Sommaire
Senior Actu

Guy Marchand, la gouaille d’un enfant de Paname et tout le charme d’un homme mûr (interview)

La dernière vague de Guy Marchand, un nouvel album où l’on retrouve tout ce qui rend le personnage irrésistible : le charme d’un homme mûr, la gouaille d’un enfant de Paname, le swing d’un chanteur à l’ancienne, les talents d’un homme de spectacle. C’est tout cela, et bien plus encore...


Nos Tendres et Douces Années : Y a-t-il une circonstance particulière pour avoir donné La dernière vague comme titre à votre dernier album ?

Guy Marchand : Je ne sais pas. Franchement c’est difficile à dire, c’est difficile de donner des explications de texte sur des chansonnettes.

Une femme est venue dans ma vie… Et comme le turbo de mon existence a toujours été une dame… Pourtant, je n’ai pas eu beaucoup de femmes, mais j’ai été amoureux à chaque fois et à chaque fois.

J’ai voulu les épater en jouant au polo, en faisant le con, en chantant, en montant sur scène… Depuis que je suis tout petit, c’est toujours pour une dame que j’ai fais l’imbécile et tout ce que j’ai toujours fais, ça toujours été pour épater les filles.

Alors là, c’est pareil, c’est pour ma femme qui est née à Irkoutsk. Elle est professeur de français, d’anglais et de chinois. Elle a écouté tous mes disques et a bien aimé mon album en espagnol. Ils ont fini par me filer des complexes, les programmateurs radio. On est toujours ringardisé, nous les vieux chanteurs. Même si je suis un bon musicien de jazz, je reste un chanteur d’orchestre et je n’avais pas tellement confiance en mon inspiration dans ma langue naturelle. Et comme elle, elle adore la langue française, j’ai écrit des chansons pour elle, comme ça.

La dernière vague, c’est parce qu’elle aimait Havana, le film de Robert Redford qui se termine par « Jamais je ne m’assois le dos à la porte, on ne sait pas qui peut entrer ». Tout d’un coup je me suis dis « Jamais je ne peux regarder la mer sans me dire que quelqu’un allait débarquer ». Je suis parti là-dessus. Donc La dernière vague… Forcément, il y a toujours des similitudes avec ce que l’on vit. Bien sûr, je suis sur la dernière vague, mais je surfe impeccable. C’est vrai que la falaise n’est pas loin. .../...
Guy Marchand, la gouaille d’un enfant de Paname et tout le charme d’un homme mûr (interview)

NTDA : Entendez-vous par là que ce n’est pas votre dernier album ?

G.M. : Non, mais c’est toujours le dernier album, c’est toujours le dernier film, depuis une trentaine d’année. Vous savez quand j’étais petit, j’ai été malade. J’ai attrapé la tuberculose vers mes douze ans, c’est pour cela que l’on m’a envoyé dans une ferme, puis un jour on m’a mis sur un cheval et tout d’un coup je ne toussais plus, alors les chevaux sont devenus des espèces de tapis magiques pendant toute ma vie.

Alors effectivement, j’ai toujours eu des limites très proches. À douze ans, je me disais : pourvu que je vive assez longtemps pour savoir ce que les filles ont sous les jupes. Après je pourrais mourir. Ensuite je me suis dit : tiens, pourvu que je vive assez longtemps, on ne sait jamais, vers trente ans, histoire de, on ne sait jamais, c’est marrant. Après quarante ans, le mec en costume trois pièces, c’est nul, l’homme responsable et macho, je ne veux pas être ça. Cinquante ans c’était la limite, vraiment la limite.

Un jour je vois un film avec Yul Brynner, il était monstrueusement beau. On lui demande son âge, il répond avec sa voix grave “50” en anglais. Je me dis punaise, 50 ans ! On peut encore avoir 50 ans. Et après 60 : Sean Connery est élu l’homme le plus sexy de la planète…

Bon, alors maintenant ça devient critique, mais qu’est-ce que vous voulez, Redford, j’ai l’âge d’un Redford, je suis à peine plus vieux que De Niro, quelques années de plus qu’ Al Pacino. Voilà, c’est toujours le dernier film.

Guy Marchand, la gouaille d’un enfant de Paname et tout le charme d’un homme mûr (interview)

NTDA : Vous êtes à l’affiche du film Dans Paris, votre album La dernière vague est dans les bacs. Que fait Guy Marchand aujourd’hui ?

G.M. : En ce moment, je m’occupe de rendre heureux une très jeune femme, une merveilleuse petite fille de 7 ans, aussi jolie que sa maman et mes enfants de 22 et 17 ans. À force, les grands égoïstes play-boys, on est tous des cons. Alors en vieillissant, on ressent une espèce de volupté à s’abandonner aux autres. C’est à dire, je m’endors à 9h, comme quand j’étais jeune. On n’a plus aucune angoisse, la philosophie devient de plus en plus bouddhiste. Puisqu’on s’inquiète pour les gens qu’on aime. Et moi, eh bien, je me regarde de moins en moins dans la glace, et c’est assez intéressant. C’est déjà chiant de vieillir, alors s’il n’y a pas quelques avantages...

