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Hughes Aufray : un nouvel album, une tournée et un livre pour le dernier des Mohicans

Hughes Aufray est de retour. Loup solitaire ou dernier des Mohicans, il nous revient avec une rentrée chargée en évènements. Un nouvel album, « Hugh », sorti cette semaine chez Mercury, un spectacle en tournée et sur la scène de l’Olympia les 19, 20 et 21 octobre prochain, mais également un livre de souvenirs et de photos à sortir le 24 mars prochain chez Michel Lafont. Le magazine Nos Tendres et Douces Années l’a rencontré. Petit retour en arrière avec humour, mais également avec tendresse et poésie, « les seules véritables valeurs à son cœur ».


Nos Tendres et Douces Années : Vous êtes en plein coeur de l’actualité, puisque vous sortez tout d’abord une biographie où vous nous racontez toute votre vie ?

Hughes Aufray : Non, pas toute, parce qu’elle n’est pas terminée (rires). Ce n’est que le premier tome !

Mais ce n’est pas qu’une bio, c’est un grand bouquin qui va faire album photo en même temps.

Ce livre est pour moi le prétexte de faire vivre des tas de gens qui n’auraient jamais existé sans ça.

Parler de moi m’intéresse peu. Je préfère parler des miens ou des gens que j’ai rencontrés.
Hugh de Hughes Aufray

NTDA : Avant de vous passionner pour la chanson, vos premiers outils de travail étaient des pinceaux. Comment de la peinture devient-on chanteur à succès ?

Hughes Aufray
Hughes Aufray : C’est vrai qu’à mes débuts je voulais faire l’école des Beaux-Arts. Je ne pensais même pas qu’il pouvait exister autre chose. Jeune, je ne lisais pas de romans, mais des biographies de Gauguin, de Rubens.

La musique était encore inaccessible pour moi, alors je me suis tourné vers la peinture, le dessin et la sculpture. Je n’avais pas d’argent pour payer mes études et mon père n’était pas d’accord pour que je fasse les Beaux- Arts.

J’ai alors fait des petits boulots pour gagner ma vie. Puis j’ai ramené une guitare d’un voyage en Espagne et j’ai été repéré par des directeurs de cabarets. Pendant une dizaine d’années, j’ai vécu de cette façon. Grâce à mes petits boulots et mes petits cachets qu’on me glissait dans la poche après chaque représentation.

J’ai rencontré Serge Gainsbourg qui lui aussi voulait faire les Beaux-Arts, mais il avait déjà le goût pour la musique. Il gagnait sa vie en faisant du piano bar. De fil en aiguille, il s’est mis à rencontrer des musiciens, il a accompagné une chanteuse dans un cabaret mais le public n’accrochait pas.

Pour ma part, j’allais le voir chanter et je trouvais ce qu’il faisait fort intéressant. J’ai appris par coeur une de ses chansons qui était « Le poinçonneur des Lilas » et en 59, un type est venu me dire qu’il était le chef d’orchestre d’un concours amateur, organisé par Europe 1.
Une sorte de Star Academy où je vais finir ex-aequo avec le finaliste. Tout Paris venait dans ce cabaret, c’est là que j’ai rencontré Aznavour, Bardot qui venait avec Vadim…
Ça marchait très bien.

NTDA : Ensuite vous partez en voyage à New York, et vous faites la rencontre de votre vie, celle de Bob Dylan !

Hughes Aufray : C'est-à-dire qu’en 1960-61 je découvre le folk, que je vais ramener en France. Par le biais d’artistes américains comme Bob Dylan ou Peter, Paul and Mary, je découvre la musique que je veux faire. C’était un tout nouveau courant dont Dylan était le chef de file.

Mais il y a eu d’autres groupes avant lui car c’est moi qui ai ramené en France des titres comme « Five hundred miles » qui est devenu « Et j’entends siffler le train » par Richard Anthony. Même chose pour une chanson de Petula Clark, « L’enfant do », et une autre pour Rika Zarai. Ces titres ont fait des succès par d’autres car je n’étais pas très doué par le côté business du showbiz. Je me suis fait avoir par des éditeurs.

Pour reprendre les morceaux moi-même, il me fallait une autorisation. Je suis allé voir un autre éditeur qui s’est arrangé pour que j’en récupère quelques unes pour moi, et c’est de cette façon que j’ai pu faire « Santiano » qui était dans le lot de ce que j’avais ramené des U.S.A.

J’aimais beaucoup cette chanson car c’était une mélodie irlandaise, mais il s’en est fallu de peu que je commence ma carrière avec une bonne déception. J’étais très innocent, étant jeune : dans la vie, tu es voleur ou tu es volé, en gros c’est ça ! Ce ne sont pas les artistes qui font un public mais c’est le public qui fait les artistes. Il reconnaît un artiste quand il se reconnaît dans une chanson. C’est ce qui m’a permis de lutter contre les différentes faillites que j’ai pu rencontrer.

