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L'Europe exige davantage de réformes pour pouvoir faire face aux coûts du vieillissement

Les gouvernements de l'Union européenne (UE) doivent intensifier leurs efforts de réforme face au vieillissement rapide des populations, indique un rapport soumis aux ministres des Finances de l'UE, préparé conjointement par la Commission européenne et le comité de politique économique et contenant de nouvelles projections détaillées des coûts économiques et budgétaires pour tous les États membres jusque 2050.


La portée du défi démographique est considérable. Le départ à la retraite de la génération du baby-boom à partir de 2010 et l'augmentation continue de l'espérance de vie signifient que l'Europe ne disposera plus que de seulement deux personnes en âge de travailler, au lieu de quatre, pour chaque personne âgée d'ici 2050. Avec des politiques inchangées, les taux de croissance potentiels de l'UE seront pratiquement réduits de moitié d'ici 2030 et les finances publiques seront soumises à une pression sévère en raison de l'augmentation des dépenses consacrées à la retraite, à la santé et aux soins de longue durée.

Des signes positifs indiquent que de nombreux États membres relèvent le défi. Plusieurs pays ont restreint l'accès aux régimes de préretraite et ont réformé leurs systèmes de retraite. Ce rapport montre que les réformes portent leurs fruits, à la fois en élevant les âges de retraite effectifs et en assurant un meilleur contrôle des pressions qui pèsent sur les dépenses publiques futures. Mais la complaisance n'est pas de mise et la viabilité reste clairement menacée. Les années à venir offrent encore une fenêtre d'opportunité pour intensifier les réformes avant que les effets ne se fassent complètement ressentir. Retarder ces réformes ne les rendra que plus douloureuses.

« Tandis que le processus de vieillissement de la population ne peut pas être éludé, les conséquences pour la prospérité et la viabilité sont entre les mains des gouvernements. Certains États membres ont déjà effectué des réformes pour éviter de surcharger les générations futures. Mais cela ne saurait suffire. Il y a encore une fenêtre d'opportunité limitée pour intensifier les efforts de réforme, surtout là où la viabilité à long terme des finances publiques est le plus menacée » a déclaré le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Joaquin Almunia.

Et d’ajouter que « dans le cas contraire, de nombreux pays de l'UE, qu'ils soient anciens ou nouveaux membres, ne pourront simplement pas faire face au coût; pas quand on dénombrera deux travailleurs par personne âgée au lieu du ratio actuel de quatre pour un. Les retards ne feront qu'augmenter le coût et la douleur de l'adaptation, ce qui n'est pas juste pour nos enfants et petits-enfants. Les perspectives d'une croissance nettement inférieure combinées aux risques qui pèsent sur la viabilité des finances publiques mettent clairement en évidence la nécessité de tenir les engagements pris en ce qui concerne la mise en oeuvre de la stratégie de Lisbonne et la modernisation des systèmes d'aide sociale ».

Une nouvelle étude*, qui sera examinée par les ministres des finances de l'UE cette semaine, montre que les coûts consacrés à la retraite, à la santé et aux soins de longue durée liés à une population vieillissante donneront lieu à des augmentations significatives des dépenses publiques dans la plupart des États membres d'ici 2050 sur la base des politiques actuelles, bien que la situation varie considérablement d'un pays à l'autre.

Les résultats principaux sont les suivants :

- La population européenne sera légèrement moins importante mais nettement plus âgée en 2050. Tandis que la population totale de l'UE-25 enregistrera une baisse modeste de 457 à 454 millions dès 2010, la population en âge de travailler (de 15 à 64 ans) devrait diminuer de 48 millions (soit 16 %) d'ici 2050, tandis que la population âgée de plus de 65 ans subira une nette augmentation de 58 millions (soit 77 %).

- Les taux de croissance potentiels baisseront dans toute l'UE. D'après les projections, le taux moyen de croissance annuelle potentiel du PIB dans l'UE-25 passera de 2,4 % au cours de la période 2004-10 à 1,9 % dans la période 2011-30, et à seulement 1,2 % entre 2031 et 2050.

- Le vieillissement entraînera des augmentations significatives des dépenses publiques. Pour l'UE dans son ensemble, les dépenses publiques augmenteront d'environ quatre points de pourcentage entre 2005 et 2050, essentiellement dans le domaine des dépenses publiques consacrées à la retraite et à la santé. La pression sur les dépenses publiques sera légèrement plus forte dans les pays de la zone euro; tel sera par exemple le cas des dépenses consacrées à la retraite au Portugal (+ 9,7 % du PIB entre 2005 et 2050), au Luxembourg (+ 7,4 %) et en Espagne (+ 7 %). Les augmentations de dépenses prévues pour les retraites en Irlande (+ 6,5 %) et en Belgique (+ 5,1 %) sont également significatives.

- À première vue, les nouveaux États membres, dont la situation est examinée pour la première fois, semblent être en position plus favorable en général. Mais ce tableau global est déformé par la chute sensible des dépenses publiques de retraite en Pologne -de loin le plus grand des dix pays qui ont adhéré à l'UE en mai 2004- suite au passage d'un régime de retraite public à un régime privé. À l'exclusion de la Pologne, les dépenses liées à l'âge dans les autres pays de l'UE-10 devraient augmenter à raison de plus de cinq points de pourcentage du PIB. On prévoit de très fortes augmentations des dépenses de retraite d'ici 2050 en Hongrie (+ 6,7 % du PIB), en Slovénie (7,3 %) et à Chypre (12,9 %).

- les réformes mises en oeuvre dans plusieurs pays de l'UE-15 depuis le dernier exercice de projection des dépenses liées à l'âge de 2001 semblent avoir sensiblement réduit l'augmentation prévue des dépenses publiques consacrées à la retraite dans la moitié des États membres de l'UE-15. En outre, on s'attend à ce que ces réformes entraînent un relèvement des âges de retraite moyens et une hausse des taux d'emploi chez les travailleurs âgés.

Et de conclure que « la qualité particulière de ce rapport réside dans le fait qu'il a été établi conjointement par la Commission et les États membres au sein du comité de politique économique. Il fournit ainsi des estimations comparables de l'impact budgétaire du vieillissement pour l'évaluation des risques qui pèsent sur la viabilité des finances publiques des États membres dans le contexte du pacte de stabilité et de croissance tout en prenant pleinement en compte les systèmes de retraite, de santé et d'éducation nationaux très différents ».

*L'impact du vieillissement sur les dépenses publiques: projections pour les États membres de l'UE-25 sur les retraites, la santé, les soins de longue durée, l'éducation et le chômage (2004-2050) effectuées par le comité de politique économique et la direction générale des affaires économiques et financières de la Commission européenne.


Publié le Mardi 14 Février 2006 dans la rubrique Divers | Lu 5494 fois