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I Feel Good ! ou comment envisager le rock comme une cure de jouvence (film)

I Feel Good ! Film évènement de cette fin d’année 2008 ? Le 24 décembre prochain sortira en effet sur les écrans français, un film de Stephen Walker mettant en scène une chorale unique au monde dont l’âge moyen des chanteurs est de 80 ans. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette formation musicale de papys et mamies ne chante pas du classique, du gospel ou du blues, mais... Du Rock’n Roll. A voir.


I Feel Good ! raconte le quotidien de Young@Heart, une chorale unique au monde.

En effet, avec une moyenne d’âge de 80 ans, ses chanteurs se consacrent à un répertoire inattendu composé de tubes punk, soul et hard rock.

Dirigée par Bob Cilman, la troupe se promène depuis plusieurs années dans le monde, à la grande joie de ses choristes.

« Ils puisent dans ce défit fait à l’âge et aux conventions une énergie et un plaisir sans cesse renouvelés » affirment les responsables de ce projet dans leur communiqué.

Young@Heart, où comment envisager le rock comme la plus efficace des cures de jouvence.

A noter que les vingt premières personnes qui enverront par mail leur nom et leur adresse recevront une place gratuite pour aller assister au film I Feel Good .../...
I feel good copyright Young@Heart DR

Entretien avec StephenWalker (le réalisateur) et Sally George (la productrice)

Comment avez-vous décidé de tourner « I Feel Good ! » ?
Sally George : Il y a environ trois ans, Channel 4 a proposé à Stephen de réaliser un documentaire. Nous nous sommes mis en quête d’un sujet, sans idée précise. J’ai alors lu par hasard qu’une chorale hors de l’ordinaire reprenant des standards du rock et du punk passait dans une salle d’Hammersmith, quartier de Londres où nous habitons.

Intriguée par ce concept, j’ai immédiatement acheté des billets, sachant très bien que si j’avais directement proposé à Stephen l’idée de filmer cette chorale, ça ne l’aurait pas intéressé une seconde. Nous voilà partis pour ce concert avec notre fille. Nous avons assisté à quelque chose d’exceptionnel. Le déclic a été quasiment immédiat : on avait le sujet idéal pour notre film.

Il vous restait à convaincre la chorale d’accepter d’être le sujet d’un film…
Stephen Walker : Cela n’a pas été chose facile. Si nous avons immédiatement trouvé le financement, encore fallait-il avoir l’autorisation de Bob Cilman, le créateur, manager et chef d’orchestre des Young@Heart. Au départ, il était absolument contre cette idée. Notre premier rendez-vous a été catastrophique. Nous l’avons rencontré dans un hôtel du nord de Londres. Il semblait très clairement être indifférent à notre projet. Une idée l’a cependant intéressé : puisque la représentation était comme un concert de rock, pourquoi ne pas filmer la chorale comme un groupe de rock, avec des clips ? Mais même s’il semblait séduit, il nous a fallu trois mois de négociations pour le convaincre définitivement.

Sally George : Nous avons toujours eu comme idée de fond, celle d’un opéra-rock. I Feel Good ! n’est pas un film sur une bande de vieux apprenant des chansons contemporaines -ce que voulait Bob- mais un regard sans concession sur nos parents ou grands-parents, qui aborde frontalement des questions taboues comme le sexe, la mort, la maladie, etc.

Avez-vous pris en compte qu’en allant vers ces questions, vous ameniez forcément au film un suspense qui pouvait servir de narration ?
Stephen Walker : Sans dire que c’était intentionnel, il y avait comme un processus logique : nous ne pouvions pas nous passer d’un récit, d’une histoire qui sous-tende le film. Les répétitions de cette chorale n’avaient pas de quoi tenir sur la distance ou alors cela n’aurait été qu’un simple concept.

Nous tenions à exprimer un vrai propos à travers le quotidien de ces gens représentés comme des personnages forts. La pré-production du film a d’ailleurs été comme celle d’un film de fiction : nous avons littéralement casté les membres de cette chorale qui nous semblaient les plus intéressants.

Comment avez-vous choisi les chansons utilisées dans le film ?
Stephen Walker : (…) En fait c’est Bob Cilman qui nous les a soumises. Et nous disions oui ou non à ses choix. De toutes façons, on aurait voulu imposer quoi que ce soit, qu’il nous aurait dit : « fuck you ! » (rires). Pourtant, il y a comme une progression dramatique dans l’ordre des chansons et le sens qu’elles prennent interprétées par des personnes âgées.

Avez-vous conçu le film comme une playlist ?
Stephen Walker : Quasiment. C’était même l’une des choses les plus difficiles du film : trouver une cohérence dans leur ordre de passage, trouver la bonne place pour chacune. D’autant plus qu’il fallait prendre en compte les chansons qui faisaient partie du répertoire de la chorale et les nouvelles apprises pendant le tournage. Les chansons étaient à la fois un personnage principal et à l’arrière plan. Sans compter les clips qui devaient eux aussi être utilisés avec précaution pour ne pas trop sortir du récit. Mais ce travail particulier nous a été utile pour définir un équilibre entre l’idée du groupe et l’empathie envers certains personnages.

Cette empathie, lors des concerts de Young@Heart, passe aussi par leurs échanges avec d’autres formations : cette chorale a souvent joué avec d’autres plus jeunes ou bien des danseurs de Hip-Hop, ou dans des lieux plus improbables que des salles de concert. Vous ne la montrez que lors d’une représentation dans une prison. Pourquoi ce choix ?
Stephen Walker : Simplement parce qu’il n’était pas prévu qu’ils jouent avec une autre formation sur la période du tournage. L’une des parties de l’accord passé avec Bob, était de devoir s’adapter à son planning. Mais d’un autre côté, filmer un de leurs concerts avec des danseurs ou une autre chorale, aurait forcément détourné l’attention et fait glisser le film vers un documentaire ordinaire sur les coulisses d’un concert. Nous voulions rester dans une certaine authenticité.

