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L'argent des seniors

Aujourd'hui, c'est fatal, quand on parle des seniors, c'est pour dire qu'ils sont en super forme, qu'ils ont du temps et de l'argent ! Tiens donc, de l'argent ? Et combien au juste ? Et qu'en font-ils ? D'où vient-il ? Et, dites-moi, à qui profite-t-il ? Incursion dans le bas de laine des fifty plus…


Ils ont des sous !

L'argent des seniors
« Le pouvoir économique des seniors est considérable et il va encore progresser. Il y a deux facteurs de croissance qu'il faut avoir en mémoire. Le premier est connu, c'est le vieillissement démographique. En 1996, les plus de cinquante ans représentent 29,7 % de la population française. En 2020, ils seront 39,7 % et, en 2050, 45,4 %. Le second facteur, souvent oublié, est l'arrivée des pensions de retraite propres aux femmes. »

Voilà comment le CREDOC annonçait la couleur, voici une petite dizaine d'années, en préambule d'une vaste étude consacrée au pouvoir et au rôle économique des seniors des plus de cinquante ans. « En 1994, les plus de cinquante ans ont perçu 43 % des revenus des ménages avant impôts, soit 1 568 milliards. Ils détiennent la moitié du patrimoine net de ces mêmes ménages, soit près de 8 812 milliards (valeur estimative de 1992) ».

Précisons cependant que cet état de fait est relativement récent puisque, en 1970, il y a une trentaine d'années, le niveau de vie des aînés était inférieur de 30 % à celui des générations plus jeunes.

Bref, en un mot comme en cent, les seniors ont des sous (dixit les moyennes statistiques bien entendu, n'oublions pas que près de six cents mille personnes bénéficient encore en France du minimum vieillesse).

Robert Rochefort, directeur de l'organisme d'étude, concluait à l'époque : « Plus précisément, les moins de cinquante ans ont un niveau de vie de l'ordre de 13 100 euros et les plus de cinquante ans de l'ordre de 16 800 euros… Soit près de 30 % de plus dans les poches des seniors, somme à laquelle il faut ajouter encore le montant du patrimoine, un calcul qui favorise encore les aînés. » Ajoutons qu'en 1990, le patrimoine médian des retraités salariés se situait à 90 % de celui des actifs et à 124 % en 1998.

En 2000, selon les évaluations de l'Insee, le revenu des Français se décomposait de la façon suivante (et suivait la même tendance) : pour les vingt-cinq à cinquante-cinq ans : 84 % de revenu d'activité, 11 % de retraite, 3 % de patrimoine et 31 % de revenus sociaux. Bien entendu, passé cinquante-cinq ans, la proportion revenu d'activité/retraite s'inverse : 25 % de revenus d'activité et 60 % de retraite. Les revenus sociaux sont pour cette tranche d'âge de l'ordre de 6 % et les revenus du patrimoine de 8 %.

Que faisons-nous de cet argent ?

L'argent des seniors
Et que faisons-nous donc de ces sous là ? Eh bien, contrairement aux idées reçues des adeptes de la seule et unique ménagère de moins de cinquante ans... nous consommons, et même au-delà de quatre-vingts ans !

Parfois nous boursicotons... Christophe Champredonde de "Boursier.com", site d'informations boursières sur Internet qui diffuse des lettres confidentielles hyper branchées, les connaît bien. « Ils sont arrivés plus nombreux après l'explosion de la Bulle... Contrairement aux idées reçues, ils manifestent un vif intérêt pour des produits réputés spéculatifs. Notamment sur des produits traditionnellement réservés aux professionnels comme les warrants et les certificats. Autre caractéristique, ils ont conservé leurs "vieilles" valeurs Internet et, ô surprise, certaines d'entre elles refont surface aujourd'hui comme wavecom ou genesis... »

Ensuite, nous aidons nos proches, cela s'appelle les transferts générationnels. Le gouvernement Raffarin l'a bien compris en défiscalisant largement les donations aux enfants et aux petits enfants…

Claudine Attias-Donfut, sociologue et directeur de recherches à la Caisse nationale d'assurance vieillesse, précise dans ses conférences sur « La solidarité entre les générations » que « Ces derniers sont pourvoyeurs d'argent pour les deux générations descendantes avec, à peu près, la même fréquence pour l'une et l'autre (33 %). Au total, un sur deux donne de l'argent aux enfants ou aux petits-enfants . »

Les enquêtes Insee permettent d'évaluer que les transferts financiers entre générations représentent 16,5 milliards d'euros dont 52 % de dons exceptionnels en espèces, 22 % d’aides régulières en espèces et 26 % en nature. Les principaux bénéficiaires sont les jeunes ménages. Ces sommes contribuent à élever de 7 % le niveau de vie des moins de trente ans.

