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Jérôme Pellissier, psychogérontologue : un autre regard sur la vieillesse

À l’occasion du cycle de conférences organisé par le conseil général des Hauts-de-Seine (92) autour du thème « veille et vigilance envers les personnes vulnérables », la question délicate de la vieillesse et de la vulnérabilité a été abordée. Une intervention de Jérôme Pellissier* fait voler en éclats quelques idées reçues.



 

La vieillesse est-elle systématiquement synonyme de fragilité ?

Jérôme Pellissier : Non, résolument non ! La notion de fragilité décrit une difficulté particulière à s’adapter, à retrouver son équilibre après perturbation. Or, la vieillesse est précisément la période de la vie où l’on doit affronter le plus de bouleversements : départ à la retraite, décès de personnes proches, éloignement des enfants, déménagements…

L’expérience prouve au contraire la grande capacité d’adaptation des personnes âgées. Néanmoins, certaines d’entre elles sont fragiles, handicapées, malades. Il faut donc insister sur ce qu’ont montré plusieurs études : les parcours de vie, au grand âge, sont différents selon les individus. Certains se fragilisent très tôt et ont besoin quotidiennement d’aide, d’autres restent fragiles sans pour autant devenir « dépendants ». Enfin, il y a un pourcentage conséquent de personnes qui ne sont ni fragiles, ni dépendantes : plus de 30 % à 80 ans, 15 % à 90 ans.

Quels sont les facteurs qui peuvent contribuer à la fragilisation d’une personne âgée ?

JP : Les facteurs de fragilisation sont multiples. Il y a bien entendu les maladies, les troubles sensoriels et cognitifs. Mais au-delà de cette vision très médicale des choses, il faut parler de l’isolement social qui favorise la dépression et la dénutrition, du manque d’activités qui fait le lit des troubles de la mémoire…

La vieillesse est un temps où le réseau social s’amoindrit souvent, où l’on perd parfois ses étayages sociaux. Les facteurs socio-économiques ne doivent surtout pas être sous-estimés : en France, 20 % des personnes âgées vivent sous le seuil de pauvreté, et nombreuses sont celles dont la couverture médicale est insuffisante.

Et puis, nous pouvons nous poser la question : notre environnement ne contribuerait-il pas à vulnérabiliser ceux qui avancent en âge ? À force de célébrer le culte de la jeunesse, y compris chez les jeunes retraités, les fameux "seniors", notre société est devenue agressive envers les plus âgés. On parle de la vieillesse en termes de "poids", de "charge", de "coût"…

Ce discours est dangereux, parce qu’il risque de signifier aux vieilles personnes que la société les considère comme inutiles et superflues.

Comment agir pour diminuer la vulnérabilité des personnes âgées ?

JP : Il faut d’abord savoir reconnaître la fragilité, sous toutes ses formes, et agir dans ces différents domaines : domaine sanitaire si la personne est malade, domaine social si elle est isolée, domaine économique si elle ne dispose pas de ressources suffisantes, etc.

Mais agir sur les fragilités ne suffit pas. Il faut aussi agir sur l’environnement, pour qu’il ne représente pas une menace ou un danger pour la personne : cela va de l’accessibilité dans la ville, les transports… jusqu’aux représentations de la vieillesse dans les médias.

* Jérôme Pellissier est l'auteur de "La nuit, tous les vieux sont gris" (éd Bibliophane, 2003) et co-auteur de "Humanitude. Comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux" (éd Bibliophane, 2005)


Publié le Mercredi 6 Décembre 2006 dans la rubrique Divers | Lu 8901 fois