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France- Une enquête des gériatres français porte un nouvel éclairage sur la crise sanitaire de l’été


Le collège des gériatres français, qui s’était réuni en session de crise le 6 septembre dernier pour tirer les enseignements de la canicule, vient de rendre public une enquête d’opinion lancée à cette occasion.
Réalisée auprès des services de gériatrie, ses résultats livrent un aperçu nouveau sur la crise sanitaire du mois d’août.

Fait le plus significatif, 56 % des gériatres ayant répondu à l’enquête s’accordent à dire que la canicule 2003 représente “ une catastrophe naturelle inédite aux conséquences médicales et sociales graves chez les personnes fragiles âgées ”. Outre cette affirmation du concept de catastrophe naturelle, les gériatres se montrent extrêmement septiques en ce qui concerne la chronologie de la crise, telle que relayée par les autorités publiques, à savoir que les malades hospitalisés les plus fragiles sont vraisemblablement décédés dans les premiers temps de la canicule, fin juin au Sud de la France, fin juillet ou courant août au Nord, avec, par la suite, une prise en charge ayant permis de contrôler la surmortalité, malgré les difficultés dans les services hospitaliers. Seulement 35 % d’entre eux se déclarent d’accord avec cette affirmation, et 49 % la jugent “ difficile à vérifier ”.

En revanche, ils estiment à 64 % que les malades des EHPAD ont dans un second temps pâti dans certains établissements d’un manque de moyens humains et médicaux. Ils sont aussi 49 % (contre 47 % sans avis), qui jugent que, vers la fin de la période de canicule, la mortalité constatée à domicile (ou dans les heures qui ont suivi l’admission hospitalière à partir du domicile) est liée à une prise en charge extra-hospitalière difficile ou insuffisante dans certaines régions, et notamment la région parisienne.
De même, aucune unanimité ne se fait sur la nature de la surmortalité. 48 % des gériatres estiment que “ la mortalité accrue exprime une avance du phénomène de mortalité plus qu’une surmortalité vraie ”, tandis que certains pensent que surmortalité et avance de mortalité ont co-existé ; surmortalité dans les cas d’isolement total ou partiel sans mesure préventive ou curative rapide ; avance de mortalité pour les malades en fin de vie.

En ce qui concerne les difficultés rencontrées durant la crise, les réponses se portent massivement (82 %) sur le manque de lits, l’insuffisance du personnel, la surcharge de travail, le manque de moyens matériels, et l’engorgement général de la filière.
Le personnel formé à la gériatrie reçoit, lui, un satisfecit général et se voit qualifié de “ méritant, efficace, exemplaire, motivé ”, en dépit de “ conditions de travail difficiles ”. Mais les gériatres pointent aussi un problème “ d’insuffisance de qualification du personnel de remplacement, d’épuisement du personnel présent, et de personnel médical insuffisant ou absent ”…

Les résultats de l’enquête ont aussi permis d’avoir un aperçu des attentes de la gériatrie française. Les réponses les plus fréquentes portent sur le renforcement des filières gériatriques hospitalières, des coordinations ville-hôpital, de la formation et de la qualification de l’ensemble des acteurs professionnels et des modalités de repérage des personnes à risque.
Le 6 septembre, les représentants de la gériatrie française avaient déjà plaidé pour un renforcement de la filière gériatrique et avaient marqué leur engagement ferme envers la coordination gérontologique, en particulier les Centres de liaisons d’information et de coordination (CLIC), en indiquant que “ la filière gériatrique intra-hospitalière ne prend son sens qu’au sein d’un réseau gérontologique ville-hôpital ”.


Publié le Mardi 23 Septembre 2003 dans la rubrique Divers | Lu 348 fois