Et enfin, on épargne !
On épargne obstinément jusqu'à notre dernier souffle. Chose étrange et contraire aux lois établies qui veulent, en toute logique, que l'on dépense au grand âge ce que l'on a épargné plus jeune. Le Nobel Modigliani a d'ailleurs établi une théorie en ce sens, comme nous le rappelle François de Witt dans son ouvrage "Appauvrissez-vous !" : " chaque agent économique s'efforce d'optimiser sa consommation tout au long de sa vie ".

Quant à son épargne (sa non consommation), elle a essentiellement pour fonction de « déplacer du pouvoir d'achat dans le temps à des périodes moins fastes ». Modigliani distingue trois périodes : la jeunesse, sans épargne et avec un super endettement, la maturité où on épargne et où on commence à accumuler, et la vieillesse où on dépense l'épargne... C'est bien, mais cela ne s'applique pas du tout au français. Le Français, lui, épargne sou par chou et chaque jour de sa vie !

D'où vient-il ? Et, dites-moi, à qui profite-t-il ? Incursion dans le bas de laine des fifty plus…

La ''bas de laine attitude''

L'argent des seniors
L'observatoire de la Caisse d'Épargne note à cet égard que le taux d'épargne des seniors est supérieur à la moyenne française (16,5 % contre 15,7 % en 2000). Ce même observatoire a d'ailleurs décortiqué cette épargne à l'occasion d'une vaste enquête auprès de six mille seniors de cinquante ans et plus.

Retenez pour mieux les cerner qu'en France l'âge de la retraite est de cinquante-huit ans. Qu'à cinquante-quatre ans, 70 % des emprunts sont remboursés, que les femmes sont grand-mères à cinquante ans et les hommes à cinquante-quatre ans...

Pour simplifier les choses, l'écureuil a établi six portraits-robots de "l'épargne et patrimoine attitude des seniors". Il y a d'abord les pragmatiques. Ils sont 27,8 % et souvent propriétaires. Ils épargnent par précaution et prévoyance "au cas où". Soit pour eux d'abord et pour les autres (leurs descendants) ensuite…

S'ensuivent les dévoués, 23,9 %. Là, il s'agit plus de femmes et de familles à quatre générations. Ce sont des fans de la transmission maximale. Puis, il y a les solidaires, 15 % de souvent veufs, solitaires et aisés. Ils profitent de leur retraite et aident autrui… Leur épargne et les modalités de transmission qu'ils ont mis en place le prouvent.

Viennent ensuite les accomplis : 12,8 %, plutôt des hommes, plutôt aisés. Ils investissent pour leur descendance et pour leur conjoint. Cool, ils sont !

Et enfin arrivent les détachés. Ils sont 12 4 % et plutôt des femmes. Leurs revenus sont réduits et sont dans une démarche de transmission…

Eh bien, voilà ! Preuve est maintenant faite que le senior est partageur… De quoi satisfaire François de Witt. Le célèbre journaliste et chroniqueur spécialiste du patrimoine concluait en 1991 un article par ces mots : « En troquant un peu plus d'être contre un peu moins d'avoir, notre pays ne perdrait pas au change ». L'aventure lui a rapporté une belle volée de lettres incendiaires et un livre détonnant dans lequel il invite les seniors à dépenser leur patrimoine pour leur propre bien-être et celui de la société toute entière plutôt que d'accumuler sans fin au seul profit de l'État in fine…

« Si une fois sortis du darwinisme yang de la vie professionnelle, les papy boomers se transforment en génération moins c'est plus, exhorte-t-il, s'ils acceptent non seulement de donner, alors ils apporteront au monde une grande bouffée de yin… Un monde meilleur dans lequel, pour les anciens, la survie aura cédé le pas au plus de vie . »

Pour une fois que l'argent peut faire le bonheur !

À lire
"Appauvrissez vous !" de François de Witt.
Bourin Éditeur, environ 19 €.

Article publié avec l'aimable autorisation de notre site partenaire Seniorplanet.fr

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Publié le Lundi 30 Mai 2005 dans la rubrique Finances | Lu 4763 fois