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L’enseigne suédoise Ikea recrute des quinquas

Qui l’eut cru ? L’enseigne suédoise a mis une grosse pincée de vendeurs poivre et sel dans la grande boîte bleue de son dernier magasin. Des candidats embauchés ni sur leur âge, ni sur leur CV, ni sur leur expérience. Mais sur leurs seules compétences, grâce au très efficace recrutement par simulation.


Le style rollmops devient tendance

Tout un symbole… Ikea, l’enseigne jeune par excellence, champion du prêt-à-porter de la maison et roi incontesté de l’équipement « sympa-pas cher » pour les foyers débutants, Ikea embauche des quinquas pour vendre ses produits.

Ce n’est ni un gag, ni une plaisanterie. Mais le résultat d’une décision mûrement réfléchie. Quand on a fait le plein des juniors, il reste les autres générations. Le leader suédois du mobilier en kit a conquis depuis longtemps la clientèle des moins de trente ans. De fil en aiguille, ses articles fonctionnels sans être toc, au style rollmops souvent rigolo, ont fini par s’installer dans les décors d’intérieur les plus sophistiqués. Un peu d’Ikea dans les salons caviar ou les cuisines high tech, c’est devenu tendance. Les quadras plus ou moins branchés - et surtout pressés d’en finir avec l’aménagement de leurs pénates - sont de plus en plus nombreux à venir chiner dans ses grandes surfaces. Et les seniors s’y mettent aussi. Mais sur la pointe des pieds, avec la sensation coupable d’aller acheter des caramels mous dans une nurserie.

Jusqu’à présent, les clients poivre et sel qui s’aventuraient sans leurs petits-enfants chez Ikea restaient un peu perplexes devant la cuisine Udden, l’étagère Gorm, le lit-mezzanine Tromsö ou l’ours en peluche Blund. Intimidés de voir les jeunes visiteurs du grand bazar viking s’y mouvoir comme des poissons dans l’eau, ils éprouvaient le besoin d’avoir un guide pour opérer la traversée. Désormais, ils trouveront en face d’eux des vendeurs de leur âge à qui parler…
L’enseigne suédoise Ikea recrute des quinquas

5 000 demandes pour 300 places

L’enseigne suédoise Ikea recrute des quinquas
Situé à la sortie ouest de Paris, le magasin de Franconville a ouvert ses portes en février dernier. Vous ne pouvez pas le manquer, ses lettres gigantesques surplombent l’autoroute.
C’est le second en importance de la ceinture d’Ile de France, derrière Paris-Nord. 300 personnes de l’extérieur y ont été embauchées, le reste de l’effectif venant des rangs de la maison.

"Il n’y a pas eu d’annonces presse, raconte Denis Gocel, responsable du personnel. En voyant la grosse boîte bleue sortir du sol, les gens sont venus d’eux-mêmes…" Pas de battage médiatique et le souci de faire appel à la population des environs pour enraciner le magasin dans sa région. "On avait un peu peur de ne pas rallier assez de monde…" se souvient le maître d’œuvre de ce recrutement hors normes. La réponse ne s’est pas fait attendre, témoignant de la situation dramatique du marché du travail actuel. 3500 demandes sont retenues par Ikea qui en recevra près de 5000 !

L’unité de Franconville agit en concertation avec la mission locale de l’Anpe qui va l’aider à gérer le flux des candidats. Sa réputation "jeune" est tellement forte que l’enseigne suédoise éprouve du mal à recruter des plus de 40 ans (avis aux amateurs !) "Pour casser un peu cette image, explique Denis Gocel, nous avons donc précisé dans l’offre diffusée par l’Agence que nous embauchions jusqu’à soixante ans et au-delà…" Pour une fois qu’ils sont incités à postuler, les seniors répondent à l’appel, sans craindre d’être victimes de la ségrégation à l’embauche.

