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Senior Actu

L’allongement de la vie n’a pas les mêmes effets partout en Europe, chronique par Serge Guérin

Longtemps ignorée, la rupture démographique s’impose progressivement dans le champ du réel. Le sujet a conquis son droit de présence médiatique, à mesure que la nouvelle donne démographique explose dans le quotidien de chacun. Elle est visible dans les rues des grandes métropoles, comme au fin fond des campagnes ou dans les halls d’aéroports, de gare, de métro… Partout la présence des seniors se fait sentir et structure une large part de la vie sociale, de l’espace urbain et de l’offre des entreprises.


Il n’est que de regarder les villages de France : de plus en plus c’est la pharmacie qui fait office de magasin central, de lieu d’échanges et de socialisation. La pharmacie structure le pôle commercial d’un quartier, d’un village. A mesure que les services publics désertent le local, les pharmacies croissent et multiplient !

Sur un plan plus large, le vieux continent devenant de plus en plus un continent de vieux. En Europe, le taux de fécondité est tombé à une moyenne de 1,52 enfants par femme (mais il était de 1,48 il y a dix ans). Dans certains pays la situation est alarmante (Slovénie, République Tchèque, Pologne…) avec un taux de fécondité inférieur à 1,3 seulement 1,24). Des pays comme l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne doivent à l’immigration la croissance de leur population.

Avec un taux record de 2,06 enfants par femme, en 2006 (et 830.900 naissances, la meilleure performance depuis 1981), la France se place en tête des nations d’Europe, devant l’Irlande. Même s’il est difficile d’expliciter ce retournement qui date de la fin des années 90 : effet de la scolarité généralisée des enfants dès trois ans, rôle des avantages fiscaux et du quotient familial, relative dévalorisation culturelle de la notion d’enfant unique, …
L’allongement de la vie n’a pas les mêmes effets partout en Europe, chronique par Serge Guérin

Pour autant, avec 20 millions de personnes de plus de 50 ans et un « nouveau » senior « naissant » toute les 37 secondes, contre une « vraie » naissance toute les 42 secondes, la France, elle aussi, prend de l’âge. En 2006, les plus de 50 ans dépassent le tiers de la population totale, alors que les moins de 20 ans représentent moins du quart. Et en 2030, un Français sur deux aura plus de 50 ans.

En 1960, les plus de 65 ans représentaient seulement 11,3 % de la population totale. Ils comptent pour 16,2 %, en 2006 et seront 29,6 % en 2020. Selon les dernières prévisions de l’Insee, la France métropolitaine devrait compter plus de 70 millions d’habitants en 2050 dont 33 % âgé de 60 ans ou plus contre 20 % en 2006. En 2050, pour 100 habitants de 20 à 59 ans, il y en aura 69 de plus de 60 ans. Deux fois plus qu’en 2005. Entre 2006 et 2035, les plus de 60 ans vont passer de 12,8 millions à pratiquement 21 millions de personnes. Une hausse de 75 %.

La société française, comme l’ensemble du monde occidental, se doit impérativement d’inventer de nouvelles solutions pour faire face à une problématique sans précédent. La révolution démographique produit des effets polymorphes, complexes et ambivalents. Nous devons apprendre à inventer des réponses novatrices face aux attentes nouvelles liées à une situation tout aussi inédite.

Combien de temps faudra-t-il pour que le regard sur l’âge puisse évoluer et s’affranchir des représentations jeunistes ? Combien de temps faudra-t-il pour rajeunir la vision de la prise d’âge ?

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 11 Juin 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 2410 fois