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« Histoire de Dire... », mémoires de migrants sur scène

« Histoire de dire » est la dernière pièce de théâtre réalisée par l’association Kialucera, dans le cadre d’une série de mise en scène d’un travail de collecte de paroles et de mémoires de migrants de tous âges habitant en Seine-saint-Denis. De l’ensemble des témoignages recueillis sont nées alors plusieurs pièces de théâtres, dont « Mémoire d’un médecin », « Paroles d’Espagnoles » et « Double Peine ».


Cette exploration a mis en relation les différentes représentations actuelles de l’immigré avec les fantômes du passé. La synthèse des parcours vécus, reportée sur des grilles de réflexions et d’analyses communes, a illustré le caractère récurrent de l’histoire permettant ainsi, de s’interroger sur la nature même de ce caractère, et de permettre à la scène théâtrale, de devenir un lieu commun de discussions où toutes les libertés d’expression sont possibles, sans parti pris... où tout se dit.

« L’objectif de cette action est de permettre de démonter les mécanismes de formation négative vis-à-vis d’autrui, et surtout de passer d’une représentation exacerbée de l’immigré à la réalité des diversités culturelles qui composent notre société » indiquent les responsables de cette association.

Les projets de Kialucera découlent de rencontres avec les populations résidantes en Ile de France et plus particulièrement en Seine Saint Denis. Des liens tissés sur plusieurs années et basés sur la confiance ont permis de recueillir des témoignages de plusieurs générations de populations immigrées portant sur les questions d’identité culturelle et d’intégration.

Consciente de l’importance des mots recueillis et de l’attente considérable de tous ceux qui ont accepté de se livrer, la réflexion a été menée quand à la manière de retranscrire ces récits et de les porter de la façon la plus réaliste possible. De l’ensemble des témoignages recueillis, sont alors nées plusieurs pièces de théâtres, dont « Mémoire d’un médecin », « Paroles d’Espagnoles », « Double Peine ».

« Histoire de dire » est la dernière née. Il s’agit d’une réflexion sur l’histoire des « pas bien nés ». Elle a pour fondement de redonner un sens à une parole perdue. Une parole qui prend vie ou reprend vie pour que la mémoire perdure car l’histoire de l’immigration fait partie de notre histoire et de notre mémoire collective.

Cette réflexion dépasse la simple dénonciation de parcourt souvent dramatique (conditions de travail, de logement, de traitement inégal...). Elle se veut surtout : sans aucun parti pris, sans jugement, sans haine et sans occultation...

Issus de quartiers populaires, les « comédiens » de la troupe sont des « ambassadeurs » d’une parole oubliée dont les auteurs sont des « acteurs de l’ombre » (plus de 700 témoignages) qui se sont prêtés au jeu et sans qui, rien n’aurait été possible.

C’est dans un souci de cohérence et de crédibilité que les rôles n’ont pas été attribués à des comédiens professionnels ou amateurs. Néanmoins ces acteurs de lumière ont été formés aux jeux de scène par des metteurs en scène professionnels pour être des porteurs de paroles, des passeurs de mots en utilisant la scène pour essaimer la mémoire de ces générations de populations issues de l’immigration.

« Histoire de Dire »

Le spectacle circule tout au long de l’année dans différentes villes d’Ile-de-France. En résumé.

Celui qui s’expatrie doit toujours traverser et transgresser diverses frontières... Si la première... celle qui délimite un territoire... lui apparaît impitoyable, c’est parce qu’elle laisse transpirer toutes les difficultés de séparation... avec sa terre natale... avec tous ceux et tout ce qu’il laisse... mais elle introduit aussi une autre notion... l’espoir... l’espoir d’une autre vie... l’espoir d’une autre terre...

Cette première frontière franchie n’est que le début d’un long cheminement qui permettra peut être ou peut être pas à celui qui s’est expatrié de s’accomplir... car il devra affronter la frontière humaine... celle des différences culturelles et ethniques...

Puis la frontière ou barrière sociale... celle des conditions de vie et de travail... qui pose d’autres questions « d’insertion » ou « d’intégration »...

Et enfin la frontière de l’étrange... celle du dépassement de « soi »... qui fait que cette terre d’accueil ne sera plus jamais une terre étrangère parce que cet expatrié y aura planté ses racines...

Parce que cet homme ou cette femme ne sera plus jamais le ou la même...


Publié le Lundi 29 Mai 2006 dans la rubrique Intergénération | Lu 2461 fois