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Gérard Blanc, l’ex-chanteur des Martin Circus remonte en scène en mai à Paris

Du Rock à la Pop en passant par le Disco, Gérard Blanc (ex Martin Circus) a toujours su nous étonner là où on ne l’attendait pas. Après un retour tant attendu l’année dernière au Sentier des Halles -spectacle qui sort enfin dans un superbe coffret DVD appelé « Blanc Public »- Gérard nous annonce qu’il remonte sur les planches pour s’éclater au Théâtre du Gymnase du 10 au 13 mai prochain.


Nos Tendres et Douces Années : Lorsqu’il ne voit plus un artiste sur une scène parisienne, le public pense qu’il n’existe plus. En ce qui vous concerne, vous n’avez jamais cessé de faire de la scène, n’est-ce pas ? Gérard Blanc : Absolument

Gérard Blanc : En avril dernier, lorsque je suis resté deux semaines aux Sentier des Halles, j’y ai testé mon spectacle. J’ai trouvé cette petite salle très agréable et après coup, on s’est dit qu’on allait remettre ça, mais cette fois en grandeur nature au Théâtre du Gymnase. Ce sera un très beau spectacle, dans lequel je reprendrai toutes mes chansons, même celles que l’on me demande tout le temps, nées à l’époque des Martin Circus. Mais il y aura aussi des chansons moins connues, puisqu’elles sont cachées sur des faces B.

NTDA : Votre actualité est énorme en ce moment, vous sortez Blanc Public en CD digipack et en coffret DVD. Que peut-on y découvrir ?

Gérard Blanc, l’ex-chanteur des Martin Circus remonte en scène en mai à Paris
G.B. : Ils contiennent les concerts de l’année dernière, qu’on a mélangés pour en faire un seul avec tous les tubes de ma vie, avec en plus une ou deux chansons nouvelles.

Vous y découvrirez aussi un documentaire de 52 minutes qui s’appelle « Dans le blanc des yeux » par un réalisateur qui m’a suivi pendant un an. De ma loge à mes voyages, à la campagne où je plante un arbre, etc.

On se déplace également dans le temps, puisque je raconte toute ma carrière des années 70 à aujourd’hui. Il y a aussi des clips, tous mes clips gold.

NTDA : Votre dernier album en date (2003) s’appelait Mes plus belles histoires, disponible chez Warner. A ce propos, vous avez déclaré : Cet album se veut être un pont entre le passé, le présent et le futur…

G.B. : Je fais de la musique depuis longtemps. Mon histoire avec le public a commencé en 71 avec les Martin Circus, ensuite j’ai eu des tubes dans les années 80, toutes ces histoires sont différentes et elles font toutes partie de moi. Certains me connaissent depuis 1971 et d’autres depuis 1987. Je fais partie de leur histoire aussi.

J’ai pensé que si je devais revenir avec un album, il fallait qu’il soit un pont entre le passé, le présent et le futur. Je ne pouvais pas faire table rase sur ce que j’avais fait avant. En 1995, avec « Assez de ce monde-là”, je me suis vautré lamentablement. L’album était trop rock et les gens ne m’ont pas reconnu je crois. J’ai donc voulu faire une sorte de mise au point.

NTDA : Avant les Martin Circus, vous avez monté des petits groupes, les Windings et Balthazar, racontez-nous cette époque ?

Gérard Blanc
G.B. : On était un groupe qui tournait dans les clubs de banlieue en reprenant des tubes américains, sans créer de chansons. Et puis, on allait à l’école.

C’est quand on a signé chez Vogue pour deux 45 tours, qu’ils nous ont demandé de changer le nom, trop anglo-saxon. Les Windings sont devenus les Balthazar.

J’avais trouvé ce nom par hasard dans le bottin. Le groupe a duré six mois, le temps de sortir les deux 45 tours et au revoir.

Puis on a monté les Martin Circus en fusionnant trois groupes différents. À l’époque, on se retrouvait en tant que musiciens dans les clubs à Paris, le Golf Drouot, le Rock‘n Roll Circus. On était super ambitieux et on voulait monter le plus grand groupe français. Alors on s’est choisi le meilleur bassiste, le meilleur batteur, etc.