Je suis arrivé avec mes guitares acoustiques, avec des mélodies et des sujets différents, dits sur un autre ton. Les jeunes se sont mis à me chanter sur les plages, au lieu de chanter du Elvis. D’où la blague que Coluche à faites un jour : « Allumez un feu de camp, Hugues Aufray va arriver ! » Lorsqu’il avait 18 ans, il chantait mes chansons en colonie de vacances, sur les plages ou dans la forêt. Smaïn et Jean-Jacques Goldman ont fait la même chose dans leur enfance.

NTDA : Pas seulement Coluche et Goldman, mais tous les enfants de France reprennent encore vos chansons en choeur dans les écoles et dans les colonies de vacances. Vos chansons sont des institutions, vous en rendez-vous compte ?

Hughes Aufray : Pas à l’époque, non ! On m’a demandé un jour si j’avais la grosse tête, je ne l’ai jamais eu bien évidemment. Je n’ai pas eu la petite tête non plus ! Le succès ne m’a pas changé, de même que l’insuccès non plus. On a eu beau me voler, je n’ai jamais été amer. Je suis resté indifférent comme le rossignol qui chante, on ne lui demande pas pourquoi il chante, c’est comme ça, il chante.

Au départ d’ailleurs, je pensais que je n’étais pas fait pour chanter. J’ai eu un frère qui avait une voix d’opéra extraordinaire et qui aurait pu faire une carrière internationale, mais il s’est suicidé à l’âge de 25 ans. Il a sacrifié sa vie. Mon frère adorait lire et il disait qu’il était Madame Bovary.

Dans la chanson « Céline » c’est de lui que je parle, les chansons ont souvent des inspirations biographiques mais pas au mot à mot. Pour Vline Buggy, qui est l’auteur de ce texte, elle avait pensé à sa sœur qui était disparue très jeune aussi. Tout comme Van Gogh, qui lui aussi avait eu un frère qui est mort. Quand le mien a disparu, je suis allé toutes les semaines déposer des fleurs sur sa tombe. Ce n’est pas rien pour un enfant de voir son nom sur une tombe.

Cet événement a provoqué un effet assez particulier chez moi, je suis devenu chanteur comme lui, mais dans un autre style. La chanson ce n’est pas de l’opéra mais c’est de la même famille.

Hughes Aufray

NTDA : En 63, vous participez à l’Eurovision avec « Dès que le printemps revient ». Pourquoi avoir participé à ce concours avec toute l’image que cela représentait ?

Hughes Aufray : un nouvel album, une tournée et un livre pour le dernier des Mohicans
Hughes Aufray : À l’époque l’Eurovision c’était très porteur, pas ringard comme aujourd’hui. C’était l’ouverture vers une carrière internationale. C’est Maritie et Gilbert Carpentier qui m’ont engagé parce qu’on avait de bonnes relations ensemble.

Par la suite, ils m’ont demandé de participer aux émissions qu’ils produisaient avec Sacha Distel, les fameux « Sacha Show ». Là, ça a tourné au vinaigre quand ils ont voulu me proposer mon propre show. Ils m’ont demandé de le faire en smoking parce que c’était une émission de prestige et de grande écoute. Mais j’ai refusé car il n’était pas question que je m’habille autrement qu’en jean. C’est ma personnalité et c’est mon look.

Pour l’Eurovision, j’avais fait un effort, j’avais mis un blaser noir avec un écusson sur la poche gauche extérieure, qui représentait les étudiants de Cambridge en Angleterre. J’ai fini 3ème, derrière Gigliola Cinquetti qui a gagné avec « Non ho l’età ». À ce moment-là, j’aurais pu faire bifurquer ma carrière vers l’international mais je n’avais pas assez d’ambitions.

NTDA : Dans les années 70, vous vous éloignez de la scène pour vous rapprocher de la nature et de votre maison ! Vous devenez écolo en quelque sorte ?

Hughes Aufray : Quand j’étais enfant vers l’âge de 10 ans, ma famille n’avait rien. Quand j’allais en vacances, mes destinations, ce n’était pas les Seychelles ou les Antilles, mais plutôt le Lot-et-Garonne et la côte basque. On allait toujours au même endroit, à la campagne avec les canards et les cochons.

Aujourd’hui quand vous faites vos courses, vous allez au supermarché d’à côté, mais en 1942, si vous vouliez manger, à la campagne, il fallait courir après les poules et les lapins. On allait chercher les salades dans le jardin, on ne mangeait pas d’orange parce qu’il n’y a pas d’orangers en Lot-et-Garonne mais on mangeait des pommes. Vous me dites que je suis devenu écolo mais ça c’est un mot moderne qui n’existait pas à l’époque. J’ai commencé à gagner de l’argent en vendant des disques et sans esprit de revanche, la première chose que j’ai acheté c’était de la terre. En 66, je me suis offert la propriété dans laquelle je vis toujours aujourd’hui en Ardèche.

Ce matin, j’ai mangé des tomates de mon jardin, un poulet de mon poulailler et des oeufs à la coque. Reprenez le discours de Nicolas Hulot et comparez-le avec ce que je disais il y a 30 ou 40 ans. Les idées politiques que j’avais en 1965 sont les préoccupations des hommes politiques de nos jours. Moi, je n’ai pas changé dans ma tête et même si j’ai les cheveux blancs, ce que j’ai accepté dès leur première apparition, je peux plus facilement faire un concert de 2 heures 30 maintenant que lorsque j’avais 30 ans, je n’aurais pas eu le courage à l’époque.

