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L'étudiante et Monsieur Henri : le logement intergénérationnel au cinéma

Dans le long-métrage d’Ivan Calbérac, L’étudiante et Monsieur Henri, avec Claude Brasseur et Noémie Schmidt, le réalisateur met en scène un vieux monsieur qui accueille dans son grand appartement parisien une jeune étudiante. Comédie familiale sur le partage intergénérationnel.


De nos jours, de plus en plus de films mettent en scène des problématiques de vie liées au vieillissement : Alzheimer, placement en maison de retraite et même cohabitation intergénérationnelle. C’est le cas du long-métrage d’Ivan Calbérac qui aborde cette thématique par le biais de la comédie.
 
L’histoire est celle de Monsieur Henri, un vieux monsieur à la santé chancelante qui ne peut plus vivre seul chez lui… Le vieil acariâtre finit par accepter l’idée la proposition de son fils Paul de louer une chambre à une jeune étudiante. Loin de tomber sous le charme de la jeune fille pourtant jolie, Henri va se servir d'elle pour créer un véritable chaos familial… Il veut que son fils se sépare de sa femme !
 
Le film est sorti sur les écrans le 7 octobre dernier. Encore à l’affiche, revenons sur le tournage et le personnage principal de ce long-métrage avec Claude Brasseur.
 
Présentez-nous Mr Henri
C’est un homme dont la qualité principale est la pudeur. Il vit seul depuis qu’il a perdu sa femme, suite à un accident dont il se sent responsable. Comme toujours lorsqu’on perd quelqu’un avec qui on a partagé de nombreuses années de vie commune, il y a chez lui beaucoup de tristesse. Sa souffrance et sa culpabilité se traduisent par un caractère bougon, presque misanthrope.
 
Paul oblige son père à louer une chambre à une étudiante. C’est ainsi qu’Henri rencontre Constance… Au début il n’en veut pas, c’est comme si Constance violait son domicile. D’ailleurs Henri a l’impression que les gens qui gravitent autour de lui salissent la mémoire de sa femme. Il refuse par exemple que Constance touche au piano qui appartenait à son épouse.
 
Noémie Schmidt dit que vous vous êtes retrouvé dans votre personnage…
Oui ! Ça fait bientôt cinquante ans que je suis marié. Ma femme et moi, on est indissociables. J’imagine mon désespoir si je la perdais… Et puis comme Henri, je n’aime pas extérioriser mes sentiments. Je préfère que les gens devinent que je les aime. Je suis pudique et timide. C’est une des raisons pour lesquelles je suis acteur. Au cinéma, au théâtre, je peux dire « je t’aime » à une femme alors que j’en suis incapable dans la vie. Je m’en fous puisque ce n’est pas moi, c’est le bonhomme qui le dit. Il y a un paravent, de la distanciation. C’est aussi pour cette raison que c’est très agréable de jouer un salaud. Tant que le film ne défend pas son point de vue.
 
Le film traite notamment des ingérences familiales de l’hérédité. Avez-vous incité votre fils Alexandre à devenir comédien ?
Non. Je l’ai laissé faire ! Je me disais simplement, qu’il souhaite devenir comédien, charpentier ou architecte, je ferai tout pour l’aider. Il se trouve qu’il y a des acteurs dans la famille depuis 1820. Mon petit-fils, lui, n’a pas la vocation. La tradition va s’arrêter là. Mais la famille non. C’est le principal.
 
Après une telle carrière, quelles sont vos attentes ?
Quand je m’installe à la terrasse du bistrot en bas de chez moi, il arrive que des passants s’arrêtent simplement pour me dire « merci ». Toutes proportions gardées, c’est un peu comme le patient qui appelle son médecin : « merci docteur, vous m’avez guéri ». Moi je me dis : tiens, en voilà un qui pendant 90 minutes a oublié ses emmerdements en venant me voir jouer. Là est mon plaisir. Je n’attends rien, mais juste un souhait : faire partie de la nostalgie de demain.
 
Dans son dernier monologue, Monsieur Henri évoque les notions d’échec et de réussite. Quels sens ont-ils pour vous ?
Il n’y a que l’échec sur un plan familial qui importe. Sur le plan professionnel, on s’en fout. Ça n’a pas plus d’importance que le triomphe. J’ai eu la chance d’avoir de belles récompenses -deux César- ce dont on peut être fier. Pendant 20 minutes on est le roi de Paris. Mais dès qu’on sort dans la rue, c’est fini. L’échec, la réussite… C’est fugitif. Ni l’un ni l’autre ne durent.



Publié le Lundi 19 Octobre 2015 dans la rubrique Culture | Lu 1813 fois