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Senior Actu

Japon – Enrayer l'augmentation de la maltraitance envers les seniors


Avec le vieillissement de sa population, le Japon voit émerger depuis quelques temps le problème de la maltraitance des personnes âgées. Afin d’enrayer ce phénomène, la Fédération japonaise des avocats (Bar Associations) a remis au ministère de la Santé nippon, en octobre dernier, toute une série de recommandations visant à aider et informer non seulement les victimes mais aussi les coupables de ces actes de maltraitance.

Et la fédération des avocats de préciser, qu’elle avait déjà, par le passé, averti le gouvernement et les autorités locales des problèmes d’abus touchant les personnes âgées et qu’elle avait alors demandé la mise en place d’une loi –dans l’esprit de celle qui existe depuis 2000 pour la prévention des violences faites aux enfants- pour lutter contre la maltraitance des seniors.

Des experts en charge de ce problème soulignent par ailleurs que contrairement aux violences perpétrées envers les femmes et les enfants, la maltraitance des personnes âgées met plus de temps avant d’émerger. Souvent, les aînés se sentent responsables des brutalités (physiques ou morales) que leur infligent leurs descendants.

Selon les résultats d’une étude menée pour la première fois sur une échelle nationale pour le compte du ministère de la Santé nippon, concernant la maltraitance des personnes âgées parue en avril dernier, l’âge moyen des seniors victimes d’abus s’élève à 81.6 ans et concernent dans 76% des cas des femmes. Les personnes responsables de la maltraitance sont très souvent issues du milieu familial ou des proches, dans 32% des cas il s’agit des fils et 20% des cas sont infligés par les belles-filles ou l’époux(se). Les deux tiers des actes de maltraitance relevés concernent la maltraitance psychologique, ce qui inclut les réprimandes, les brimades et les négligences délibérées. Dans un cas sur deux, les personnes âgées sont mal nourries, battues ou attachés à leur lit. Enfin une personne sur dix se retrouverait confrontée à un réel danger qui pourrait mettre sa vie en péril. Cette étude a porté sur 1 991 cas de maltraitances sur des personnes âgée, rapportés par des responsables médicaux (docteurs, infirmières ou responsables de soins).

Ces spécialistes soulignent qu’il est difficile de trouver et d’aider les victimes. Très souvent, les familles font barrage. De plus une personnes âgée maltraitée hésite souvent à demander de l’aide, elle essaie même de cacher aux médecins les abus qu’elle subit. Elle craint que ses descendants ne la dépossèdent de ses biens. Aussi, dans les cas de maltraitances perpétrés par les enfants, les aînés se sentent responsables ; ils considèrent qu’ils ont échoué dans leur rôle de parents et qu’il est donc de leur devoir d’en subir les conséquences…

Un autre phénomène inquiétant se développe. Le pays assiste à une augmentation des assassinats ou tentatives de meurtres commis par les proches qui n’arrivent plus à assumer (physiquement, moralement ou financièrement) les soins envers leur époux(se) ou leurs parents âgées. « Pour réduire les stress des aidants, il faut établir un système de soutien et de conseils plus efficace » préconise la Fédération des avocats.

Et de préciser que les problèmes internes à un foyer sont considérés comme des affaires de familles. Ainsi, la police ou les voisins hésitent à intervenir dans ces conflits. « Les violences sont perpétrées « toutes portes fermées » et sont la conséquence de plusieurs années de relations familiales complexes ». Nombreux sont ceux qui commettent ces injustices sans même être conscients qu’il s’agit de maltraitance. Plus d’un accusé sur deux (54.1%) ne reconnaît pas avoir maltraité sa victime, un quart seulement s’en rend compte. Du côté des plaignants, trois personnes sur dix ne s’aperçoivent pas qu’elles ont été abusées.

« Considérant ces aspects de la maltraitance des personnes âgées, une intervention extérieure est indispensable. De plus, des évaluations et une gestion par des membres n’appartenant pas à l’univers familial de la victime est primordiale » précisent les recommandations.

Mme Vautrin, secrétaire d'Eat aux Personnes âgées rappelait en décembre dernier « que la maltraitance des personnes âgées, qui concerne environ 5 % des plus de 65 ans et 15 % des plus de 75 ans, doit être combattue à domicile comme en établissement par tous moyens. La Secrétaire d’Etat […] a rappelé sa détermination à tout mettre en œuvre pour lutter efficacement contre ce phénomène. »
Japon – Enrayer l'augmentation de la maltraitance envers les seniors


Publié le Mercredi 12 Janvier 2005 dans la rubrique Société | Lu 3590 fois