Une fois qu’on a prétendu être les meilleurs et l’orgueil en pleine expansion, la maison de disque nous a fait confiance et on a enregistré directement un double album, dont un single qui s’appelait « Je m’éclate au Sénégal » et qui nous a propulsés numéro 1 des ventes en 1971.


NTDA : Vos idoles à l’époque s’appelaient les Stones, les Beatles, Ray Charles, Chuck Berry, Sammy Davis. Mais avez-vous croisé les idoles françaises de l’époque, lorsque vous étiez au Golf Drouot ?

G.B. : Quelques uns. Ils étaient nos grands frères : Eddy, Johnny, Gene Vincent et Vince Taylor. Nous, on était les jeunes qui poussaient derrière, alors qu’ils avaient ouvert la voie. En même temps, on refusait de faire des adaptations, on était les premiers à prétendre créer du vrai rock français.

Au départ, l’idée des Martin Circus, c’était de faire sonner de la musique en français, loin des adaptations des yéyés que pouvaient représenter Sylvie et Johnny. Il y avait zéro artiste français qui nous inspirait, comparé à eux, on était assez décalé, plutôt underground ! Quand le psychédélisme déboule, les yéyés le virent arriver comme un ovni, ils n’étaient pas prêts ! Alors que nous, c’était notre came, on était Frank Zappa ! ! ! On n’était pas du tout dans le délire de faire des tubes populaires, on ne s’en rendait pas compte.

D’ailleurs, « Je m’éclate au Sénégal » a été un hasard le plus total. Ce tube qui nous a lancés a été un incident !

NTDA : Grâce à cet incident, les succès vont défiler avec J’danse comme un pingouin,

G.B. : Ce sont des chansons qui ont bien marché, si tu écoutes ça aujourd’hui, je ne vais pas dire que c’est ésotérique, mais sûrement pas populaire. C’était pour un public qui lisait Rock and Folk plutôt que France Dimanche et Ici Paris à l‘époque.


NTDA : En 1974, expérience scénique inoubliable, on vous propose de faire La Révolution Française en comédie musicale !

G.B. : On appelait ça un opéra-rock. C’était d’ailleurs le premier de son genre en France. Ça a été une expérience exceptionnelle ! Nous représentions les députés du Tiers-État, donc les révolutionnaires. Jean-Claude Petit, qui était notre chef d’orchestre, représentait l’establishment, le royaume.

On a tenu pendant 45 jours et 6.000 personnes chaque soir au Palais des Sports, ce qui était énorme pour l’époque. Ce spectacle a marché formidablement bien, on a fait une tournée ensuite avec des inconnus qui allaient devenir très connus dans les années qui ont suivi, puisqu’il y avait avec nous Daniel Balavoine qui faisait un député, Alain Bashung un curé, Dani, la chanteuse, était Madame Sans Gêne. On est ressortis de là assez épuisés. Alors, j’ai eu l’idée de faire un album d’adaptations de toutes les chansons anglo-saxonnes qu’on jouait avant les Martin Circus. On a fait une liste, dont « Barbara Ann » des Beach Boys et on a écrit des textes en français sur le coin d’un piano en quinze jours.

Le contraire de ce qu’on faisait depuis cinq ans, puisque chaque album était très impliqué, très fouillé. Celui-là fut comme une respiration. « Marylene » est sorti tout seul à la fin de l’été 75 et on s’est retrouvés à nouveau numéro 1.

NTDA : On arrive à la fin des années 70, où le cinéma vous fait un signe et vous entraîne musicalement dans le disco. Comment un groupe comme le vôtre se retrouve à faire du disco ?

G.B. : Pour le cinéma, Michel Arbant, un metteur en scène qui venait de co-produire les Charlots, est venu nous voir dans les loges de l’Olympia. Il nous dit : « Est-ce que vous voulez faire un film où vous joueriez votre propre rôle ? Vous seriez un groupe de rock et en même temps il y aurait une histoire d’espionnage ».