Le jeu des candidats « masqués »

L’enseigne suédoise Ikea recrute des quinquas
Jouant le jeu jusqu’au bout, Ikea a opté pour le recrutement par simulation, selon la méthode dite des qualités. Un système très efficace de retour à l’emploi dont nous avons beaucoup parlé sur SeniorPlanet. Promulgué par un directeur de l’Anpe passionné par son boulot, Georges Lemoine, il consiste à mettre tous les candidats - quel que soit leur âge, leur origine ou leur sexe - dans les conditions fictives du travail proposé. On vous évalue à travers des exercices, des gestes et des situations qui sont celles-là mêmes du poste proposé. Selon un principe en béton : ce n’est pas sur le CV mais au pied du mur qu’on voit le maçon !
Denis Gocel confirme : "On a suivi ce processus en faisant abstraction de l’état - civil, du niveau d’études et de l’expérience…."

Sur les 3 500 candidats qui s’avancent "masqués", 700 seront retenus à l’issue des tests. La sélection finale s’effectue au cours d’un entretien personnalisé avec des "examinateurs" qui ne trônent pas derrière une table, comme d’habitude. Mais sont installés dans des fauteuils autour du postulant. Un détail destiné à supprimer toute barrière psychologique et à réaliser un recrutement "à visage humain". Ce souci constant de Denis Gocel est partagé par Philippe Gosmat, le directeur du magasin.

Le responsable du personnel de Franconville est depuis toujours un partisan convaincu du "melting-pot des âges". Il a expérimenté tout jeune l’intérêt d’avoir des aînés expérimentés dans une équipe. Pour lui, c’est du bon mélange des générations que dépend le succès d’un groupe au travail. Fidèle à sa logique "sociale" du management, Ikea, sur ce point, lui a donné feu vert et carte blanche.

Les seniors préchauffent au départ

Le résultat, c’est qu’il y a aujourd’hui 48 employés âgés de plus de quarante ans dans les effectifs de Franconville dont 37 embauchés extérieur. Et 26 plus de quarante-cinq ans dont 22 de la région. Plusieurs vendeurs dépassent même allègrement la soixantaine !
Ce recrutement senior, outre qu’il rassure les clients "baby-boomers", a permis à Denis Gocel d’embaucher des jeunes issus des milieux défavorisés. La présence des aînés calme le jeu, tempère l’ardeur des cadets dont l’énergie "booste" en retour les plus anciens.
Le maître queux responsable de cette "bonne mayonnaise" s’avère tout à fait satisfait du savant dosage opéré.

"Certains quinquas ont décroché tout de suite, explique-t-il, car le travail dans la grande distribution est éprouvant physiquement comme pour les nerfs. Mais les autres, dont certains n’avaient plus travaillé depuis longtemps, se sont accrochés, notamment pour intégrer l’informatique, et ont tenu le coup…"

Denis Gocel en tire des enseignements intéressants. "Aujourd’hui, assure-t-il, les plus fatigués ne sont pas toujours ceux qu’on pense. Les quinquas ont la maturité. Ils se plaignent moins et relativisent les problèmes…"

Selon ce même responsable, le personnel plus âgé apprécie également les petits avantages de l’entreprise que les jeunes ont tendance à trouver tout naturels. La pause à la cafétéria, le coin lecture, le thé et le café gratuits, les locaux sympas, autant de plus que les seniors n’ont pas toujours connu dans des vies professionnelles antérieures.

Pour comparer les performances des uns et des autres, Denis Gocel qui ne manque pas d’humour, utilise une métaphore à quatre roues : "Les quinquas dans le travail, c’est comme un diesel, il faut préchauffer un moment. Après ça roule sans problèmes et pour longtemps. Les jeunes, au contraire, partent au quart de tour. Mais ensuite il faut surveiller le moteur pour qu’il ne s’emballe pas !…"


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Publié le Lundi 4 Juillet 2005 dans la rubrique Emploi | Lu 16830 fois