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Haïti ou la difficile survie des personnes âgées

On les remarque aux abords ou dans les croisements des grandes artères de Jacmel, une ville du Sud-Est d'Haïti. Il s'agit de vieilles personnes, essentiellement des femmes qui, pour survivre, se voient obligées de mendier. Fidèles au rendez-vous dans des endroits stratégiques de la ville, la survie de cette frange vulnérable de la société semble exclusivement dépendre de cette activité, indique un récent article publié par le site des Nations Unies (Mission en Haïti).


La scène est quasi identique d'une rue à l'autre : de vielles personnes négligemment vêtues, assises à même le sol, par vagues de trois ou quatre, visiblement sans force… A la merci du soleil, de la poussière et autres intempéries, elles s'adonnent quotidiennement à la seule activité devenue désormais possible pour elles : la mendicité.

Entre autres endroits de prédilection, ces personnes démunies élisent domicile devant nombre de magasins, carrefours et espaces publiques. A qui mieux mieux, chacune selon sa stratégie, elles se livrent à une sorte d'auto-plaidoirie pour attirer l'attention des passants et ainsi bénéficier de la charité d'une main généreuse.

A l'âge de 71 ans, Régine (nom d'emprunt) évolue dans la précarité depuis une quinzaine d'années, c'est-à-dire depuis qu'elle n'a plus la force de travailler… « J'ai des enfants qui sont mariés et qui sont également pauvres. Quand à mon mari, il est aussi vieux que moi », confie Régine. « Parfois, lorsque j'ai faim, je me vois obligée de demander à ma voisine l'eau de cuisson de la banane. Et je bois l'eau de banane pour me nourrir », avoue Régine, la voix étreinte par l'émotion.

Charlotte est également mendiante. Cette femme de 75 ans explique : « j'étais une marchandes de légumes, et je gagnais à peine 15 gourdes par jour, une somme de loin insuffisante pour subvenir à mes besoins. Demander l'aumône dans la rue me permet de gagner entre 15 à 20 gourdes par jour. Mais très souvent, je n'ai rien à manger toute la journée ».

Outre le dénuement, ces personnes sont souvent atteintes d'handicaps physiques ou sensoriels, ainsi que bien d'autres infirmités liées à leur âge avancé. C'est le cas de Sophie, 70 ans révolus, atteinte de cécité. Elle témoigne : « je travaillais dans un dépôt de sucre, mais je ne bénéficie pas de pension de retraite. Aussi, implorer la charité des passants dans la rue est-elle devenue pour moi l'alternative pour pouvoir assurer ma survie ».

Quelques actions de bonne volonté

Comme le souligne le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris, il existe sur place des structures de prise en charge de ces personnes nécessiteuses. Parmi elles, le Centre Don de Lumiere des Missionnaires de la Charité. De même, ces personnes bénéficient du soutien des sœurs de la congrégation catholique St Joseph de Cluny, dont la paroisse se trouve la Place Toussaint Louverture.

A travers une assistance alimentaire, nombre d'ONG, comme CARITAS, apportent également leur contribution pour alléger la souffrance de cette frange vulnérable de la société. Parmi les bienfaiteurs des mendiantes figure également Labbe Placide, un homme d'affaires. Chaque samedi, cet homme donne à chacune d'elle 5 Gourdes (1 dollar US équivaut à 35 Gourde). Son action en faveur des personnes dure depuis près de dix ans.

Le phénomène est loin d'être ignoré par les autorités de la ville. Toutefois, le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris déplore les difficultés financières empêchant les autorités de faire face à ce problème.

Quel appui des autorités ?

En termes d'actions gouvernementales ou plan stratégique à l'endroit de ces groupes marginalisés, le maire adjoint de Jacmel, Ronald Andris, affirme : « c'est uniquement les dépenses de fonctionnement que notre budget nous permet de couvrir ». Par ailleurs, M. Andris regrette que « Malheureusement, il n'existe aucune disposition concrète au niveau de la Mairie de Jacmel pour ces groupes de personnes ».

Au plan national, la structure habilitée à venir en aide aux personnes nécessiteuses est la Caisse d'assistance sociale (CAS), qui évolue sous la tutelle du Ministère des Affaires sociales. Son budget est constitué de 1% prélevé sur les salaires des employés de la fonction publique. La CAS accueille quatre catégories de personnes : les vieillards, les personnes handicapées, les femmes célibataires et les jeunes.

L'assistance de la CAS prend deux formes : une assistance sur la base mensuelle et régulière de 500 gourdes, pour les personnes totalement démunies, et une assistance irrégulière faite quotidiennement, au cas par cas, pour répondre aux urgences (organisation de funérailles d'un proche, maladie, accident, etc.). La moyenne des demandes excède 50 par jour.

Selon la CAS, les intéressés de tous les départements du pays doivent se présenter au seul bureau, à date, de la Caisse d'Assistance sociale à Port-au-Prince. Ils doivent constituer un dossier qui sera par la suite acheminé au Ministère des Finances. Après étude de dossier, les personnes agréées devront patienter environ trois mois pour percevoir leur premier chèque. Après quoi ils le recevront sur une base mensuelle régulière.

Il importe de souligner que ces actions sont indispensables pour la survivance de ces personnes. Toutefois, devant l'importance de leurs besoins, elles sont loin de suffire. Aussi, la lutte contre le phénomène de la mendicité des personnes âgées mérite-t-elle des efforts conjugués et soutenus de ses principaux acteurs.


Publié le Lundi 18 Février 2008 dans la rubrique Société | Lu 3657 fois