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Senior Actu

Journal d’un vieux : une pièce de théâtre pour interpeller sur la question du vieillissement

Le spectacle « Journal d’un vieux » sera repris par la Compagnie Cadavres Exquis au Théâtre des Asphodèles de Lyon du 19 au 22 octobre à l’occasion de la Semaine Bleue, évènement dédié aux personnes âgées : une occasion de prolonger le dialogue tant avec le public qu'avec des artistes et des professionnels de la santé et de jeter ainsi une passerelle entre l’art et un thème de société des plus actuels : le vieillissement.


Cette pièce de Judith Lesur, fondatrice de la compagnie Cadavres Exquis (avril 2001), retrace en douze tableaux les tribulations solitaires d'un vieil homme qui cherche une manière digne d'en finir. Sa « dernière petite vanité » ? Partir avant de perdre conscience. Cette question difficile est posée avec humour et férocité, deux armes contre l’indifférence et la tiédeur qui permettent d'envisager certaines situations jusqu'à l'extrême.

Retranché dans son appartement, relié au monde par ses conflits avec Madame la Fouine, la concierge à qui il ne veut surtout pas donner la satisfaction de découvrir son cadavre dans une posture ridicule, et l’infirmière au décolleté sage qui alimente ses fantasmes solitaires, il rumine son passé, avec la dérision comme seule arme contre l’amertume.

Le décor recrée symboliquement l’espace étriqué où le personnage est prisonnier de ses pensées sombres : le fauteuil où il s’affale et qui se transforme en église ou en hôpital au fil de son histoire, les toilettes, d’où, en ombre chinoise, il constate les dérèglements de son corps fatigué et le sol où il trace à la craie le trajet qui doit le mener à son suicide, visitant en imagination les lieux de son passé.

Des incursions vidéo rythment le récit, images de lieux ou corps de femme qui dessinent le paysage mental du personnage où se mêlent indistinctement souvenirs réels et imaginaires.

Il dit les veines qui gonflent sous la peau, l'égarement dans le passé, la persistance du désir alors même qu'il n'y a plus rien pour le satisfaire. Entre ironie et autodérision, l'humour devient une parade à l'angoisse. Le trivial se mélange aux considérations existentielles à l’heure où les convictions se confrontent à l'imminence de la mort. .../...
Journal d’un vieux : une pièce de théâtre pour interpeller sur la question du vieillissement

Extraits

Je veux une mort noble. Voilà des mois que je m'y prépare, et maintenant que l'heure approche, je me sens encore plus fébrile que jamais.

C'est un dur labeur de se débarrasser de la gravité que donnent les années. Cette perverse s'inscrit sous chaque centimètre de peau et lui imprime un relief de plus en plus biscornu. Avec l'âge, mes mains sont devenues indécentes, avec leurs boursouflures bleues dans lesquelles on peut piquer sans même regarder l'aiguille tellement leur trajet est ostensible.
Sans parler des rides. La chair se mange toute seule de l'intérieur, elle étire la peau dans sa succion, dont elle drape ensuite le visage, comme un tissu qui s'étale par vagues successives pour faire oublier la morosité de ses motifs.

Comment me prendre aux sérieux dans ces conditions ? La gravité sied bien à un visage d'homme mûr. Elle serait grotesque maintenant, maintenant que je suis vieux.


(...)

J'ai demandé à l'infirmière si je pouvais l'appeler Camille.

J'ai vu la gêne et le plaisir tourbillonner en même temps dans sa pupille et y former une petite goutte d'émotion. Elle était partagée entre le dégoût d'avoir à participer à mes jeux morbides, l'effroi de m'entretenir dans ma névrose sénile, et l'attendrissement devant cette preuve touchante d'amour pour ma défunte compagne. Elle n'a pas osé dire non. Je lui glisse désormais un "A jeudi prochain ma petite Camille", et je presse sa main moite dans la mienne pour essayer d'en garder l'odeur après son départ.

Au-delà de cette pièce, le théâtre abritera une exposition présentant le travail d'artistes de disciplines différentes (photos, vidéo) qui s'interrogent sur la représentation du vieillissement dans notre société. D’autre part, un débat avec le public abordera le thème « Art et vieillissement » en croisant les témoignages de soignants, travailleurs sociaux, universitaires et artistes

Dans le prolongement de cette manifestation se mettent en place :
- un projet d'atelier d'écriture intergénérationnel, en partenariat avec la Médiathèque de Vaise et le Théâtre Nouvelle Génération,
- et un atelier d'écriture dans le cadre "Culture à l'hôpital" du centre gériatrique du Val d'Azergues.

Les deux ateliers aboutiront à une mise en scène des textes en 2007, avec les participants et l'équipe artistique de Cadavres Exquis.

Infos pratiques

Théâtre des Asphodèles
84 avenue Félix Faure
69003 Lyon

Métro : Garibaldi

Tel : 04.72.61.12.55


Publié le Lundi 16 Octobre 2006 dans la rubrique Culture | Lu 3070 fois