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Iatrogénie et personnes âgées : quand un laboratoire se mobilise

​Le 2e volet du programme de prévention Marguerite est consacré à la iatrogénie médicamenteuse. Il a fait l’objet d’un partenariat avec le service ICAR de la Pitié Salpêtrière et le concours des groupements PHR et Rhône Vallée Pharmacie pour la mise en place d’une étude sur le potentiel d’interactions médicamenteuses des ordonnances des patients âgés polymédiqués. En voici les grandes lignes.


Iatrogénie et personnes âgées : quand un laboratoire se mobilise
Plusieurs types d’interactions peuvent exister : entre médicaments, dans une situation de déficit d’élimination rénale ou d’altération hépatique, ou selon le mode d’administration du médicament (ex : avec le repas). Un certain nombre de ces interactions médicamenteuses sont connues grâce aux études de développement des médicaments et grâce à l’expérience médicale qui évalue les effets secondaires exprimés par les patients.
 
Ce groupe d’experts a très rapidement posé la problématique de l’ordonnance : elle reflète de manière indirecte les maladies du patient et doit donc être porteuse des informations essentielles relatives aux prescriptions. Dans ce contexte, Teva a soutenu la mise en place d’une étude des prescriptions délivrées en officine pour les ainés qui vise à évaluer les risques iatrogéniques potentiels chez les patients âgés polymédiqués de plus de 65 ans autonomes et vivant à domicile, les mésusages et les effets indésirables induits et identifier les situations et les profils de patients à risque.
 
Les premiers enseignements côté patients :

Compréhension des traitements :

- 30% des patients disent ne pas savoir pourquoi sont prescrits leurs médicaments

- 59% d’entre eux sont en quête d’informations sur leurs prescriptions

- 49% recherchent des informations sur les notices des boîtes de médicaments

- 88% des patients prennent et préparent seuls leurs médicaments
 
Prise du traitement :

- 41% disent avoir déjà oublié de prendre leurs médicaments au bon moment.

- 12% disent n’avoir pas pris leur traitement car ils avaient l’impression que celui-ci faisait plus de mal que de bien.
 
Dans tous les cas, aucun patient n’a appelé le médecin ni n’a interrogé le pharmacien.
 
Les premiers enseignements côté pharmaciens :

Conseils sur les médicaments :

- 91% des pharmaciens interrogés délivrent des conseils récurrents aux patients dont 55% portent sur les médicaments nouvellement prescrits.
 
Conseils sur les risques d’interactions médicamenteuses :

- 68% signalent verbalement les interactions possibles entre les médicaments

- 23% alertent sur les interactions médicaments / médicaments

- 29% alertent sur les interactions avec les aliments

- 42% ont conseillé des horaires de prise dont 82% via une inscription sur la boîte.
 
Connaissance des pathologies du patient par le pharmacien :

- Dans 60% des cas, le type de pathologies n’est pas connu de façon précise par le pharmacien. C’est pourquoi les pharmaciens ne citent que dans 10% des cas l’existence de pathologies cardiaques et dans 5% les insuffisances rénales. 2 à 4% d’entre eux disent avoir accès à des paramètres cliniques ou biologiques des fonctions rénales, hépatiques et cardiaques.

En tout, 36% des pharmaciens vérifient l’adaptation de la posologie pour la fonction cardiovasculaire, 50% pour la fonction hépatique, 57% pour la fonction rénale.
 
L’ordonnance :

Quelques chiffres majeurs :

Sur les 3624 lignes de prescriptions analysées jusqu’alors, il est constaté :

- 7 médicaments par ordonnance en moyenne (3 à 18 par patient)

- 5/7 sont rédigées en spécialité

- 2/7 en dénomination commune internationale (DCI)

Le format des ordonnances : 63,2% des ordonnances sont sous format électronique, 26.4% manuelles, 10.4 % mixtes.
 
Ce que révèle l’ordonnance ?

- Certaines interactions médicamenteuses sont contre-indiquées :

Un exemple :

L’association d’un AINS avec les anti-hypertenseurs est constatée pour 27% de la population (il existe un risque de réduction de l’effet anti-hypertenseur pour certains d’entre eux). Il faut également noter que, pour ces patients âgés, il est primordial de surveiller la fonction rénale dès le début du traitement du fait de la toxicité rénale des AINS.
 
Remarque : pour les patients âgés qui ont des pathologies ostéo-articulaires, les AINS exposent à un risque iatrogénique, notamment du fait de l’automédication fréquente.

Parmi les interactions dont l’analyse est en cours, les plus faciles à identifier concernent l’insuffisance rénale, dont l’incidence est élevée chez le patient âgé : 96% des patients ont au moins un médicament nécessitant une adaptation de dose dans leur ordonnance. Plus de 70% d’entre eux ont 2 à 5 médicaments.
 
*Etude réalisée sur 493 dossiers (ordonnances et questionnaires) émanant de 50 officines ont été évalués (l’étude complète portera sur 1000 ordonnances). Les patients inclus ont 77 ans en moyenne (de 65 à 98 ans), 50% de femmes et 48% d’hommes. L’index de masse corporelle chez les patients âgés a évolué au fil des années, avec une majorité qui se situe entre 18 et 30 dont 22% sont au-dessus de 30 (seuil d’obésité).

Le point de vue du professeur Gilbert Deray

« Nous constatons, qu’à l’évidence, les patients âgés polymédiqués sont acteurs de leur santé. Ils recherchent des informations sur les notices des boites une fois sur deux. Les pharmaciens donnent des conseils dans la majorité des cas. Dès lors qu’ils sont interpellés par certains faits comme des médicaments nouvellement prescrits ou la connaissance de co-morbidités, ils interviennent alors verbalement ou en notant leurs conseils sur les boites de médicaments.
 
Cette étude révèle également le manque de connaissance des pathologies précises du patient par le pharmacien. Il n’est transmis à ce dernier aucune fiche de liaison indiquant les paramètres biologiques qui signalent les grandes comorbidités dont les patients sont atteints. Le risque iatrogénique lié à un surdosage de médicament est là potentiellement possible. Notre analyse définitive n’est pas terminée mais deux exemples nous interpellent : le nombre de médicaments qui devraient être adaptés à la fonction rénale et l’association d’AINS et d’anti-hypertenseurs, il y en a d’autres.
 
D’évidence, nous voyons à quel point l’ordonnance est au coeur de la problématique : elle ne joue pas son rôle de liaison, nous le savons, elle comporte seulement l’indication des médicaments, elle est d’ailleurs parfois rédigée de manière manuscrite (un tiers de celles-ci) avec des indications de posologie et d’administration qui peuvent être insuffisantes dans l’absolu et de surcroît au regard des co-morbidités éventuelles des patients.
 
Nous allons proposer aux Autorités de santé, à la lumière des risques majeurs iatrogéniques rénaux, cardiaques, hépatiques et neuro-psychologiques qui vont être identifiés, de faire évoluer l'ordonnance afin que médecins et pharmaciens, mais aussi patients, connaissent les données médicales essentielles qui influent sur les prescriptions.
 
Avec mon équipe ICAR et le soutien de Teva Laboratoires, qui a eu l’idée de cette étude, nous allons aussi proposer des listes de conseils pratiques et un site internet dédié « GPR personne âgée polymédiquée » qui sera à la disposition des professionnels de santé. Nous espérons ainsi compléter la formation des professionnels de santé
».


Publié le Vendredi 26 Juin 2015 dans la rubrique Santé | Lu 1104 fois