NTDA : En 85, votre ami Renaud vous demande de participer au disque et au concert pour l’Ethiopie, une idée que vous avez eu en même temps, racontez-nous cette aventure ?

Hughes Aufray : Effectivement, j’avais eu la même idée que lui. J’avais écrit une chanson qui s’appelait « Tendez-lui la main », destinée au « Comité français contre la faim ». Au départ, Renaud avait voulu reprendre ma chanson mais son producteur lui a dit : « Dis- donc, il est bien gentil Hugues Aufray, mais c’est toi qui va la faire la chanson pour l’Ethiopie ! ». Alors il a écrit « Loin du coeur et loin des yeux » et je ne lui en ai pas voulu une seconde de l’avoir fait.

C’était une très bonne chanson d’ailleurs qui a fait un carton à l’époque. Mais si le bébé a marché ce n’est pas sans histoire : Daniel Balavoine, qui se baladait sur la Paris-Dakar, faisait l’objet d’une enquête pour savoir si l’argent qu’il avait recueilli était bien utilisé pour la délivrance des pompes à eau au Sahel, et c’est pourquoi il n’a pas pu participer au disque de Chanteurs sans frontières. Mais il faut dire qu’il n’avait pas aimé la chanson, qu’il avait refusé de chanter, ce qui a jeté un léger froid.

S’il est venu au concert de la Courneuve, je crois que c’est un peu pour se faire pardonner. Le concert par lui-même n’a pas rapporté d’argent, parce que la date était mauvaise et qu’il y a eu plein d’erreurs de production, mais le disque a marché très fort. Et en ce qui concerne la polémique sur les gains du disque, à savoir si les enfants ont profité de cet argent, moi je peux dire que je suis allé moi-même en Éthiopie, livrer des camions Mercedes remplis de vivres.

NTDA : Aujourd’hui vous êtes de retour après des années d’absence, comment avez-vous réussi à re-signer avec une maison de disque ?

Hughes Aufray : C’est grâce à Johnny que j’ai signé chez Mercury. On s’est évidemment connus à nos débuts, on a été brouillés un moment pour des malentendus stupides. Il s’est acheté sa maison à Marne-la-Coquette, à 50m de chez moi. Là, il m’est tombé dans les bras en me disant qu’il regrettait et que nous étions amis avant tout. Il m’appelle « mon frère ».

Dans mon dernier disque, il devait chanter une chanson en duo avec moi et ça ne s’est pas fait à cause de nos emplois du temps. Mais je suis quelqu’un de très fidèle en amitiés comme je le suis toujours avec Renaud, même si je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il dit.

NTDA : Alors un livre, un album et un Olympia, le tout pour l’année 2007, pour quelle raison sortez-vous tout en même temps ?

Hughes Aufray : un nouvel album, une tournée et un livre pour le dernier des Mohicans
Hughes Aufray : Il faut impérativement dire que c’est pour le public que je le fais. C’est lui qui m’a été fidèle pendant 40 ou 50 ans de carrière et c’est pour lui que je reviens.

Si j’ai eu des traversées du désert dans ma carrière, c’est uniquement à cause des médias ! Je suis aussi resté pendant 25 ans sans maison de disques, ce qui explique mon absence.

Dans ce nouvel album, j’ai composé une chanson qui va sortir en single et que j’ai écrite en réponse à ce que Coluche avait dit sur moi en plaisantant justement. J’étais chez Barclay avant, qui a été racheté par Universal, donc en étant chez Mercury aujourd’hui, c’est un petit peu comme si j’étais rentré au bercail en quelque sorte.

Compte tenu de mon âge, j’ai voulu remettre un peu d’ordre dans ma vie et ma carrière pour ne pas laisser les choses à l’abandon, je ne veux pas laisser de soucis à mes enfants et mes petits-enfants. Je leur laisse un héritage propre dont ils pourront faire un bon usage.

Très honnêtement, je pense que cet album est un des plus beaux de ma carrière, il y a une certaine gravité que j’aime beaucoup. En octobre prochain, à l’Olympia, j’essaierai de garder cet esprit.

Propos recueillis par Christophe Daniel et publié avec l’aimable autorisation du magazine Nos Tendres et Douces Années

Quelques dates de la nouvelle tournée de Hughes Aufray

Vendredi 12 octobre
Marche-en-Famenne (Belgique)

Dimanche 14 octobre
Montigny-le-Bretonneux (78)

Vendredi 19, samedi 20 et dimanche 21 octobre
Olympia de Paris

Mercredi 24 octobre
Saint-Benoît (86)

Vendredi 26 octobre
Châteaubernard (16)

Hugues Aufray
Album « Hugh »
Mercury

Hugues Aufray
Autobiographie
« Droit dans mes Santiags »
Éditions Didier Carpentier

Site Officiel de Hughes Aufray


Publié le Vendredi 28 Septembre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 25471 fois