec « amertume et colère devant la marche désinvolte du monde ».

Sans acrimonie, l’héroïne de ce roman aux accents pascaliens balance son lecteur entre un profond pessimisme et quelque chose de plus secret et lumineux

Là est tout le talent de Sylvie Germain. Il est de soulever des haines recuites, de démonter les ressorts des horreurs familiales et de les redéposer pour qu’elles achèvent leurs destins ouverts.

Est-ce cette précision dans la description de la nature humaine qui fait penser immanquablement à François Mauriac ou à Richard Millet ?

L’inaperçu
Sylvie Germain
Editions Albin Michel
294 pages
19 euros
L’inaperçu de Sylvie Germain : Madame sans haine


Publié le Lundi 20 Octobre 2008 dans la rubrique Culture | Lu 4290 fois