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Image de vieux et vieillesse des images, chronique par Serge Guérin

Pour poursuivre sur notre propos de la semaine dernière, reprenons Georges Palente : il est difficile de vivre en se sachant ou en se sentant marginal ou décalé par rapport aux critères normatifs dominants.


Le mal être s’explique souvent par cette subjectivité du rapport à l’autre. Je me sens bien mais mal aussi car trop en écart avec le regard de l’autre. Le regard social (presque le regard sartrien) renvoi chacun à l’idée qu’il se fait de ce qu’il devrait être et non pas de ce qu’il se sentirait bien d’être…

Dans nos sociétés, c’est l’homme qui doit s’adapter à la norme sociale et non l’inverse. Mais, ne l’oublions pas, c’est l’homme aussi qui contribue à construire cette norme. Nous sommes tous en peu complices et responsables de la construction des normes sociales. Qui sont parfois aussi simplement des modes.

Encore faut-il préciser le rôle important des médias, et en particulier de la télévision, qui impose ses normes, survalorise l’aspect extérieur et consomme à la vitesse de la lumière les nouveaux visages. A voir certains castings, à regarder la grande majorité des journalistes et des animateurs, il semble que le pays soit composé presque uniquement de jeunes et belles personnes… La diversité des origines semble progresser mais on entend guère de voix demandant aussi la diversité des physiques. .../...
Image de vieux et vieillesse des images, chronique par Serge Guérin

Mais, si l’âge n’a pas bonne presse, si la jeunesse est sur valorisée, pour autant tous les jeunes ne sont pas les bienvenus dans la société Française. La valorisation de la notion de jeunesse n’interdit pas, en outre, un sentiment parallèle de défiance largement répandu envers les jeunes, suspectés de menacer l’ordre et la tranquillité.

Les sociétés occidentales ne jurent que par le renouvellement, la rapidité et la jeunesse. Plus l’image est présente, plus la communication est élevée au rang de valeur indépassable et plus faire bonne figure (« sauver la face » pour reprendre une expression d’Erving Goffman) est une nécessité vitale.

Faire jeune à tout prix, tel est l’impératif social dominant. Ce bougisme, dénoncé par Pierre André Taguieff, implique que chacun puisse s’adapter, aller vite, suivre les modes… Le TGV est la norme, le train omnibus, un symbole du passé le plus révolu…

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 25 Juin 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 3942 fois