Sommaire
Senior Actu

Homo disparitus d’Alain Weisman : mesurer la grandeur humaine


L’essai d’Alain Weisman, Homo Disparitus , engage le lecteur dans une réflexion portant sur la grandeur humaine et sa responsabilité. Entre émerveillement et effroi.
Homo disparitus d’Alain Weisman : mesurer la grandeur humaine

Comment mesurer la grandeur humaine ? L’auteur opte pour une solution radicale : faire disparaître l’homme de notre Terre afin d’analyser l’empreinte qu’il y a laissé.

Peu importe les circonstances de sa disparition (virus, enlèvement par des extraterrestres, modification de notre ADN par un savant fou, etc.), l’important est qu’il n’y ait plus d’humain mais que toute autre forme de vie soit préservée. Comment alors notre planète réagirait à notre absence ?

Il faut en convenir, elle réagirait plutôt mal, avec difficulté, tant notre passage a laissé de traces, certaines quasi-indélébiles.

L’homme n’est plus là, l’électricité s’arrête. Les systèmes de sécurité ne fonctionnent plus. Le métro new-yorkais privé de pompes est aussitôt inondé. Les tunnels sont sapés par l’eau envahissante et s’écroulent fragilisant la surface et les gratte-ciel. Quid des centrales nucléaires livrées à elles-mêmes ? Que deviennent nos animaux domestiques ? Au bout de combien de temps la végétation, le climat, les mouvements du sol effaceront-ils nos villes ?

Spécialistes en anthropologie, en astrophysique, en climatologie, en éthologie, en biologie, en écologie, etc. argumentent leurs thèses dans cet ouvrage qui se lit comme un roman de science-fiction. Tous sont d’accord sur un point et conviennent de « la façon dont les hommes ont transformé l’atmosphère, la biosphère et la Grande Bleue en une chose que jusqu’à présent seuls les volcans et les chocs des plaques continentales pouvaient produire ».

C’est aussi à cela que l’on mesure notre grandeur, notre capacité à transformer le monde que toutes nos cosmogonies mythiques pressentaient. Certaines de nos réactions, de nos inventions, de nos découvertes nous survivront quelques centaines d’années. Il faut compter en dizaines voire en centaines de millénaires pour que nos pollutions soient résorbées (100 000 ans pour le CO2 , 250 000 pour le plutonium de nos bombes, encore plus pour les plastiques, et des milliards d’années pour l’uranium 238).

Il ne faut pas croire que ce livre soit apocalyptique. Si le diagnostic est impitoyable et la démonstration convaincante, l’histoire de la Terre démontre a contrario que la nature a toujours su, jusqu’alors, surmonter les pires cataclysmes.

Savoir que les œuvres de Montaigne disparaîtront au mieux dans quelques centaines d’années mais que l’on pourra danser « la danse des canards » jusqu’à la fin des temps car les ondes radio sont indestructibles et voyagent à l’infini dans l’univers interstellaire, donne un sens relatif à la grandeur humaine.

On ne peut se départir d’une lecture pascalienne de cet ouvrage. Nous en ressentons toute la force du démiurge qu’est l’humain mais aussi l’infini puissance de la nature.

La racine latine d’Humanité est « humus » qui veut dire « terre », tout comme humilité. A méditer.

Homo disparitus
Alain Weisman
Editions Flammarion
361 pages
19,90 euros


Publié le Lundi 25 Juin 2007 dans la rubrique Culture | Lu 3507 fois