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L’arme de la confiance, chronique par Serge Guérin

L’une des conditions nécessaire au développement d’une démocratie de responsabilité concerne la confiance comme postulat de relation entre les acteurs. Une véritable société libérale, où la liberté permet un optimum d’équité, nécessite donc un haut degré de confiance entre ses membres.


Alain Peyrefitte, intellectuel ouvert et passionnant, homme politique contrasté, a mis en avant l’importance de la confiance dans la performance d’une société.

Une société de confiance fait l’économie du soupçon et de nombreuses rigidités. Pourquoi multiplier les règlements et les bureaucraties si les parties partent d’un a priori de confiance et cherchent par nature le consensus ?

Sur le plan économique comme politique, le résultat se chiffre en millions d’euros, qui loin d’êtres immobilisés dans les charges de police et de surveillance, de frais juridiques, de vérification et d’administration, peuvent participer au financement de l’innovation technologique et sociale ou de produits et services destinés à améliorer la vie quotidienne. .../...
Serge Guérin

La société de confiance se situe à l’exact opposé de la société de précaution dont le sommet (du ridicule) fut atteint en 2004, lorsque Jacques Chirac eut la démagogie d’instaurer ce principe en fait constitutionnel. Une société qui a si peu confiance en l’avenir qu’elle estime urgent d’instaurer une camisole de force pour entraver toute initiative de peur de ses conséquences s’inscrit dans un mouvement mortifère. C’est l’inverse qu’il faut faire : parier sur l’avenir, donner leur chance aux innovateurs, accorder le droit à l’expérimentation…

Une société de liberté et de compétitivité se fonde sur le pari pascalien de la confiance. L’étude World Values Survey montre que les Français sont parmi les plus soupçonneux du monde. Très loin des citoyens nordiques dont les performances économiques, sociétales et citoyennes sont sans commune mesure avec les nôtres. Au lieu de regarder notre nombril, de passer notre temps à célébrer notre modèle, il serait bon de prendre des leçons auprès de personnes de confiance.

De ce point de vue, il semblerait que l’une des conclusions de la mission Attali sur la croissance soit de demander la suppression du principe de précaution de la Constitution. Comme quoi, nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne nouvelle !

Serge Guérin
Professeur à l’ESG


Publié le Lundi 15 Octobre 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 2999 fois