NTDA : Si vous deviez choisir entre être comédien ou chanteur, quelle serait votre préférence ?

Guy Marchand, la gouaille d’un enfant de Paname et tout le charme d’un homme mûr (interview)
G.M. : Je n’hésite même pas : chanteur. C’est la volupté de chanter. Les films, j’en parlais récemment avec Catherine Deneuve.

On a tourné dernièrement un film ensemble. Le matin, elle m’embrassait et elle ne me disait plus un mot de toute la journée, mais quand on disait “Action”, on était mariés depuis quarante ans. C’était extraordinaire, j’avais Les Parapluies de Cherbourg, Belle de jour, comme ça, en face de moi et à chaque fois qu’on disait “Action”, c’était fabuleux.

À la fin du tournage, elle m’a fait un beau cadeau. Elle a fait un pot en mon honneur, je lui ai dit : "Je m’excuse d’avoir déclaré aussi souvent que je m’ennuyais au cinéma"‘ et elle m’a répondu "Mais moi aussi je m’ennuie, mais il y a des moments où je ne m’ennuie pas et avec vous, je ne me suis pas ennuyée". Alors voilà, les moments d’ennui sont effacés par les moments de volupté.

Mais le cinéma, quand même, il faut de la patience. Il y a beaucoup de gens, il y a toujours le mauvais œil, il y a toujours un comédien plein d’espoir, un vieux comédien chiant. Vous voyez c’est jamais parfait. Faut pas être parano, comme moi je l’ai été tout au long de mon existence.

NTDA : On dit que vous êtes le plus grand crooner français. C’est flatteur, agaçant ou réaliste ?

G. M. : Je vais vous répondre comme un comique américain “Oh quand même pas, quand même pas, il y en a d’autres !”. Crooner ça veut dire “berceur”. Je viens d’aller voir tout le festival de Rudolph Valentino au musée d’Orsay. C’est vrai qu’étant jeune… quand j’avais des cheveux, je lui ressemblais. Alors là, c’était sans arrêt le côté ringard de Valentino que je traînais comme une gamelle. On a été éblouis par ce festival, on a vu Arènes sanglantes en muet avec un pianiste sur la scène. C’est vrai que je lui ressemblais, mais il était plein d’humour, alors si j’ai pu être un gommeux entre le chanteur de salon de thé et le chanteur de casino hors saison, toute ma vie avec un peu d’humour, j’ai réussi ce que je voulais faire.

NTDA : Après les différents tournages, envisagez-vous un retour sur scène ?

G.M. : Je n’arrête pas ! Depuis à peu près trois, quatre mois je n’arrête pas de faire des galas. J’ai même fait l’année dernière le Théâtre des Champs-Élysées. Mais sur le plan médiatique, c’est vrai qu’on me boude.

J’ai déjà présenté au public quelques chansons du dernier album. Je vais faire toute la France. Je garde toutes les chansons en espagnol que j’adore chanter et je truffe ça de mes nouvelles chansons. Les gens viennent vous voir, ils sont contents d’être là, je les embrasserais…

Cette profession de “désennuyeurs” me plaît de plus en plus, même si l’on dit que je crache dans la soupe, ce que je fais d’ailleurs, avec délectation, mais c’est peut-être aussi… de la pudeur.

NTDA : Vous semblez être habité par le son tango/salsa. C’est votre oxygène ?

G.M. : Je n’aime pas le mot salsa. C’est un peu comme la pizza. J’ai mangé des pizzas très bonnes et j’ai mangé des salsas très mauvaises. Non, je me vois dans le jazz, dans ce qu’il a de latino.

C’est une petite escroquerie que j’ai fait dans le disque, il y a un titre qui correspond à ce que j’aime à 100%, c’est Soleil rouge. Vous voyez, c’est le jazz. Mais si je ne fais un disque qu’avec ça, je vends ceux que j’offre, et quand j’arrive à insuffler du jazz dans de la bossa-nova, parce que tous mes musiciens sont des musiciens de jazz, alors on en arrive à faire du kitch.

On croit que c’est léger, mais en définitive, les arrangements sont super, car mes musiciens sont tous des virtuoses. On arrive, comme ça, à entrouvrir la porte de la variété, à en vendre assez pour que les producteurs ne vous regardent pas de travers.

Si vraiment je devais faire ce que j’aime réellement,je ferais Nonchalant et Soleil rouge, le jazz-manouche et le vrai jazz. Il y a une dame qui m’a dit dans une émission de Ruquier que j’étais un chanteur de salon de thé. Je lui ai répondu “Mais Madame vous n’imaginez pas le compliment que vous m’avez fait !” Parce que ça a toujours été ma principale ambition.

Propos recueillis par Liliane Boyer


Publié le Vendredi 16 Février 2007 dans la rubrique Culture | Lu 6364 fois