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Héritage : le vieillissement des populations entraîne une concentration des fortunes chez les retraités

Une récente analyse socio-économique* réalisée en Suisse dans le cadre du Programme national de recherche, se fondant entre autres sur des données de l'administration des contributions de Zurich et sur un sondage effectué auprès de la population, remarque que du fait de l’allongement de l’espérance de vie, l’héritage entraîne des bouleversements dans la structure des générations. Alors qu’en 1980 plus des deux tiers des héritages revenaient à des personnes de moins de 55 ans, cette proportion ne sera plus que d’un tiers en 2020.


« L’augmentation de l’espérance de vie a modifié la signification de l’héritage dans une biographie. Si, aujourd’hui déjà, moins de la moitié de la somme totale des héritages revient à des légataires de moins de 55 ans, en 2020, cette proportion sera tout juste d’un tiers » remarquent Heidi Stutz, Tobias Bauer et Susanne Schmugge du Bureau d'études de politique du travail et de politique sociale (BASS) et auteurs de cette étude.

Toujours selon cette étude, le processus d’héritage entraîne une concentration des fortunes dans la génération des retraités. Les successions interviennent plus tardivement dans une vie et, par conséquent, servent de moins en moins à la constitution d’une assise matérielle pour mener une existence propre ou pour fonder une famille. D’autre part, les legs qui sautent une génération restent exceptionnels. En dépit du vieillissement croissant, seuls 3% de la somme totale léguée reviennent aux petits-enfants.

Selon cette analyse socio-économique l’héritage reste « un transfert de génération parmi d’autres. Les générations sont liées les unes aux autres par de nombreuses relations d’échange et de solidarité, tant sur le plan privé que social. Si, sur le plan social, le transfert se fait à l’avantage des personnes âgées, au niveau privé, en revanche, la jeune génération reçoit plus des aînés qu’elle ne donne en retour ».

En Suisse, les sommes léguées par les hommes sont supérieures d’un cinquième à celles que lèguent les femmes. De plus, les messieurs procèdent plus fréquemment à des donations, dont les montants sont par ailleurs beaucoup plus élevés. Dans la génération qui transmet actuellement son héritage, il semblerait que les anciens règlements discriminatoires du droit matrimonial et du droit du divorce se fassent encore sentir. Du côté des légataires et des donataires, les écarts entre sexes sont faibles. Les fils ne sont pas systématiquement privilégiés. Les différences constatées se situent essentiellement au niveau des transmissions d’entreprises. .../...
Héritage : le vieillissement des populations entraîne une concentration des fortunes chez les retraités

Globalement, l’héritage reste une affaire de famille. La majeure partie de la somme léguée demeure au sein de celle-ci : 58% reviennent aux enfants, 15% à la conjointe ou au conjoint et à d’autres membres de la famille. 6% sont légués à des personnes extérieures à la famille et 4%, à des organismes d'utilité publique.

Pour les questions de successions, les points de vue sont souvent ambivalents, notamment sur la question de savoir si les personnes âgées peuvent dépenser librement leur fortune ou s’il existe une obligation morale de laisser un héritage à ses descendants. La plupart des gens se prononce en faveur de la liberté de dépenser sa fortune : il n'existe pas de droit à l'héritage, bien que parallèlement, le legs soit considéré comme souhaitable.

La moitié des légataires, auxquels reviennent les plus petits héritages, se partage 2% de la somme totale alors que les 10% qui reçoivent les plus gros héritages s’en partagent les trois quarts. « On donne à ceux qui ont déjà », tel est le principe selon lequel s’effectue de manière générale la répartition, remarquent les auteurs de l’étude.

Parallèlement, et même s’ils sont petits en comparaison avec la fortune des personnes les plus aisées, les héritages sont importants pour les couches de population les plus pauvres. Pour elles, ils sont souvent l’unique possibilité d’accéder à un quelconque patrimoine. Exception faite du sommet de la pyramide des fortunes, les héritages ne sont pas le facteur dominant dans le contexte de la transmission de l’inégalité sociale d’une génération à une autre. Le niveau de formation et les attentes, transmises au sein de la famille, à l’égard de sa propre vie jouent ici un rôle beaucoup plus important.

En Suisse, le volume des héritages s’est élevé à 28,5 milliards de francs suisses (17.6 milliards d’euros) en l’an 2000. A lui seul, ce chiffre montre l’importance des successions pour l’économie nationale. Mais ce phénomène joue également un rôle essentiel au niveau individuel. En effet, les deux tiers des Suissesses et des Suisses ont déjà hérité ou vont hériter.

L’enfance, la jeunesse et les relations entre générations dans une société en mutation »


Publié le Mercredi 28 Mars 2007 dans la rubrique Finances | Lu 4841 fois