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Georges Moustaki : bel hommage de la Sacem à l’occasion de la disparition de cet éternel voyageur

Georges Moustaki, le célèbre auteur-compositeur-interprète est décédé à Nice (Alpes-Maritimes) mercredi 22 mai 2013 à l’âge de 79 ans des suites de complications respiratoires. La Sacem lui rend un bel hommage.


Georges Moustaki, un nom qui restera à jamais lié à quelques-unes des plus belles pages de notre répertoire et de notre patrimoine, national et international tant ce voyageur pacifique se fit ambassadeur de la francophonie aux quatre vents…
 
« Milord », « Le métèque », « Sarah », « La longue dame brune », « Les amis de Georges », « Ma liberté », « Ma solitude », « Sans la nommer », « Il est trop tard », et autres succès qui reviendraient à énumérer ici ses anthologies et celles de ses interprètes, distingués et nombreux.
 
Impossible en effet de le citer sans penser aussi à Edith Piaf, Barbara, Serge Reggiani, Maxime Le Forestier, Pia Colombo, Melina Mercouri, Henri Salvador ou Yves Montand, qui portèrent parfois sa parole avant même qu'il ne la prit définitivement pour nous séduire, un mot qui lui allait à merveille.
 
Georges était en effet le charme, la sérénité, la rigueur en même temps que la nonchalance, conteur né dont la musique des mots et le cours de la voix, mélodieuse, sensuelle, auraient entraîné n'importe quel auditeur jusqu'au bout du monde. On tombait sous ce charme, on prenait ses histoires comme des trains, pour ailleurs ou hier, pour le Brésil ou l'Orient, on avait le sentiment de l'avoir toujours connu et de côtoyer à travers lui les plus grands, et l'on se sentait bien, en amitié.
 
Et l'on n'était pas surpris d'apprendre qu'il avait grandi dans une librairie d'Alexandrie, joué les Kerouac européens et enchanté les nuits du Boulevard Lannes, qu'un aventurier sommeillât sous le masque et en surgît parfois pour nous parler de rhum, d'Eden, de Shanghai et Bangkok, quand Georges se disait « Jo » et ne chantait pas encore « Joseph ».
 
Mais parler de lui au passé n'a guère de sens : éternel intemporel, il fit d'abord « plus que son âge » avec son image de sage, de patriarche, il choisit ensuite de ne plus vieillir, sinon de rajeunir, et promena sa bohême sur des motos qui lui donnait des airs de héros de Cocteau, certains soirs en son Ile Saint-Louis. Il y avait son antre, son palais bruissant de souvenirs qui le rattachait à tous ces poètes de Paris, enfants de Notre-Dame, et en faisait un prince buissonnier, une ombre de la nuit et un compagnon de route de la Seine.
 
C'est qu'à l'instar du félin qu'il avait représenté sur une pochette de disque, et aurait pu être dans une autre histoire, il avait tant de cordes, de lignes de vie à sa guitare, qu'on aimerait le résumer à l'un de ses plus beaux titres, symbole de sa pérennité et de son mélange de passion et de retenue, de distance et de convivialité : « Le temps de vivre », créé à Bobino en 1970. Tout Moustaki était contenu dans ce concert, de « Votre fille a vingt ans » à « Requiem pour n'importe qui », et il n'eut plus qu'à dérouler les fils de ce disque magique pour écrire les suivants. Ils furent souvent superbes, toujours dignes, et surtout fidèles, à sa Méditerranée, à ses muses, ses paradis, des ombres de Saint-Germain aux soleils d'Alexandrie, et bien sûr à ses amis, de Georges Brassens à Jacques Bedos en passant par Michel Rivgauche.
 
Ce n'est pas un hasard si, à l'instar d'un Léo Ferré, il fut redécouvert et somme toutes révélé au grand public après 1968, produisant alors le meilleur de ces chansons à la fois hédonistes et humanistes (parfois sur des musiques de Mikis Theodorakis, Baden Powell ou Tom Jobim) que l'esprit de Mai avait engendrées : « Nos corps », « Tes gestes », « La carte du Tendre », « La ballade de Sacco et Vanzetti » (ainsi que la musique du film « Solo »), « La philosophie », « Déclaration », « En Méditerranée », « Il y avait un jardin », « La mer m'a donné », « Les eaux de mars », « Humblement il est venu », jusqu'à ces savoureuses « Mères juives » qu'il nous présenta en scène lors de la remise de son « Grand Prix SACEM de la Chanson », en 2004.
 
 Georges était tout entier dans ce mélange d'ironie, de fausse indolence et de vraie tendresse, ce détachement apparent et cet attachement profond à la beauté, aux arts et à la féminité -en un mot, à l'aventure- qui nous donne à penser que s'il est quelque part un Eden, il y a déjà pris sa guitare et esquissé les bons accords, faisant rêver les anges à un paradis sur terre, bien sûr en bord de mer.


Publié le Lundi 27 Mai 2013 dans la rubrique Culture | Lu 1398 fois