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L’habitat : une question centrale pour les personnes âgées, chronique par Serge Guérin

L’habitat touche directement aux conditions du quotidien, aux façons de vivre ensemble et concerne donc les enjeux de la prise d’âge. Comme en échos, reprenons les termes utilisés par le professeur Maurice Tubiana, dans son rapport remis en mai 2005 : « La question de l’habitat est centrale pour les personnes âgées. D’abord parce que le lieu de vie participe de l’identité centrale de la personne. Elle s’y investit par l’esprit et de façon matérielle. (…) Le vieillissement de la population qui traduit l’allongement de la durée de vie n’est pas en lui-même un handicap, mais il le deviendrait si la société refusait de s’adapter à cette nouvelle situation ».


Le rapport identitaire de la personne âgée avec son logement est une dimension essentielle. L’habitat est bien plus qu’un lieu : il est partie intégrante du quotidien, du statut social et de l’image identitaire de la personne.

D’une certaine façon, l’habitat permet de conserver le fil de sa propre histoire et de continuer à tisser du lien avec l’extérieur. Le sociologue Michel Billé a mis en évidence que les questions de partage de l’espace sont d’ailleurs éminemment politiques. Elles participent de la décision citoyenne, de l’espace public.

Le lien est fort entre l’habitat et l’autonomie. L’action conjuguée sur les services et sur l’adaptation du domicile apparaît pouvoir contribuer au maintien d’une autonomie et d’une qualité de vie pour la personne âgée entraînant un développement économique et de nouveaux emplois. Cela pose aussi la question de la marchandisation de l’aide à domicile et des conditions de son évaluation.

Si le dépôt d’une proposition de loi stipulant que « Le droit de vivre à domicile est reconnu comme un droit fondamental et universel » par le député Denis Jacquat montre bien la prise de conscience de l’importance de l’habiter pour les personnes, la gérontologue Colette Eynard nous conduit à ne pas minorer la complexité des enjeux et la difficulté à combiner des exigences parfois contradictoires. .../...
L’habitat : une question centrale pour les personnes âgées, chronique par Serge Guérin

L’habitat : une question centrale pour les personnes âgées, chronique par Serge Guérin
La notion de libre choix de la personne est en partie limitée par les représentations des acteurs et aussi par l’éventail existant de possibilités dans un territoire donné.

A l’inverse, les attentes des personnes peuvent être contradictoires et évolutives rendant parfois la solution difficile à mettre en place.

Reste que d’une certaine façon celui qui prend de l’âge (et peut–être encore plus, celle qui prend de l’âge) s’inscrit dans la liste des recalés de la modernité. Dans ses travaux sur la folie, Michel Foucault montre que dès le 17ème siècle, la société a cherché à se préserver des fous, des pauvres et autres parasites.

Les vieux peuvent être inclus dans ces catégories de parias que l’on veut cacher, dont on veut se protéger. La tentation de les enfermer dans une sorte de camisole logistique pour éviter qu’ils ne sortent, qu’ils soient au contact des autres est bien là.

Le logement et l’organisation de la ville participent de façon essentielle à la politique de la vieillesse. Il est bon que Plan Urbanisme Construction et Architecture ait lancé une dynamique de recherche en ce sens. Un ouvrage collectif traitant ce sujet devrait rapidement être publié par différents chercheurs francophones.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG


Publié le Lundi 26 Novembre 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 8025 fois