Travailler dans ce contexte imposé permettait de rester concentré sur les membres de Young@Heart. De plus, ce concert donné en prison était aussi un moyen de montrer à quel point les Young@Heart ont une capacité à toucher les publics les plus variés. Je me souviendrai toujours du moment où on a vu l’un des prisonniers contenir ses larmes.

Vous êtes-vous fixé des limites à ne pas franchir ?
Stephen Walker : Je me suis souvent retrouvé à me réveiller en sursaut pour me demander comment on allait pouvoir mener ce film à bien, face à un événement aussi sensible qu’un décès. À un moment du tournage, Bob Salvini était à l’hôpital, nous avons alors commencé à réfléchir avec Bob Cilman, à la possibilité d’un duplex de sa chambre lors du concert qui devait clore le film, afin qu’il soit avec nous. Le lendemain, nous avons reçu un coup de fil de son fils nous annonçant la mort de son père. Cette nouvelle nous a anéantis.

Sally George : C’est à cet instant que le sens profond du film nous est apparu. Soudain nous étions face à la réalité de la vie. Jusque-là, l’idée de la disparition d’un des choristes n’était pour nous qu’une hypothèse des plus improbables. Elle venait de nous rattraper.

Stephen Walker : Les limites dont vous parliez se sont imposées d’elles-mêmes à ce moment-là. Il était inconcevable d’empiéter sur la dignité et l’intimité des familles. Il aurait été facile de filmer le moment où Bob a annoncé aux autres choristes la disparition de Joe Benoit. Cela aurait probablement donné une séquence très forte, mais moralement détestable. Il nous a paru plus juste d’enchaîner sur le moment où un membre de la chorale chante Nothing compares 2 you, plus propice à restituer l’émotion du reste du groupe.

Vous parliez d’artifice ; il est aujourd’hui question d’un film de fiction sur les Young@Heart…
Stephen Walker : La société de production Working Title a vu le film, et nous a contactés pour évoquer l’idée d’un « remake ».

Propos recueillis par Alex Masson

I feel good copyright Young@Heart DR

Portraits des membres

I feel good copyright Young@Heart DR
LEN FONTAINE - Membre depuis 1998
Ancien illustrateur, Len a fait précédemment partie d’autres chorales (le Golden Age Harmonicats, le Chicopee Singing Swinging Seniors et le Springfield Chordsmen). Actuellement âgé de 87 ans, Len joue de l’harmonica dans la chorale. Il a pris l’habitude, lorsqu’il conduit les autres membres de la chorale aux répétitions hebdomadaires, de chanter à tue-tête sa version personnelle de Purple Haze de Jimi Hendrix.

STAN GOLDMAN - Membre depuis 2004
Ce new yorkais d’origine (et fier de l’être) de 77 ans a décroché un master d’art à NYU et enseigné l’anglais à Brooklyn pendant de nombreuses années. Malgré les souffrances que lui causent une méningite spinale, Stan répond toujours présent pour chanter I feel good de James Brown avec sa copine Dora.

EILEEN HALL - Membre depuis 1983
Eileen a quitté l’Angleterre pour les USA après avoir épousé un soldat américain pendant la seconde guerre mondiale. La doyenne (93 ans) des membres de la chorale est aussi celle qui y chante depuis le plus longtemps. Son interprétation de Should I stay or should I go des Clash fait toujours un malheur.

FRED KNITTLE - Membre de 1992 à 1999
L’un des membres les plus charmants et charismatiques de la chorale avait du arrêter les représentations en 1999, à la suite d’une crise cardiaque. A 81 ans, en dépit de ses ennuis de santé, Fred a fait son retour pour chanter Fix you de Coldplay avec son ami Bob Salvini.

STEVE MARTIN - Membre depuis 2000
Cet ex-marine estime qu’il faut vivre sa vie à fond. A 78 ans, il conduit une voiture de sport et est convaincu qu’on s’améliore en amour avec l’âge. Steve aide à diriger la chorale dans une version en percussions corporelles du Yes you can can de Lee Dorsey.

DORA MORROW - Membre depuis 2002
Dora, quatrième enfant d’une famille de treize, née à Hennings (Tennessee) est veuve, mère de huit fils et sept filles. A 84 ans, elle a vingt-trois petits enfants. Elle est la partenaire de Stan dans une version rugissante d’I feel good.

JOE BENOIT - Membre de 1998 à 2006
L’un des membres les plus aimés de la chorale est un phénomène de 83 ans : il est non seulement capable de mémoriser une chanson entière en une après-midi mais surtout il a tenu tête à son médecin qui ne voulait pas qu’il parte en tournée européenne avec les Young@Heart alors qu’il venait de subir six sessions de chimiothérapie. Il y a rejoint son grand ami Len pour une version sensationnelle de Life during war time des Talking Heads.

BOB SALVINI - Membre de 1998 à 2003
La version d’Every breath you take, le tube de Police, par ce membre actif de la chorale est
restée légendaire. En 2003, frappé par une sévère maladie, Bob a du se retirer des Young@Heart. Il y est revenu à 76 ans en 2006. Il aurait du interpréter Fix you en duo avec Fred Knittle lors d’un concert. Bob n’en a malheureusement pas eu le temps : il est décédé une semaine avant la représentation.

I feel good copyright Young@Heart DR


Publié le Lundi 1 Décembre 2008 dans la rubrique Culture | Lu 7589 fois