Au départ, ça devait s’appeler « À fond la caisse », on hésite un peu et finalement, on signe et on se retrouve tout l’été à tourner. On fait une super musique disco pour le film et Michel vient me voir pour me dire qu’il a la pression des producteurs, qu’ils ont peur que le titre ne fonctionne pas. C’est ainsi que « À fond la caisse » est devenu : « Les bidasses en vadrouille ». Sur le contrat, il n’y avait rien qui stipulait que le titre ne pouvait pas être changé. Donc on s’est fait avoir sur ce coup-là !

Le film a fait une petite carrière sympathique, avec je crois 200.000 entrées sur Paris. Mais la musique du film qu’on avait appelée “Disco Circus”, s’est retrouvée très bien classée dans les clubs new-yorkais de l’époque grâce à un DJ, François K, qui en avait fait un remix et nous a propulsés en haut du Billboard américain.

À ce moment-là, quand on sort en boîte, on va à l’Élysée-Matignon ou on croise Gainsbourg et la musique, c’est du disco. Même les Stones, plus grand groupe de rock au monde, se met à faire du disco pendant deux albums.

NTDA : En 1980, vous sortez un single en dehors de votre répertoire habituel avec « Notre meilleur copain c’est Tintin », vous visiez le public de Chantal Goya ?

G.B. : Pas du tout, c’est Hergé qui a appelé notre maison de disque parce qu’il nous aimait beaucoup. Il souhaitait que nous fassions une chanson sur Tintin qui illustrerait la nouvelle image qu’il voulait donner à son personnage.

C’est vrai que ça n’avait rien à voir avec ce qu’on faisait, mais comme on a toujours été éclectiques et qu’on n’a jamais eu honte de quoi que ce soit… On a fait ça en trois jours et en s‘amusant comme des mômes, avec Ticky Holgado qui faisait la voix du Capitaine Haddock. Et c’est juste après qu’on a décidé de refaire un album rock. On avait craché notre venin sur le disco et on voulait partager des textes à nouveau.

C’est là qu’on a travaillé avec Gainsbourg pour deux titres. Ce qui fut assez épique parce que Serge donnait des rendez-vous au studio à 2h du mat’ car il se levait à 3h de l’après-midi.

On a écrit une chanson qui s’appelait « USSR / USA » à la fin de la guerre froide et les médias nous ont reproché de nous engager sur un terrain glissant. En réalité, ça voulait dire : « Foutez-nous la paix avec vos bombe à neutrons ! » Ce fut notre dernier album avec les Martin.

NTDA : Pensiez-vous, à ce moment-là, que vous aviez tout dit avec ce groupe ?

G.B. : Non, on avait encore envie de se voir. Mais Daniel Balavoine venait de perdre son clavier, qui s’était tué à moto, huit jours avant le Palais des Sports. Alain est parti jouer avec lui pour le remplacer au pied levé.

En même temps, je commençais à faire de petites maquettes. C’est comme si, tout naturellement à partir de 84-85, chacun d’entre nous était parti faire autre chose. Il n’y a pas eu de séparation officielle des Martin Circus, parce qu’ils se sont foutus sur la gueule ! Non, on se disait plutôt : « Ah ben merde, ça fait trois semaines qu’on s’est pas vus… »

NTDA : En 1986, vous rencontrez une princesse au Top 50, Stéphanie qui devient Stéph’ de Monac’, dans la bouche de Marc Toesca ; comment s’est déroulée cette aventure ?

Gérard Blanc, l’ex-chanteur des Martin Circus remonte en scène en mai à Paris
G.B. : Un ami producteur me dit : « Christophe Lambert voudrait faire un album » et me demande si j’ai des idées pour lui. J’avais une chanson qui s’appelait « Live your life » et qui aurait pu lui aller. Le rendez-vous est pris et voilà Christophe Lambert qui débarque chez moi vers midi avec ce producteur ami et me dit que la chanson lui plaît beaucoup. Il se met à chanter avec un p’tit coup de vodka. Sa voix assez rauque collait bien à la chanson, donc j’étais assez content.

