Sommaire
Senior Actu

« Indigènes » : le film permettra-t-il une revalorisation des pensions de ces anciens combattants étrangers ?

Alors que sort mercredi en salle le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb dénonçant l’injustice faite aux soldats des colonies françaises, le Président de la république Jacques Chirac devrait annoncer demain au Conseil des ministres la revalorisation des pensions de ces anciens combattants étrangers.


Cette fiction de plus de 2 heures au budget pharaonique de 14 millions d’euros, qui a demandé plus de quatre mois de tournage, a pour ambition « d’ouvrir un chapitre de l’Histoire de France » indique son réalisateur Rachid Bouchareb, qui a mis cinq ans avant de pouvoir porter à l’écran ce long métrage.

Ce grand spectacle met en scène quatre jeunes « Nords-Africains » Saïd (Jamel Debbouze), Abdelkader (Sami Bouajila), Messaoud (Roshdy Zem) et Yassir (Samy Naceri) qui s’engagent en 1943 dans l’armée française pour aller libérer la « mère patrie ». Au-delà du film de guerre, le réalisateur et Jamel Debbouze –co-producteur- espèrent réveiller les consciences en dévoilant l'ingratitude de la République envers ces soldats venus des colonies, qui ont joué un rôle actif à la libération de la France en 1944.

« Ce film est utile, indiquait récemment sur France 2 l’historien Daniel Lefeuvre, spécialiste de l’Algérie française, il arrive peut-être tard, mais il arrive bien pour rappeler aux Français le rôle que ces soldats ont joué durant la Seconde guerre mondiale. De Gaulle disait d’eux qu’ils avaient été l’épée de la France et je crois qu’il faut rendre hommage à ces soldats qui ont constitué, en gros, la moitié de l’armée française à partir de 1943. Ces soldats ont ensuite souffert d’une reconnaissance insuffisante, aussi bien sur le plan symbolique que matériel à partir de 1959 ».

De fait, juste avant le générique de fin, un texte rappelle que les anciens combattants indigènes comme on les appelait à l’époque, ces tirailleurs sénégalais, ces goumiers et ces tabors algériens, marocains et tunisiens, ont vu leurs retraites et leurs pensions d'invalidité gelées à leur niveau de 1959 par une loi dite de « cristallisation ». Une pétition contre cet état de fait, intitulée « Appel pour l’égalité des droits entre les anciens combattants français et coloniaux » est d'ailleurs accessible en ligne sur le site officiel du film (voir ci-dessous).

Mais cette oeuvre, longuement applaudie lors du dernier Festival de Cannes, pourra-t-elle, au-delà de son côté pédagogique, faire évoluer cette loi qui pénalise depuis 1959 les anciens combattants étrangers ? Ces derniers, qui réclament depuis des années une égalité de traitement pour avoir partagé les mêmes risques que les soldats français seront-ils entendus ?

Le Président de la République doit annoncer demain en Conseil des ministres une mesure concernant près de 80.000 anciens combattants des colonies ou leurs ayants droit, qui devrait « mettre fin à une injustice ».

« Ce dossier était en souffrance depuis quarante-cinq ans, indique de son côté, dans un article du Monde Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux Anciens combattants. En 2002-2003, nous l'avons pris à bras-le-corps et nous avons choisi une solution équitable ». De fait, le gouvernement -suite également à une décision du Conseil d'Etat qui estimait que la cristallisation constituait une discrimination- a alors indexé les pensions de ces soldats sur le pouvoir d'achat de leur pays d'origine. Cependant de grandes inégalités subsistent encore : si la retraite d’un ancien combattant Français est aujourd'hui de 460 euros par an, elle n'est que de 193 euros pour un Sénégalais ou encore, de 60 euros pour un Marocain, précise le quotidien. Selon M. Mekachera, la revalorisation des pensions de ces anciens soldats pourrait atteindre les montants versés aux Français sans être cependant rétroactive.

« Indigènes » sort mercredi dans 500 salles.

« Indigènes » : le film permettra-t-il une revalorisation des pensions de ces anciens combattants étrangers ?


Publié le Mardi 26 Septembre 2006 dans la rubrique Société | Lu 8673 fois