À ce moment-là, on pense que ce serait bien d’aller mixer le single en Allemagne, car c’est la grande époque de Stock Aitken et Waterman qui enregistrait tout dans les studios à Munich. Je pars avec ma bande sous le bras. Je reviens, j’appelle le producteur, et il m’annonce que Christophe ne fait plus le disque mais que ce n’est pas foutu pour autant, car Stéphanie de Monaco qui sortait avec Christophe au même moment, a voulu récupérer la chanson pour l’album qu’elle préparait après le succès qu’elle venait de rencontrer avec « Ouragan ».

Bref, rendez-vous avec la princesse dans un studio et la fille m’a charmé. Mais réellement ! Je trouvais qu’elle était pugnace, travailleuse et très sérieuse. On est parti dans une aventure mi-amicale, mi-professionnelle, puisqu’après « Live your life », je lui ai fais écouter « Dis tout bas dis » qu’elle a adoré de suite et qu’elle a interprété en anglais sous le titre de « How can it be ». Ensuite je lui ai fait le “Sega Mauricien” comme une commande, parce qu’elle allait régulièrement à l’île Maurice et qu’elle voulait chanter un Sega !

À la fin des enregistrements, elle nous invite sur le Rocher pour fêter la fin de l’album.
Ce que je peux dire sur elle, c’est que c’était une fille qui en voulait, qui avait du courage et qui a fait beaucoup de progrès pendant qu’on était en studio. Pour moi, c’est une aventure qui a duré un hiver et une fois que je suis remonté de Monaco, je me suis plongé dans mon album.

NTDA : C’est la naissance de Une autre histoire, Du soleil dans la nuit et de Dis tout bas dis…

G.B. : Absolument. Je me suis dit que c’étaient mes chansons et je les ai refaites en français. Il y eut cinq singles qui sont allés gravir les sommets du Top 50 en 2 ans. J’ai fait un 2e album en 91 avec lequel je classe deux titres, « Je saurais que c’est toi » et « Plus le temps ».

Malheureusement pour moi, c’est le début d’une nouvelle décennie et de nouveaux artistes arrivent. On me met un peu dans l’ombre. Je fais des aller-retour au Québec puisque mes musiciens sont québécois et c’est très agréable d’aller là-bas. On a fait de bons concerts. Ce n’était pas comme maintenant, avec toutes les hurleuses, ça donnait une sensation de musique assez authentique et quand j’étais là-bas, je me régénérais.

Après 1992, je commence à pagayer dans la semoule, je romps mon contrat avec EMI. Je n’étais plus dans une major et les médias ont tourné la page. Je me suis retrouvé dans un no man’s land où je ne tournais que très peu.

En l’an 2000, on me rappelle pour revenir sur les plateaux de télévision et chanter un coup « Une autre histoire », un coup « Du soleil dans la nuit », un autre coup « Je m’éclate au Sénégal ». On démarre la mode de la nostalgie et comme je refais des télés, on me propose des concerts. Je me restructure et depuis maintenant deux ou trois ans, ça fonctionne suffisamment bien pour que je sorte mon DVD live et mon digipack.

Et puis j’ai eu cette rencontre fusionnelle avec Brigitte, ma compagne depuis six ans et mon manager depuis quatre. On veut faire de beaux albums, de beaux spectacles et finalement devenir un peu indépendants. Tout seul, tu ne peux pas le faire et c’est pour ça qu’avec Brigitte, c’est merveilleux !

NTDA : N’est-ce pas un peu l’histoire de votre vie que la chanson « Une autre histoire » ? Cette chanson c’est votre “Freedom” comme Georges Michael quand il quitte le groupe Wham…

G.B. : Oui c’est clair. Je rêvais de ça après quatorze ans de Martin Circus. C’était la fin d’un cycle et j’ai eu envie d’écrire des chansons pour moi tout seul, qui me ressemblaient un peu plus. Je ne suis plus le mec qui faisait des bonds partout et qui se maquillait en fou, aujourd’hui encore, je prends un nouveau départ.

Propos recueillis par Christophe Daniel


Publié le Vendredi 20 Avril 2007 dans la rubrique Culture | Lu 5302 fois